Afghanistan - Vers une présence canadienne d’une autre nature

Les engagements canadiens au sein d’une large coalition du sous-commandement de l’OTAN prendront officiellement fin mars 2014.
Photo: Rafiq Maqbool Associated Press Les engagements canadiens au sein d’une large coalition du sous-commandement de l’OTAN prendront officiellement fin mars 2014.

Quand il est question de l’Afghanistan, l’attention du public est orientée par les politiques de communication des forces armées des États-Unis et de leurs alliés sur un retrait d’ici fin 2014 des troupes de combats et des pourparlers en cours avec les insurgés. Rarement, dans l’histoire de l’Alliance, une opération aura occupé une telle place dans l’horizon politique d’autant de nations. Rarement un pays a soulevé un aussi grand dilemme politique pour les principaux dirigeants des pays alliés. La solution post-2014 doit, pour commencer, lier l’assistance militaire opérationnelle à venir aux progrès accomplis dans le domaine de la gouvernance. Un avenir meilleur passerait, entre autres, par la réunion de trois éléments :

 

une solution politique négociée au problème de l’insurrection ;

 

un accroissement des investissements étrangers et nationaux ;

 

une meilleure gestion des efforts de la part des autorités locales visant à obtenir un niveau de « sécurité et de prospérité acceptables » en Afghanistan.

 

Par ailleurs, le dénouement de cet engagement passe par une insistance répétée sur le fait que, quoi qu’il arrive, la fin des actions de combat et des activités de formation est posée comme non négociable.

 

Un maintien partiel nécessaire à la sécurité

 

On insiste peu sur un élément pourtant capital : les dirigeants de l’Alliance atlantique espèrent maintenir un contingent d’au moins 8000 personnes. Il est presque devenu banal d’entendre dire ou de lire que ce pays est dans une situation très incertaine, qu’il s’agisse de sa sécurité intérieure, de sa stabilité politique ou de son économie. Le transfert du contrôle du territoire par certaines troupes alliées vers les forces de sécurité afghanes a certes été programmé depuis deux ans, mais il a été soumis à certaines conditions. Longtemps, les Occidentaux avaient fixé des critères chiffrés, notamment le nombre de policiers et de soldats locaux formés et en mesure de remplir leurs missions. Dans les états-majors de l’OTAN, on tend à inclure de plus en plus d’éléments qualitatifs, en particulier :

 

l’aptitude des forces afghanes à intervenir efficacement dans leurs zones de responsabilité ;

 

l’impact que les instances civiles locales de gouvernance peuvent avoir sur la corruption au sein des forces afghanes ;

 

la nature des liens entre les insurgés et les autorités politiques locales.

 

Pour atteindre les objectifs de qualité, les coalisés auront nécessairement besoin de plus de temps et ils devront revoir leurs méthodes. Pour les responsables politiques, les enjeux sont liés non seulement à la sécurité et à la stabilité internationales, mais également, sur le plan transatlantique, à la crédibilité de l’OTAN et, sur le plan interne, à l’avenir des forces armées nationales des nations engagées.

 

Si les engagements canadiens au sein d’une large coalition du sous-commandement de l’OTAN (la Force internationale d’assistance et de sécurité, FIAS) prendront officiellement fin mars 2014, les 110 millions de dollars par année sur trois ans (2015-2017) annoncés financeront des activités de coopération, de formation et d’influence qui ont déjà commencé. Ces activités visent à mettre en place et à consolider une gouvernance appropriée au service de la population afghane et des forces de sécurité compétentes afin d’éloigner la menace à l’origine de la présence internationale pouvant conduire à une déstabilisation accrue de la région comme des rivalités avec les voisins (Pakistan, la Chine, le Tadjikistan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan et l’Iran).

 

Les forces terrestres canadiennes comme leurs alliés ont acquis une solide expérience sur le plan opérationnel et disposent de compétences reconnues dans le domaine de la formation et l’assistance. En dix ans, le personnel militaire s’est profondément transformé et considérablement aguerri. Jamais les Canadiens n’ont maîtrisé une telle somme de connaissances et un si haut degré de savoir-faire en matière contreinsurrectionnelle. Ce serait un véritable gâchis pour le gouvernement de ne pas exploiter cet instrument d’influence que constituent les missions de coopération de défense. Dans sa déclaration du 19 juin dernier, le ministre des Affaires étrangères John Baird semble avoir fait un pas dans ce sens en accueillant « favorablement l’engagement de l’OTAN d’établir une mission de formation après 2014, mission qui sera essentielle pour continuer de s’assurer que les Forces de sécurité nationale afghanes (FSNA) sont efficaces et professionnelles ».

