Pourquoi je ne me présente pas à la chefferie d’Option nationale — et celui que je nous souhaite comme chef

La course à la succession de Jean-Martin Aussant à la tête d’Option nationale est lancée.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir La course à la succession de Jean-Martin Aussant à la tête d’Option nationale est lancée.

Je déjeunais chez Aussant il y a quelques jours alors que je ne savais pas encore que je ne me présenterais pas à la chefferie d’Option nationale. La veille, une réunion dans les hautes sphères du parti s’était terminée au petit matin et je mangeais sans appétit, me mordant la lèvre et me triturant les ongles. J’avais mal dormi, j’avais passé la nuit à réfléchir à toutes sortes de détails relatifs à l’avenir d’ON. Pendant ce temps, Jean-Martin jouait avec ses enfants dans un laisser-aller que je ne lui avais pas vu souvent avant sa démission. Moi, je serais morte de fatigue lorsque j’irais chercher ma fille en après-midi pour passer le reste de la journée avec elle. Si je me faisais élire comme chef, ça serait ça, ma vie - et la sienne. Et puis, il y a ce rêve d’écrire des romans qui me suit depuis que j’ai cinq ans et que je repousse sans cesse, ce rêve que je peux réaliser quand je veux du moment que j’y mets le temps, parce que je sais que j’ai le talent. Voilà qui, pour l’instant, se couplerait beaucoup mieux avec le fait d’être mère d’une jeune enfant…

 

Mais j’avais de la difficulté à ne pas me présenter parce que j’avais peur que l’enthousiasme tombe et que meurent les espoirs précieux que nous avons fait germer depuis la naissance d’ON. C’est que, dans ce qui a participé au succès d’Option nationale jusqu’à maintenant, il y a principalement deux choses :

 

1. La clarté décomplexée de son option indépendantiste.

 

2. La manière de faire. Au lieu de dire qu’on va travailler à faire l’indépendance, on travaille à la faire - dans les cuisines, sur les réseaux sociaux, partout où s’exerce notre créativité, avec des arguments frais, intelligents et séduisants qui nous rappellent que la souveraineté est une idée moderne et logique et qu’on peut la réaliser sans s’empêtrer dans 28 000 obstacles. « On est ce qu’on fait », disait l’autre. Cette absence de bullshitage a attiré à nous d’autres gens créatifs venus de tous les domaines professionnels. Le mouvement indépendantiste avait enfin cassé la frontière rigide qui le faisait tourner en cercle fermé depuis 1995 malgré tout le courage de ceux qui avaient tenu le fort entre-temps. Quand on parlait des gens d’ON comme d’une « bouffée d’air frais » dans le paysage politique et indépendantiste québécois, c’est de ça qu’on parlait.

 

Sol Zanetti, un choix évident

 

Ce deuxième point, c’est l’épice miracle. Parce que le mouvement réamorce tout à coup sa croissance et va chercher du sang nouveau et intéressant, on se remet à se dire que c’est faisable et qu’on n’a qu’à s’y mettre. Qui voudrait mettre son temps et son talent dans un projet qu’il croit voué à l’échec ? Si tous les indépendantistes du Québec se remettaient à en jaser avec fougue autour d’eux, le pays ne serait plus bien loin. L’enthousiasme est tout, et Option nationale agissait comme un incubateur d’enthousiasme.

 

Je voulais que cela demeure et j’avais confiance en mes capacités pour le faire. Mais ce matin-là, chez Jean-Martin, je me suis mise à chercher qui d’autre avait cette capacité d’enthousiasmer les non-convaincus autour de la cause et pouvait être assez fou pour vouloir se présenter à la chefferie d’Option nationale.

 

Ça n’a pas pris de temps. C’était une évidence. Une maudite bonne tête courageuse nommée Sol Zanetti.

 

Il n’est pas connu à l’extérieur du parti, mais au dernier congrès d’ON, lors de l’élection des membres du Conseil national du parti, il est arrivé deuxième tout de suite après moi en nombre de votes, alors que, contrairement à moi, personne ne le connaissait. Il avait fessé dans le tas avec son discours de présentation, un mélange de force, d’intelligence bien plantée, d’humour et de tendresse. Les membres présents au Congrès en étaient tombés amoureux. En tant que chef, me suis-je dit, il se ferait connaître rapidement.

