Adoption - Le besoin de combler le vide

En réaction au texte «Adoption – Des promesses de secret menacées» signé par M. Edmund Coates dans votre édition du 26 juillet 2013, nous voulons faire les commentaires suivants.

Le projet de loi n°47, dont il est question dans ce texte, remet les pendules à l'heure, à l'heure de la vérité si longtemps cachée à des centaines de milliers de personnes qui ont été confiées à l'adoption depuis les années 1920. Les propositions de modifications suggérées permettront enfin aux personnes confiées à l'adoption et désireuses de connaître leurs origines, de mettre un nom sur celle qui leur a donné la vie et d'avoir accès à leur identité primaire, leur identité réelle.

Elles permettront également aux mères qui ont perdu leur enfant aux mains de parents adoptifs, bien malgré elles dans la majorité des cas, d'avoir la possibilité de connaître l'identité qui a été donnée à ce petit être devenu adulte aujourd'hui.

C'est le retour du balancier afin que la justice soit équitable pour tous. Depuis toutes ces années de secrets et de protection de la confidentialité du parent biologique, n'est-il pas temps que la personne directement concernée, «l'enfant», ait des droits également? Le droit à l'identité doit être reconnu. Tout un chacun a droit de connaître son identité, sa vérité, ses origines.

Nous sommes conscients que certains cas peuvent être plus douloureux ou que certaines personnes ne désirent pas être contactées (parent et/ou enfant), mais pouvons-nous réellement défendre à quelqu'un de vouloir viscéralement savoir d'où il vient? Non! Pouvons-nous, en tant que société, permettre de continuer à ficeler les dossiers d'adoption de tous afin de protéger quelques individus qui ne veulent pas que leur identité soit connue? Non! Comme dans tout changement, il y aura à faire du cas par cas pour des dossiers plus délicats, mais pour l'amour, n'empêchons plus la majorité de savoir pour protéger des cas isolés.

Sortir de la grande noirceur

M. Coates mentionne également dans son article que les antécédents médicaux familiaux peuvent être obtenus en passant par le centre jeunesse avec ordonnance de la cour dans le cas de préjudice grave, sans toutefois livrer le nom du parent d'origine. N'est-il pas normal pour chaque être humain de connaître ses antécédents médicaux sans avoir à passer par le tribunal?

Nous sommes rendus en 2013, il est grand temps que le Québec sorte de la grande noirceur en ce qui a trait aux dossiers de l'adoption, comme l'ont déjà fait plusieurs provinces, plusieurs états américains et plusieurs pays. Le temps des pressions sociales, morales et religieuses est révolu. Les mères qui sont restées les bras vides et le coeur lourd ont droit de se délivrer de ce secret et leurs enfants ont droit de connaître la vérité.

Demandez aux mères qui ont accepté de vivre des retrouvailles avec leur enfant comment elles se sont senties libérées. Oui, pour certaines il y a eu ouverture d'une vieille blessure, mais pour la plupart, ce fut un baume sur la plaie causée par la société, une libération.

Et comme le prévoit le projet de loi 47, ceux et celles qui tiendront mordicus à garder leur identité strictement confidentielle, alors ils n'auront qu'à placer un veto de divulgation d'identité et de contact à leur dossier.

Le point de vue de M. Edmund Coates est légitime, mais il faut avoir vécu cette expérience qu'est l'adoption pour comprendre le besoin pour les parties concernées de combler le vide. Avec une bonne préparation et un accompagnement, les démarches identitaires sont, la plupart du temps, de belles réalisations. Nous ne voulons pas minimiser les situations plus difficiles qui arrivent, mais nous ne voulons pas non plus en faire une base décisionnelle.

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