Élection 2013 - Sur la désaffection des citoyens quant à la politique municipale

C’est l’État québécois, aveuglé par son obsession de centralisation, qui a tué la participation des citoyens à leur démocratie locale, écrit Roméo Bouchard.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir C’est l’État québécois, aveuglé par son obsession de centralisation, qui a tué la participation des citoyens à leur démocratie locale, écrit Roméo Bouchard.

Dans l’article que publiait Le Devoir du 25 juin, la désaffection des citoyens par rapport à la politique municipale est essentiellement attribuée à la mauvaise réputation que lui font les élus corrompus et la commission Charbonneau.


Cette explication est trop facile. Je vis depuis 40 ans dans un petit village du Bas-Saint-Laurent, pareil à des centaines d’autres. J’ai eu à traiter à maintes reprises avec mon conseil municipal, ma MRC, ma CRE (Conférence régionale des élus) et leurs instances administratives. Ma conclusion est que le pouvoir municipal et régional n’est pas une véritable instance démocratique […].


Premièrement, les instances municipales ont de moins en moins de pouvoirs autonomes : tous les conseils municipaux, y compris ceux des grandes villes, sont sous tutelle permanente de Québec. Ils ne décident à peu près rien. Ils administrent. Ils appliquent des orientations, des lois, des règlements, des normes, des mandats, des protocoles et des budgets étroitement contrôlés par Québec. Ils ne disposent d’aucune marge de manoeuvre pour prendre en mains leur communauté. […]


Deuxièmement, les élus municipaux ne font rien pour impliquer leur population, au contraire, ils font tout pour ne pas être embêtés par les citoyens. Ils administrent à huis clos et en vase clos. Ils n’informent pas. Ils ne consultent pas, même pour les grands projets ou les orientations importantes, sauf lorsqu’ils y sont forcés par des contestations citoyennes. Les séances publiques sont précédées de séances à huis clos. Leur déroulement est si ennuyeux et encombré de détails de régie interne qu’il décourage les citoyens d’y assister. La période de questions est reléguée à la fin, tard dans la soirée, et rigoureusement limitée et encadrée. On comprend vite qu’on n’est pas bienvenu, qu’on dérange et qu’on risque des ennuis si on insiste pour s’en mêler.


Troisièmement, le découpage municipal est désormais totalement désuet et ne permet plus l’exercice adéquat d’une vie démocratique. Dans les conditions actuelles, la gestion des services de proximité (aqueduc, incendie, sécurité, déchets, rues et routes, logement, évaluation, urbanisme, environnement, etc.) exige des ressources humaines et financières dont une municipalité de moins de 2000 habitants peut difficilement disposer. […]

 

Pour une réforme en profondeur


Cessons de nous raconter des histoires. La démocratie municipale, territoriale, n’existe pas, ne fonctionne pas. Ce ne sont pas quelques règlements sur l’octroi des contrats et quelques codes d’éthique qui vont la réhabiliter. Une réforme en profondeur est nécessaire. Il faut redécouper le territoire et créer de véritables instances territoriales élues, dotées de pouvoirs et de budgets autonomes, centrées sur la participation des citoyens. Il faut regrouper les petites communautés et donner aux grandes villes un statut politique approprié. La Coalition pour un Québec des régions avait tracé les grandes lignes d’une telle réforme dans Libérez les Québecs. Décentralisation et démocratie (Écosociété).


La désaffection des citoyens n’est pas responsable du déclin de la vie municipale : c’est l’État québécois, aveuglé par son obsession de centralisation, qui a tué la participation des citoyens à leur démocratie locale, et nationale aussi d’ailleurs. Et la situation ne fera qu’empirer tant qu’on écartera les réformes nécessaires. En 1977, dans un livre blanc que son parti lui a interdit de publier pour ne pas nuire au référendum à venir, René Lévesque écrivait : « Il est devenu urgent de réviser la répartition des pouvoirs au sein de notre collectivité ». Combien de temps faudra-t-il attendre encore ?


 
9 commentaires
  • Jean-François Robert - Abonné 3 juillet 2013 05 h 42

    D'accord avec vous

    J'en suis arrivé au même constat, au point ou je questionne l'intérêt d'aller voter aux municipales. Pas par dépit, mais pour ne pas encourager ce simulacre de démocratie, cette culture du tripotage, du favoritisme qui ouvre la porte aux profiteurs, organisés ou pas.
    Je crois que nous avons atteint les limites de la démocratie dite "représentative".
    Il est illusoire de responsabiliser les citoyens à la vie politique municipale sans changer radicalement le cadre actuel et se doter d'outils qui donnent un sens au débat public et surtout qui l'intègre au processus décisionnel.
    Autrement, cet engouement pour le commentaire dans les média traditionnels ou sociaux ne restera qu'un exutoire.

