Syrie: une révolution à saveur de crise humanitaire sans fin

Beaucoup de Syriens, des Kurdes surtout, ont trouvé refuge en Irak, notamment au camp de Quru Gusik situé dans la région du Kurdistan irakien. Ci-dessus, quelques Syriens s’enregistraient au camp, samedi.
Photo: Agence France-Presse (photo) Safin Hamed Beaucoup de Syriens, des Kurdes surtout, ont trouvé refuge en Irak, notamment au camp de Quru Gusik situé dans la région du Kurdistan irakien. Ci-dessus, quelques Syriens s’enregistraient au camp, samedi.

On a vu, ces dernières années, un mouvement sociopolitique historique dans certains pays du nord de l’Afrique et du Moyen-Orient. Pour les uns, il s’agit de révolutions nécessaires pour tendre vers des projets démocratiques ; pour les autres, il s’agit de complots occidentaux visant à déstabiliser une région qui se perd aux mains de mouvements islamiques. Dans tous les cas, le résultat est le même : les réalités de la guerre se reproduisent indistinctement des contextes et nous font comprendre à quel point il ne faut pas prendre les « révolutions » à la légère.

 

Qui gagne?

 

En fait, qui gagne à faire la révolution ? Par exemple, à l’annonce de la libération possible d’Hosni Moubarak en Égypte, on titrait : « Tout ça pour ça ? ». On peut incontestablement se poser la question étant donné les centaines de morts et de disparus, et les milliers de réfugiés qui transitent entre les frontières. Autant de réalités connues, et bien plus méconnues, qui surviennent pendant les conflits générés par les révolutions. En effet, après la pureté du sentiment de liberté et d’héroïsme qu’annonçait chacun de ces mouvements révolutionnaires, la réalité de la guerre, aussi ignoble et barbare soit-elle, affecte les civils. C’est le triste coût des révolutions, c’est l’affreux sort réservé aux populations civiles, toujours premières victimes lors des conflits.

 

Toutefois, la situation qui prévaut en Syrie est sans précédent. On apprend que le régime de Bachar el-Assad aurait utilisé des armes chimiques sur la population civile. Il n’y a simplement pas de mots pour décrire les images qui ont été diffusées à cet effet. À l’heure d’écrire ces lignes, le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) de l’ONU estimait à près de 2 millions le nombre de Syriens qui ont fui leur pays jusqu’à présent. Ils sont aux frontières du Liban, de la Jordanie, de la Turquie et de l’Irak principalement. Par ailleurs, ce nombre pourrait doubler dans la prochaine année si le conflit perdure, ce qui est plus que probable.

 

Ces réfugiés, comme les autres libyens ou égyptiens, fuient pour leur sécurité, leur vie et celle de leur famille. Mais la fuite au beau milieu du désert, bien que soit le seul dénouement à court terme, est bien loin d’être une solution durable, au contraire. En effet, les réfugiés sont rapidement rejoints par les réalités des relations internationales. Les pays voisins, souvent empêtrés dans leurs propres problèmes, sont contrariés par l’arrivée de milliers de réfugiés. Par exemple, les autorités irakiennes avaient fermé leur frontière en mai dernier, craignant de voir le conflit syrien dégénérer de leur côté. Ces restrictions avaient cependant été levées en juillet, permettant à nouveau aux Kurdes syriens de trouver refuge dans le nord de l’Irak. Mais de là, c’est le début d’une longue et douloureuse réalité dont aucun État ni aucune organisation n’a encore trouvé de solution : que faire avec ces centaines de milliers de personnes ? Une réponse que bien des humanitaires, des pays récepteurs de réfugiés, mais surtout, les millions de réfugiés eux-mêmes voudraient assurément entendre un jour.

 

Résoudre la crise

 

Dans tous les cas, pour résoudre un conflit, il faut au moins trois ingrédients : de la volonté politique, de l’argent, et s’indigner en luttant contre l’indifférence des réalités de la guerre. Ces ingrédients qui étaient apparemment disponibles pour résoudre la crise malienne ne sont actuellement pas au rendez-vous en Syrie.

 

Premièrement, il faut oublier la volonté politique. À la table du Conseil de Sécurité, on attend que l’occasion pour lever son droit de veto. En effet, la Chine qui vient d’innocenter la responsabilité du gouvernement syrien concernant les attaques chimiques paralysera toute décision susceptible de forcer la main du régime syrien. La Russie, qui dispose d’investissements militaires importants en Syrie, mettra également son veto à toute intervention des Nations Unies. Malgré le concept maintenant admis de la responsabilité de protéger, on peut dès lors oublier toute éventuelle mission de l’ONU. Il est également improbable que les États-Unis ou l’Europe s’engagent militairement dans ce panier de crabes.

 

On ne peut pas non plus compter sur l’argent. On estime qu’il y a un manque à gagner de plus de 2,6 milliards de dollars seulement pour répondre aux besoins humanitaires actuels de la population syrienne. À l’heure où l’économie mondiale est en contraction, il est peu probable que l’Occident y investisse davantage. Pendant ce temps à Ottawa, on apprenait que le gouvernement canadien avait sous-décaissé plus de 13 % de son budget d’aide internationale (419 millions de dollars). Des fonds qui auraient certainement été utiles à des organisations humanitaires pour venir en aide aux réfugiés. Il se peut par contre que certains pays du Golfe compensent l’espace laissé vide. Mais il faudra plus que des pétrodollars pour répondre aux multiples crises humanitaires et résoudre diplomatiquement le conflit. En effet, en Syrie, tout comme en Égypte et en Libye d’ailleurs, le Qatar et l’Arabie saoudite se font une guerre par procuration. Chacun bombe le torse pour assurer son autorité et prendre la relève des financements et de l’influence essoufflés de l’occident.