 

La première fois qu’il m’a impressionnée, c’était au début du printemps étudiant, alors qu’on annonçait les investitures de la région de Québec. Il était tout nouveau en politique, comme la majorité des membres d’ON. Comme il est prof de philo, les journalistes lui posaient des questions agressives sur la position des profs dans le conflit, s’empilant sur lui avec cette assurance parfois arrogante que leur confère leur pouvoir particulier. Et avec une élégance très aussantienne, il les a tous rassis, avec des arguments bien tournés, incisifs et précis. Wow.

 

Plus tard, je l’ai vu parler aux assemblées. Un orateur excellent, naturel, passionné, drôle. Et puis, il est d’une impressionnante force morale. Un vrai Hobbit (en plus beau). Il paraît qu’en politique, ils sont rares. ON en a rassemblé un nombre anormalement élevé ; il faut donc l’un d’entre eux pour représenter le parti.

 

Garder la flamme

 

Il a trente et un ans et peu d’expérience en politique de parti - et c’est parfait comme ça. Parce que c’est d’ON dont on parle, et non du Parti libéral ou du Parti québécois. Parce que c’est d’un mouvement spontané fondé sur la sincérité et la confiance en l’intelligence des gens dont on parle, et non d’une machine électorale. Parmi ceux qui m’ont écrit pour me pousser à me présenter, je retiens un commentaire qui m’a particulièrement plu : « Je ne veux pas comme chef d’ON un rond-de-cuir de la politique. Je veux quelqu’un qui a le charisme de René Lévesque, l’authenticité et l’énergie de Pierre Bourgault, je veux quelqu’un qui est capable d’entraîner une partie de la jeunesse dans son sillage. » Sol Zanetti a ça. Mais « C’est qui, lui ? » se diront les gens, à l’instar de Geneviève L’obstineuse (conseillère politique au ministère du Développement durable), qui posait la question sur son mur Facebook. Regardez-le bien aller. Il ne pourra pas ne pas faire sa marque, et les gens verront bien qu’il n’y avait pas que JMA, qu’il n’y a pas que moi, que nous sommes plusieurs, et que nous pouvons être un maudit beau dreamteam pour l’indépendance, comme le PQ des années 70.

 

À ce stade-ci de son histoire, le parti peut devenir beaucoup de choses, dans un sens comme dans l’autre. Je prie pour qu’il garde cette flamme qui l’avait rendu unique et flamboyant au milieu des mornes, et c’est avec cela à l’esprit que je donne mon appui à Sol, qui vient tout juste de me confirmer qu’il sera de la course.

 

C’est parti.

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34 commentaires
  • Fernand Lachaine - Inscrit 1 août 2013 06 h 43

    Et vogue la galère.

    À la page 184 du livre « Mélanchon Le Plébéien » Lionel Jospin déclare ceci en constatant les divisions des Socialistes :
    « Les règles du jeu doivent être claires et respectées par tous. Si de nos rangs fusent les premières critiques, les premières incitations au désenchantement, comment convaincre alors? »
    À la page 343, Jospin déclare aussi :
    « Vous influencez mieux la conduite d’un véhicule si vous êtes dedans que si vous agitez des panneaux sur la route. »
    Il pose de plus la question : « Si tout cela devait déboucher sur un processus de réélection de Sarkosy, à quoi la radicalité (de Mélanchon) aurait-elle servi? »
    Et il ajoute « Je compte sur sa fidélité à la gauche (celle de Mélanchon), son esprit de responsabilité historique et sur son réalisme par rapport au danger majeur pour le pays que représenterait le maintien du système Sarkosy ».
    Le mouvement souverainiste québécois aurait intérêt à méditer sur les déclarations de Jospin.
    Il existe une sérieuse inquiètude que nous nous dirigeons vers le système PLQ/Couillard/Porter car nous avons maintenant d’énormes difficultés à convaincre et perdons beaucoup de crédibilité en raison de nos interminables guerres.
    En constatant le champ de bataille délabré qu’offre le mouvement souverainiste québécois qui s’est totalement laissé DIVISÉ pour que d’autres RÈGNENT,
    le PQ, QS, PI et ON tous porteurs (!) de la flamme de l'indépendance du Québec sont en train de s'éteindre et, le pire, c'est qu'ils ne parviennent pas à constater cette évidence.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 1 août 2013 13 h 06