  • Alexie Doucet - Inscrit 3 juillet 2013 07 h 53

    Quelques pistes

    Comme la politique municipale est celle où le citoyen devrait avoir les meilleures chances de faire bouger les choses, plutôt que de boycotter les élections pourquoi ne pas retenir nos comptes de taxes jusqu'à ce que tous ces messieurs 3% et autres fraudeurs en cravate soient assis devant le juge, avec les citoyens qu'ils ont fraudé comme jury?

  • Claude Verreault - Inscrit 3 juillet 2013 08 h 15

    Moi aussi!

    Je partage complètement votre point de vue. Une première structure à abolir: les MRC. Mais qui en aura le courage?

  • Bernard Terreault - Abonné 3 juillet 2013 08 h 46

    Pas entièrement clair

    Diagnostic intéressant avec lequel je suis partiellement d'accord. Mais il y a aussi des contradictions. D'une part on blâme la centralisation des décisions venue de Québec et d'autre pârt on déplore la dispersion du pouvoir dans des municipalités trop petites pour se payer les divers services professionnels nécessaires. On propose la création de sortes de municipalités régionales à la fois plus indépendantes (de Québec) et plus responsables et compétentes (dans leur région). Mais on passe sous silence le mode de financement de ces municipalités, ce qui est le noeud du problème. Il faut bien le dire, si Québec a imposé des milliers de normes et de règles c'est entre autres parce que, par pingrerie (pour ne pas augmenter les taxes municipales) bien des villes "laissaient faire", se moquaient de la qualité de l'eau, refusaient de promouvoir le recyclage, toléraient des dépotoirs à ciel ouvert, etc. Pour les inciter, Québec a dû créer des tas de programmes de subventions. Je remarque que les villes ne font jamais rien sans demander une subvention à Québec et si possible une d'Ottawa aussi. C'est plus facile pour une ville du West Island que pour un village affligé par le chômage saisonnier de se payer du recyclage ou une bibliothèque. Si on veut plus de pouvoir régional, veut-on aussi plus de resposabilité financière régionale ? Pas d'interférence de Québec, mais pas de subvention non plus ? Ou si on veut à la fois le beurre de l'indépendance et l'argent du beurre de la subventions ?

    • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 3 juillet 2013 10 h 48

      Bien d'accord avec votre commentaire qu'il y a des contradictions dans cet article.On veut plus d'autonomie régionale mais on ne cesse de demander des subventions aux autres paliers de gouvernement. Le problème est que l'on a ajouté de nouvelles structures avec les MRC sans diminuer le nombre de municipalités au Québec. Il y en a trop (1100) pour une population de 8 millions, l'Ontario en compte 450 pour une population de 13 m. Roméo Bouchard a raison d'affirmer que toutes ces petites municipalités n'ont pas les moyens de s'offrir toutes les ressources nécessaires et qu'il faut une réforme en profondeur; aussi que ce grand nombre ne permet pas non plus une démocratie plus près des citoyens puisque les élus n'aiment pas que les citoyens interrogent leur gestion, ce qui amène leur désaffection. Oui pour une réforme municipale mais il faudra toujours que le gouvernement central contrôle puisqu'il verse une grande partie des budgets. On apprend avec la Commission Charbonneau que certains maires se conduisent parfois comme un monarque qui exerce un pouvoir absolu sur son territoire! Cela n'augure rien de bon pour rassurer les contribuables vers une autonomie régionale.

  • Bernard Terreault - Abonné 3 juillet 2013 08 h 57

    Irresponsabilité municipale

    Il ne faut pas blâmer que Québec. Un example flagrant d'irresponsabilité municipale se voit dans la grande banlieue de Montréal. Ces villes encouragent toutes l'étalement urbain à toute vapeur pour pouvoir engranger plus de taxes municipales. Mais elles forcent ainsi Québec à construire de nouvelles infrastructures sclaires et routières alors qu'on ne sait plus quoi faire des bâtiments scolaires dans les quartiers vieillissants. Aux États-Unis et en France où j'ai vécu, les municipalités sont responsables des écoles! Si une ville "développe", elle doit en payer tout le coût, pas juste une partie.

    • Peter Kavanagh - Inscrit 3 juillet 2013 10 h 28

      Si on suit votre exemple, les impots que l'on verse au provincial devrait descendre et les taxes municipales augmenter, ça ne couterait pas plus cher. L'exemple de la France s'applique plus ou moins car les distances sont beaucoup plus courte qu'ici, la densité y est beaucoup plus forte et le transport en commun beaucoup plus dévellopé qu'ici. Il en est ainsi de la majorité des pays europeens. Par contre, les USA ont une géographie assez semblable au Canada.