 

Défense d’intérêts

 

Il emboîte le pas à plusieurs alliés, notamment les États-Unis, qui, suivant une logique de défense d’intérêts, ont toujours su utiliser la coopération de défense comme relais d’influence majeur. Par-delà l’objectif de pérennisation de l’éradication des éléments terroristes, le Canada dispose, comme d’autres, de secteurs stratégiques, économiques et politiques, qui pourraient bénéficier d’une amélioration de la situation en Afghanistan et dans la région. La participation du Canada, sur une base bilatérale ou multinationale, aux missions d’assistance en matière politique et de sécurité peut permettre d’atténuer les frustrations à venir au sein des forces terrestres. Il permet aussi de sauver politiquement la face (tout en donnant un sens aux pertes humaines de plus de 10 ans d’engagement), et d’investir dans l’avenir économique du pays en contribuant au retour à des conditions normales. Le moment venu, il pourra en récolter les fruits pour les entreprises canadiennes. Vu le prix du sang élevé payé par les forces, le Canada jouit au sein de l’OTAN d’une crédibilité accrue et d’une situation politique enviée par certains de ses alliés. Reste aux dirigeants gouvernementaux à faire preuve de courage politique et à continuer de contribuer à empêcher un retour aux pouvoirs des actuels insurgés.

4 commentaires
  • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 16 juillet 2013 10 h 17

    Théâtre des opérations

    Comme le disait si ingénument M. Harper, Lac-Mégantic est comme une «zone de guerre», de celles que l'on sème distraitement à travers le monde, qu'on provoque ou qu'on cautionne, face auxquelles on mime l'indifférence ou la désapprobation passive.

    Et on voudrait faire croire qu'il s'agit d'un «théâtre» des opérations, que nos criminels sont un «contingent» ou une «force», que nos mafieux sont des stratèges nécessaires à une quelconque sécurité. Lorsque la défense de nos «intérêts» implique des actes terroristes et anti-démocratiques, le simple fait de demeure coi fait de nous des complices.

    Comment réagirions-nous si Edward Buckhardt se positionnait comme un «leader» dans la reconstruction?

  • Richard Laroche - Inscrit 16 juillet 2013 12 h 19

    Sauver la face

    "La participation du Canada, [...] permet [...] de sauver politiquement la face (tout en donnant un sens aux pertes humaines de plus de 10 ans d’engagement)"

    C'est vraiment l'argent de mes taxes qui servent à subventionner ce chercheur qui dit de telles inepties? Si vous croyez pouvoir donner un sens aux pertes humaines, permettez-moi alors de pouvoir imaginer un sens qui justifie votre perte, cher Ph.D.

    " [...] récolter les fruits pour les entreprises canadiennes."

    Oui, c'est exactement pourquoi on est en Afghanistan. C'est pas pour sauver les pauvres femmes battues ni pour déjouer des complots qui visent à attaquer notre voisinage. C'est des intérêts purement corporatifs.

    Financer la guerre pour le fruit des entreprises est l'équivalent d'une subvention. L'État utilise l'argent de nos taxes et cautionne l'utilisation de la violence pour aider des corporations à prendre de force des marchés, au profit de quelques uns. C'est anti-économique, anti-capitaliste, anti-moral, anti-logique.

    Tout ceci est une honte. Seule la honte peut sauver notre face.

    • André Michaud - Inscrit 16 juillet 2013 17 h 32

      A part les gens qui ont vendu du matériel militaire, il n'y a pas eu de fortunes faites en Afghanistan. Ça tient des mythes et légendes..qui voudraient installer une compagnie la bas au milieu des attaques talibanes continuelles?

      Ce qui est certain c'est que les USA et le Canada ont "perdu" quelques millards en Aghanistan...qu'on ne pense qu'aux nombreuses écoles et routes construites puis détruites par les talibans etc..

      Le seul commerce lucratif à faire dans ce pays c'est la drogue..

    • Hélène Paulette - Abonnée 16 juillet 2013 19 h 42

      M.Michaud il y a du pétrole, du gas naturel et beaucoup de minerai à extraire (dont des métaux rares) en Afghanistan. Pourquoi croyez-vous qu'on s'y intéresse autant? D'abord les empires britanniques et russes, puis les USA et les Soviétiques et maintenant nous....