      « Vous influencez mieux la conduite d’un véhicule si vous êtes dedans que si vous agitez des panneaux sur la route. »

      ... à moins que ces panneaux indiquent que vous vous dirigez dans un cul de sac!

    • Marc-André Lapointe - Inscrit 1 août 2013 14 h 28

      Woh, devant cette débauche de commentaires pessimistes, je sens le devoir moral de tirer la couverte de l'autre côté.

      Vous êtes bien fatigants à nous ressasser la division du vote, comprendrez-vous jamais que dès que tous les souverainistes s'unissent, nous devenons tout à coup très nombreux, et beaucoup plus convaincants aux yeux des indécis ? ON réclame l'union des partis souverainistes, le PQ la refuse pour gouverner seul. Pourquoi ne pas tous nous rallier sous la bannière du PQ alors, pensez-vous ? Parce que le PQ stagne, il n'a plus l'énergie nécessaire pour faire l'indépendance. En tous cas, certainement pas tout seul. Il faut de la vigueur et de l'impulsion, et ON en a plein.

      Tout ne s'arrête pas avec JMA. Aussant a bâti un navire, utilisons-le pour voguer. Souvenez-vous que la Révolution tranquille n'a pas commencé tout à coup avec Jean Lesage et son équipe. Avant eux Paul Sauvé a lancé d'un "désormais..." la révolution des 100 jours, et avant lui encore Adélard Godbout s'en était fait le précurseur dès les années 1940. Aussant nous a permis de prendre notre élan, maintenant d'autres arrivent.

      Je crois fermement en Sol Zanetti, en tous les membres d'ON, en tous les souverainistes, et en tous les indécis près à se laisser convaincre.

      Quand le Québec sera un pays, je serai bien content d'être parmi ceux qui y ont cru.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 1 août 2013 07 h 19

    Ne pas perdre son temps à ON

    Ce parti est voué à l'échec et on devrait plutôt utiliser ses énergies à retrouver le PQ et travailler dans l'unité. Jamais le Québec ne sera un pays dans la division de ses membres. Plusieurs l'ont compris sauf Jean-Marc Aussant. Bonne réflexion!

    • Michel Thériault - Abonné 1 août 2013 15 h 26

      Je ne suis pas d'accord avec vous. Pourquoi ON serait-il voué à l'échec ? Je suis aussi vraiment fatigué d'entendre parler de division des votes. La démocratie c'est choisir le parti qui nous "parle". Le PQ, très peu pour moi avec ses dinosaures et ses petites politiques. Nous avons besoin de sang neuf au Québec et c'est ce que ON apporte.

  • Jean Lapointe - Abonné 1 août 2013 08 h 23

    C'est quoi qui vous enthousiasme à ce point

    «Je voulais que cela demeure et j’avais confiance en mes capacités pour le faire. Mais ce matin-là, chez Jean-Martin, je me suis mise à chercher qui d’autre avait cette capacité d’enthousiasmer les non-convaincus autour de la cause et pouvait être assez fou pour vouloir se présenter à la chefferie d’Option nationale.» (Catherine Dorion)

    Pourriez-vous nous dire madame Dorion c'est quoi qui vous "enthousiasme" à ce point dans cette "cause", comme vous dites?

    Cela nous permettrait de mieux comprendre pourquoi vous semblez y tenir autant.

    Personnellement je trouve qu'il est préférable d'être profondément déterminé à travailler à faire en sorte que les Québécois se prennent davantage en main et travaillent davantage dans leur intérêt plutôt que de compter sur l' "enthousiasme" qu'il pourrait y avoir à se dire qu'on va gagner ou de se dire qu'enfin nous aurions un pays qui nous appartiendrait.

