Du Far West à George Zimmerman

L’acquittement de George Zimmerman a donné lieu à des manifestions d’indignation à Los Angeles.
Photo: Agence France-Presse (photo) Frederic J. Brown L’acquittement de George Zimmerman a donné lieu à des manifestions d’indignation à Los Angeles.

En 1865, le légendaire Wild Bill Hickok tue Davis Tutt en public dans une petite ville du Missouri, les deux hommes se faisant face au beau milieu de la rue. 147 ans plus tard, George Zimmerman tue le jeune Trayvon Martin en Floride et, à l’instar de Wild Bill, suivant une loi récente de l’État, s’en sort parce qu’il a agi, contre toute vraisemblance, en légitime défense.

 

Ce qui unit ces deux très médiatisés homicides est le concept de « No Duty to Retreat » forgé notamment au cours de la longue conquête de l’Ouest américain. Ce concept s’oppose à la common law anglaise, celle-ci exigeant à la fois d’être acculé au pied du mur et de pouvoir le démontrer, avant d’user de violence afin de se défendre. Aux États-Unis, la longue conquête de l’Ouest, opposant colons et Amérindiens, mais aussi des groupes d’intérêts, parfois locaux - petits ranchers, entrepreneurs - à d’autres plus grands, pensons aux chemins de fer par exemple, a vu de nombreux affrontements finissant avec homicides à l’issue desquels les protagonistes furent absous de toute accusation. (Ce que démontre l’historien Richard Maxwell Brown dans No Duty to Retreat, Oxford, Oxford University Press, 1994.) L’abandon du « devoir de retraite » distingue le Canada de son voisin du sud.

 

Au cours du XIXe siècle, une série de jugements, dont certains par la Cour suprême, affaiblirent les prémices du devoir de retraite au profit de la doctrine « No Duty to Retreat », stipulant que l’Américain a légalement le droit de rester sur place et de se défendre s’il le juge nécessaire en cas de menace à sa sécurité ou à celle de ses biens. Cette doctrine devient officielle aux États-Unis en 1921, mais ce jugement ne fait qu’entériner une longue série de choix des tribunaux allant dans ce sens, les plus importants étant celui du « True man » en Ohio (1876) et l’« American Mind » en Indiana (1877), causes dans lesquelles les juges expliquèrent leur décision par le fait qu’un « homme véritable » ayant « l’esprit américain » n’est pas tenu de suivre des règles encourageant la lâcheté, particulièrement dans le cadre de la vie sur la frontière.

 

«Stand your ground defense»

 

C’est suivant cette doctrine légale que la Floride, et de nombreux autres États par ailleurs, a adopté la loi « Stand your ground defense », affirmant l’idée qu’un individu peut utiliser la force létale afin de se défendre s’il se croit menacé, protégeant celui-ci de toute accusation criminelle en cas d’homicide. Ceci est particulièrement vrai lorsque celui qui se défend se trouve sur sa propriété, idée qui est tirée de la « castle doctrine », doctrine juridique selon laquelle un individu défendant sa propriété n’a pas à suivre le devoir de retraite et donc tout faire afin d’éviter l’affrontement, car il est chez lui.

 

Cependant, dans une société où circule un nombre pratiquement incalculable d’armes à feu, où les préjugés raciaux sont forts, de telles lois poussées par le lobby des armes à feu, couplées à un imaginaire où les cowboys règlent leurs différents, arme à la main, mènent à des drames comme celui ayant coûté la vie à Trayvon Martin.

2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 17 juillet 2013 07 h 54

    «Star-spangled Banner» (Sous la bannière étoilée)

    Land of the free (pays de l'homme libre)
    Home of the brave (maison du brave)
    Ben coudonc ...

  • André Dussault - Inscrit 20 juillet 2013 11 h 05

    Le contexte

    Les très vieux jugements datent de l'époque de la "frontière". pouvons nous maintenant supposer que cette époque est révolue ou nos amis les Américains sont tellement arriérés qu'ils secroient encore en 1876?

    Ce qui nous rappelle l'événement de l'été dernier où un visiteur du "sud" est entré au Canada et a ét supris de ne pouvoir rtransporter son arme... Et en plus il croyait toujours être "menacé", surtout quand on voulait lui offritr des billets gratuits pour le Stampede de Calgary.

    C'est beau être con mais de l'instituer comme "vertu nationale" ne me semble pas la bonne voie pour faire partie du monde "moderne". En particulier quand on veut instituer la démocratie (à l'américaine) partout dans le monde...

    Sont fous ces Américains!

    Et pour s'amuser, je reprends et commente ces citations :
    Land of the free (pays de l'homme libre) : "free to kill anybody???"
    Home of the brave (maison du brave) : "bravely frightened to death..."