 

Le troisième ingrédient est probablement le plus important, mais le plus difficile à obtenir. C’est qu’il n’y ait pas d’indifférence par rapport aux crises humanitaires. Mais cette lutte, maintenant personnalisée à travers Joanne Liu, la nouvelle présidente de Médecins sans frontières, est loin d’être gagnée. L’indifférence se gagne par l’information. Cependant, tant que les grands médias continueront de réduire l’espace qui devrait être réservé aux nouvelles internationales et aux débats publics et politiques qui en découlent, la population et, conséquemment, les politiciens ne se sentiront pas concernés. C’est particulièrement vrai au Canada, où la politique étrangère n’a jamais été un enjeu électoral prioritaire.

 

Ainsi, sans ces ingrédients, il est vraisemblable que le contexte syrien s’envenimera et de fait, que la population civile continuera à être accablée par les abominables réalités de la guerre. Il faut donc espérer une lutte plus silencieuse. Il faut penser aux moyens d’armer l’opposition syrienne. Il faut permettre l’accès humanitaire aux populations civiles, premières victimes de ces contextes de violence. Bref, il faut s’engager et faire bien plus qu’un simple appel au calme.

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4 commentaires
  • Jihad Nasr - Inscrit 26 août 2013 04 h 49

    Affrimations contredites par les faits

    L'article ne fait que répéter les péjugés maintes fois répétés depuis l'éclatement de la guerre internationale contre la Syrie et qui, en fait, s'inspirent de la ligne officielle exprimée par les gouvernements occidentaux belliqueux: États-Unis, France, Royaume-Uni et (oui) Israël! Il suffit de lire les pages internationales des journaux "mainstream" pour tomber sur un consensus troublant autour de la culpabilité du régime syrien. La façon de couvrir la situation en Syrie ne cherche qu'à préparer le terrain à une intervention militaire occidentale directe (après la "libération" désastreuse et destructive de la Libye), car l'intervention indirecte en armant (comme d'habitude, l'argent est déboursé par les pays du Golfe) et en entraînant les "rebelles" syrien dans des bases en Jordanie et en Turquie n'a pas permis de défaire les troupes de l'armée syrienne. Le texte ne questionne pas la sortie de Médecins sans frontières à ce moment-ci, alors que l'organisme est resté presque muet lorsqu'il y a eu une attaque chimique par les rebelles à Khan El-'Assal que la délégation onusienne devrait enquêter. Le 6 mais 2013, la responsable onusienne Carla Del Ponte avait dit à la BBC qu'elle était "stupéfaite par l'utilisation par les rebelles du gaz sarin" dans cette région! La vidéo peut être vue sur Internet. C'est pourquoi la Russie et la Chine ont adopté leur position connue à l'égard de ce "panier de crab" (quelle sensibilité de parler de la Syrie ainsi!). Ces deux pays entre autres n'ont jamais admis le principe "la responsabilité de protéger", un concept servant à justifier des guerres néocoloniales. Beaucoup de pays et d'observateurs pensent que la dernière attaque dans la banlieue a été provoquée pour coincider avec l'arrivée des inspecteurs onusiens et faire arrêter la campagne militaire réussie lancée par l'armée syrienne dans les zones limitrophes de la capitale. "Bref, il faut s'engager" mais sans déformer les faits pour justifier un carnage encore plus grand en Syri

  • Francois Lamoureux - Inscrit 26 août 2013 08 h 42

    Pète et Répète en Syrie

    M. Audet, vous mentionnez. ¨ On apprend que le régime de Bachar el-Assad aurait utilisé des armes chimiques sur la population civile.¨ Faux, ils ont dit que des armes chimiques auraient été utilisées. C' est pourquoi avec l'accord du gouvernement Syrien
    des inspecteurs de O.N.U. sont sur place pour enquêter. M. Jihad Nasr a raison,
    il ne faut pas déformer les faits. Ce que font très bien les Pètes et Répètes, que sont les médias occidentaux.

  • Francois Audet - Inscrit 26 août 2013 09 h 56

    Il faut bien lire

    Les deux commentaires précédents sont colorés de faux. Monsieur Audet parle au conditionnel et à ce que je sache, il s'agit d'un temps de verbe qui n'implique rien. Que ce soit l'opposition au le régime, des gaz ont été utilisé. Le texte porte sur l'impact de cette crise sur la population civile et de la réaction internationale. Les faits ne sont pas déformés, il s'agit d'un texte au conditionnel. De grâce, soyons prudent avec la théorie du complot occidental...

  • Gaston Carmichael - Inscrit 26 août 2013 10 h 59

    Bonne solution pour empirer les choses...

    "Il faut penser aux moyens d’armer l’opposition syrienne."

    Si les occidentaux n'auraient pas armés l'opposition, ce conflit meurtrier ne se serait jamais produit, ou n'aurait au mieux que durer quelques semaines. Maintenant, on a une bandes de mercenaires qui sèment le chaos dans ce pays.

    Vous vous désoler du désastre humanitaire que ce conflit a engendré. Si on veut que cela cesse, il ne faut pas y ajouter plus d'armes, mais bien les arrêter.