    Le Québec existe déjà. Il ne va pas commencer à exister uniquement quand il sera indépendant.

    Bien des choses peuvent se faire et se font déjà dans la perspective d'une indépendance éventuelle. Il s'agit de poursuivre dans cette voie. Il n' y pas , il me semble, que le changement de statut politique qui compterait.

    C'est souhaitable l'enthousiasme mais ça peut faiblir rapidement. Il me semble préférable de compter sur les actions quotidiennes de gens convaincus et déterminés à y parvenir.

  • France Marcotte - Inscrite 1 août 2013 09 h 24

    Impeccable dans sa bulle

    Ce parti parle de lui-même comme s'il n'évoluait pas dans un contexte, ici la menace bien réelle de l'élection d'un trio délétère pour le Québec: Coderre, Couillard, Trudeau.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 2 août 2013 11 h 50

      Couillard, ses chances sont à peu près nulles. Depuis les dernières élections, c'est à dire la denière campagne, la CAQ n'a jamais pu remonter la pente véritablement, alors...

      D'autre part je ne vois rien de délétaire dans l'élection de Trudeau, bien au contraire, c'est un apolitique incapable de s'opposer à qu ou quoi que ce soit sinon au Québec, alors je crois qu'il va faire grimper le désir de devenir un pays, comme jamais. Codère? Boff...

      Il y a ici un tel pessisime chez les nombreux critiques patentés d 'O. n. qu'ils n'arrivent même pas à comprendre que ce parti nous enthousiasme, que ses membres et sympathisants gardent espoir. Mais je peux le comprendre, l'option indépendantiste stagne depuis bientôt 30 ans, comme quoi le P. q. - il l'a l'affaire, comme on disait.

      Ce n'est pas en prenant peur devant le moindre remous, qui est un signe de vie, qu'on arrive à vendre un projet tel que l'indépendance nationale. Il faudrait que nous (un nous auquel j'appartiens de naissance et à cause de ce projet, tout court) cessions de nous percevoir comme d'éternelles victimes des autres, toujours innocentes.

      Le P, Q existe depuis bientôt 47 ans (incluant la phase MSA), et il a bien changé depuis, nous conduisant d'une défaite référendaire à une autre, mais nos chefs bien sûr sont eux aussi innocents. L'option stagne, notre culture s'effrite, et je pèse mes mots, alors est-ce qu'on peut se permettre de regarder ailleurs, d'espérer autre chose sans pratiquement se faire traiter de traitre? 47 ans mais juste quelques années où une légère division du vote est apparue, mais semble mortelle: le P q lui même n'a-t-il pas toujours été accusé d'être divisé? -alors ses membres ne devraient pas entrer dans ce jeu là. La liberté de penser, et de choix sont fondamentales: dans la France occupée les résistants étaient de toutes couleurs, de toutes tendances et de plusieurs origines.

  • Luc Marchessault - Inscrit 1 août 2013 09 h 54

    Désunion

    Comme l'écrivait Teilhard de Chardin, « Il n'y a qu'un seul Mal = la désunion ».

    • Joey Hardy - Inscrit 2 août 2013 08 h 56

      Chez les Indépendantistes, Socialistes et Progressistes, nous pouvons compter à différents niveaux Option Nationale, Québec Solidaire et le Parti Québécois.

      Dans un monde progressiste idéal, ce sont ces trois partis qui se partageraient le pouvoir à raison de 30% chacun. Malheureusement, ce n'est pas le cas. Mathématiquement, voter pour un des partis de queue de ploton est effectivement la même chose que d'annuler son vote.

      Pourtant, c'est un tabou que de le dire. Les gens votent avec leur coeur, pas avec leur cerveau carthésien.

      Il existe pourtant une solution fort simple: exiger une réforme du mode de scrutin de la part du PQ.

      Avec le PQ en porte-étendard de la réforme, les prochaines élections seront les dernières utilisant les termes "vote stratégique".