Élection 2013 - Ce pour quoi Marcel Côté doit diriger Montréal en coalition

L'arrivée de Marcel Côté comme candidat à la mairie de Montréal a, de nouveau, soulevé la question de la gouvernance de coalition. Depuis le départ de Gérald Tremblay, en novembre dernier, le comité exécutif de la Ville de Montréal en est un de coalition, c’est-à-dire que des élus indépendants ainsi que des élus de Vision Montréal et de Projet Montréal participent à la gestion de la Ville. Qui plus est, les décisions du comité exécutif sont publiques. La gouvernance de coalition a permis à Montréal une sortie de crise tout à fait honorable.


Pour l’avenir, la gouvernance de coalition doit être envisagée dans une perspective de renouveau, de changement, voire de réforme.


À toutes espèces d’égards, la candidature de Marcel Côté ouvre un chantier d’espoir, un horizon d’optimisme, un vent d’enthousiasme. L’homme lui-même s’est forgé une solide crédibilité tant dans les milieux des affaires, de la culture et du développement communautaire.


Marcel Côté peut s’enorgueillir d’avoir côtoyé des gens en provenance d’horizons divers comme Jane Jacobs, Monique Jérôme-Forget, Gilles Duceppe ou Nancy Neamtan. Cela étant, sa candidature à la mairie de Montréal peut rallier autant les fédéralistes que les souverainistes, les libéraux que les péquistes, les modérés comme les plus réformistes. Mais ce qui est le plus emballant avec la candidature de Marcel Côté, c’est qu’il propose de continuer à gouverner la Ville de Montréal en coalition.


Cinq raisons


Les Montréalais savent d’ores et déjà que la gouvernance de coalition les a bien servis. Les grandes lignes de force du bilan de la coalition s’articulent autour des éléments suivants : 42 millions d’investissements dans les parcs, les centres de traitement des matières organiques, l’amélioration de l’aide à l’accès à la propriété, la phase III du réseau Bixi, le réaménagement de l’autoroute Bonaventure, le parachèvement du Quartier des spectacles, la construction d’un centre de soccer municipal au Complexe environnemental Saint-Michel, la poursuite devant les tribunaux des fonctionnaires corrompus, le règlement sur le contrôle de la consommation de l’eau et l’entente concernant l’ouverture du boulevard de l’Assomption à des fins de développement industriel et résidentiel.


Il y a donc cinq raisons pour lesquelles la gouvernance de coalition est une voie d’avenir pour Montréal :


1. Les régimes des « partis uniques » qui dominent le conseil de ville par cycles successifs - pensons aux administrations de Jean Drapeau, Jean Doré, Pierre Bourque et récemment Gérald Tremblay - induisent la ligne de parti qui contribue à l’étiolement de la culture de la délibération et du compromis puisqu’un parti politique hégémonique permet d’imposer ses décisions.


2. La coalition que se propose de mettre en place Marcel Côté va permettre d’en finir avec la culture du vote géolinguistique. Il n’est pas souhaitable que l’offre politique municipale soit évaluée par le prisme de la question nationale ou de l’appartenance linguistique, consacrant de la sorte le clivage entre l’est et l’ouest de Montréal.


En 2009, à la mairie, Union Montréal a obtenu 70 % du vote non francophone et Vision Montréal, 4 %. Inversement, Vision Montréal a obtenu 53 % du vote chez les francophones, alors qu’Union Montréal a dû se contenter de 15 % des appuis.


Comme porte-parole d’une coalition, Marcel Côté devrait être en mesure de recueillir des appuis de toutes les communautés, autant de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du Sud, et ce faisant, n’exclure aucun arrondissement des centres de décision.


3. La gouvernance de coalition permet de valoriser les élus du peuple et de mettre tout le monde à contribution. Lorsqu’un parti unique s’approprie les postes de gouvernance, seuls ses représentants participent à l’exercice de la gestion publique. Par exemple, l’ex-maire Applebaum, en plus de s’assurer du caractère hétérogène de l’exécutif, a nommé Louise Harel à l’exécutif de la CMM, Richard Bergeron au conseil d’administration de la STM, et la conseillère indépendante Helen Fotopulos à la vice-présidence du conseil de ville.


4. Si l’on s’en remet à l’expérience de l’exécutif montréalais de coalition, il a été un véritable lieu de débats, de délibérations et de contrôle des politiques de l’administration. En effet, le maire d’une administration de coalition ne peut s’appuyer sur sa majorité pour faire adopter les politiques de l’administration sur un mode d’automatisme.


Actuellement, les exécutifs débutent à 8 h 30 et se terminent rarement avant 15 h 30. Chaque dossier est analysé selon son mérite intrinsèque. Il est arrivé fréquemment que les membres de l’exécutif refusent d’adopter un dossier qu’ils jugeaient incomplet, ou encore dont les sommes d’argent en cause étaient jugées déraisonnables.


Ainsi, il y a eu plusieurs débats à l’exécutif concernant les ententes-cadres de services professionnels, le restaurant Hélène-de-Champlain, les véhicules en libre-service, la gestion de la ligne éthique, l’approvisionnement en mobilier de bureau, et les risques de collusion dans la mise en oeuvre du Plan stratégique sur les systèmes de transport intelligents, pour ne donner que quelques illustrations.


En situation d’exécutif de coalition, un responsable qui présente un dossier doit être fin prêt, et seules les qualités de rigueur, de pertinence et d’intérêt public déterminent le sens d’un appui ou d’un rejet, ce qui nous situe loin derrière les considérations partisanes qui ont trop longtemps été de mise.


5. Finalement, depuis novembre dernier, le conseil de ville a vu se déployer un espace moins partisan en ce qui concerne les motions déposées par les conseillers. Sous l’administration Tremblay, les motions de l’opposition, sans égard à leur mérite, étaient systématiquement rejetées.


De décembre 2012 à mai 2013, il y a eu 32 motions de présentées par des élus et 26 d’entre elles ont été adoptées à l’unanimité. Parmi celles-ci, certaines étaient, en apparence du moins, controversées et contentieuses : la refonte du régime de retraite des élus municipaux, les enquêtes indépendantes sur la police, l’échangeur Turcot, la paramunicipalisation du Service de l’eau, pour n’en nommer que quelques-unes.


La campagne municipale montréalaise qui débutera bientôt va permettre aux citoyens de Montréal d’avoir un choix véritable, qui transcende, et de beaucoup, le clivage linguistique ou la question nationale.


D’un côté, ceux qui croient en une gouvernance de coalition avec les principes qui lui sont inhérents, le compromis, la délibération, la collégialité du pouvoir et de vastes perspectives de changement.


De l’autre, les forces du statu quo qui souhaitent un débat de personnalités, un pouvoir sans partage et la poursuite des rivalités traditionnelles dont Montréal a tellement souffert.


Les Montréalais et les Montréalaises pourront choisir le 3 novembre prochain. Pour ma part, mon choix est fait !

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