Protection des activités agricoles - Une réaction fondée sur la confusion

Dans son texte paru dans Le Devoir du 8 août dernier, le professeur Bernard Vachon réagit négativement à un article du journaliste Marco Bélair-Cirino, dans lequel j’indique, notamment, que des conseils municipaux n’hésitent pas à imposer des limites aux activités agricoles à la suite de plaintes de citoyens au regard de certains désavantages pourtant liés à des pratiques légitimes de l’agriculture, dont les odeurs, le bruit, la poussière, etc. Selon M. Vachon, « porter le blâme de cette situation [la précarité de la zone et des activités agricoles] sur les autorités municipales seulement, c’est se tromper de cible ».

 

Je crois sincèrement que cette réaction s’explique en bonne partie par le titre de l’article de M. Bélair-Cirino (L’UPA demande à Québec de mettre à terre le pouvoir des municipalités) et son introduction (« réduire en bouillie les pouvoirs des municipalités »). Tous les deux ne sont pas représentatifs de mes propos.

 

Mon propos était très ciblé et ne visait que la protection des activités agricoles, ce que laLoi sur la protection du territoire et des activités agricoles (LPTAA) ne permet pas vraiment de faire malgré son nom. C’est comme si on croyait qu’en protégeant le territoire, on protégeait automatiquement les activités agricoles qui s’y réalisent. Or, les nombreux règlements de zonage de production ou de nuisance visant les activités agricoles, pourtant légitimes en cette zone, démontrent bien qu’il faut faire plus si l’on veut y assurer la pérennité de ces activités. Et plus la zone agricole est habitée par des non-agriculteurs, plus il est nécessaire d’y sécuriser les activités agricoles. C’était là l’essentiel de mon propos.

 

Rareté des terres

 

Le texte de M. Vachon nécessite néanmoins une réponse, car il confond nos préoccupations concernant le pouvoir des municipalités de réglementer les pratiques agricoles et nos positions sur la pérennité du territoire et des activités agricoles, un sujet beaucoup plus large qui fait appel à une multitude d’enjeux. D’autant que plusieurs des arguments qu’il soulève pour illustrer cette réalité rejoignent ceux de notre organisation au chapitre, notamment, du gaspillage des terres comme tendance alarmante du développement urbain des dernières décennies. Nos démarches pour un gel complet du dézonage agricole sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), aux côtés d’organisations comme la Coop fédérée, Équiterre, la Fondation David Suzuki, Nature Québec, l’Ordre des agronomes du Québec, l’Ordre des architectes du Québec, le Regroupement national des conseils régionaux en environnement et Vivre en Ville, vont d’ailleurs dans ce sens.

 

Les espaces actuellement disponibles en zone blanche sur le territoire de la CMM sont suffisants pour assurer un développement résidentiel, industriel et commercial pour les deux prochaines décennies. Le plaidoyer de M. Vachon pour un renforcement de la LPTAA, afin de lui permettre de contrer efficacement le phénomène, va aussi dans le sens de nos propres positions.

 

Il m’apparaît également pertinent de compléter certains de ses propos. Il est ainsi vrai que seulement 53 % de la zone agricole au Québec est occupée par des exploitations agricoles. Il faut toutefois considérer qu’elle comporte de multiples milieux naturels (lacs, cours d’eau, milieux humides, boisés, etc.) et de nombreux usages non agricoles (commerces, industries, infrastructures d’utilité publique, d’énergie, de transport, de communication, etc.).

 

La zone agricole est aussi habitée par de nombreux résidents, traversée par de multiples routes (une autoroute occupe jusqu’à 12 hectares par kilomètre) et parsemée de contraintes naturelles limitant la pratique de l’agriculture (affleurements rocheux, etc.). Tous comprendront qu’il est très difficile de faire pousser des radis sous un pylône d’Hydro-Québec ou dans une sablière.

 

Au final, 4 % seulement de la zone agricole québécoise « exploitable » est inexploitée, la plupart du temps des terres à faible valeur agronomique ou déjà entre les mains de promoteurs immobiliers. Cette précision, jumelée au fait que la zone agricole ne constitue que 2 % du territoire québécois (contre 45 % aux États-Unis et 58 % en France), tend à démontrer la très grande rareté de cette ressource.

 

Quant au morcellement des terres, l’UPA y est favorable s’il s’agit de projets destinés à des fins d’exploitation agricole. Il importe toutefois de faire le tri entre les projets favorisant véritablement le développement agricole d’une communauté et ceux n’étant que prétexte temporaire à l’ajout de nouvelles maisons en zone agricole, de routes pour s’y rendre et de commerces pour répondre aux nouveaux besoins. Et c’est dans ce contexte que s’impose la protection non seulement du territoire, mais aussi des activités agricoles.

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