Le négatif passe toujours mieux…

Les cours d’immersion connaissent une popularité qui ne se dément pas.
Photo: La Presse canadienne (photo) Scott Dunlop Les cours d’immersion connaissent une popularité qui ne se dément pas.

Le professeur Luc-Normand Tellier a écrit un texte qui se veut à la fois un cri de coeur et une réponse aux commentaires désobligeants d’un chroniqueur parus dans The National Post. Selon lui, les propos du chroniqueur sont un reflet de l’opinion majoritaire du Canada anglais. Permettez-moi de répondre.

D’abord, je crois qu’il est inapproprié de juger que les commentaires d’un chroniqueur représentent ceux de la majorité. The National Post publie une variété d’articles sans toutefois prétendre qu’ils soient représentatifs de l’opinion majoritaire. Parfois, les éditorialistes et les chroniqueurs sont fiers d’être à la fois minoritaires et directs dans l’expression de leurs points de vue. On pourrait donner bien des exemples de chroniqueurs, très admirés à l’extérieur du Québec, qui ne partagent pas les opinions ayant offusqué M. Tellier.


Néanmoins, je reconnais qu’il est très facile de décrire négativement les relations entre les anglophones et les francophones au Canada. Le journaliste Normand Lester l’a fait, comme bien d’autres. Plusieurs moments tristes de l’histoire constituent une version du passé qui est largement acceptée chez les francophones : le rapport du lord Durham, la pendaison de Louis Riel, le règlement 17, qui a mis fin à l’enseignement en français en Ontario, les crises de la conscription pendant les deux guerres mondiales, et j’en passe. Ces faits sont réels ; on ne peut pas les nier.


Mais il y a d’autres faits, souvent oubliés. Moins de dix ans après la sortie du rapport Durham, lord Elgin a de nouveau fait du français une langue officielle d’usage à l’Assemblée ; John A. Macdonald a fait en sorte que le français soit protégé au Parlement et dans les tribunaux ; un groupe de Canadiens anglais s’est formé pour faire campagne contre le règlement 17. Je pourrais multiplier les exemples.


Il y a actuellement d’autres faits qui contredisent les affirmations de M. Tellier en ce qui concerne les attitudes des Canadiens anglais envers le Québec et le fait français. Bon an mal an, il y a 300 000 jeunes anglophones qui font leurs études en français et qui suivent des cours d’immersion, partout au pays. En Colombie-Britannique, il faut faire la file toute la nuit devant les bureaux des commissions scolaires pour inscrire des enfants à des programmes d’immersion. Ce contingentement signifie clairement que l’offre ne répond pas à la demande.


L’une des ONG les plus dynamiques au Canada est le regroupement de parents Canadian Parents for French. Cette organisation appuie constamment l’enseignement du français et exerce une pression constante sur les commissions scolaires et les ministères d’éducation pour qu’il y ait une meilleure qualité d’enseignement et une augmentation de l’offre des cours d’immersion.


Le Rouge et Or de l’Université Laval n’a pas fait que des gagnants de la Coupe Vanier, il a également fait des champions de la langue française. Justin Morrow, athlète du sud de l’Ontario, ne parlait que l’anglais lorsqu’il est arrivé à Québec. À la fin de ses études, il était membre d’une équipe championne, diplômé et bilingue. Il est également devenu un infatigable promoteur du fait français en fondant l’organisation Canadian Youth for French.


Malheureusement, le pessimisme passe mieux que l’optimisme. Le succès est invisible et l’échec, évident. Je crois que le courant de pensée que M. Tellier a identifié est minoritaire, bien qu’il existe. La majorité éprouve de la fierté à l’égard de la dualité linguistique, qu’elle voit comme une valeur canadienne. Elle est également fière du Québec, qu’elle considère comme un élément important de l’identité du pays.

 

Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

14 commentaires
  • Jean Brunet - Inscrit 29 juin 2013 04 h 44

    Opinion-histoire de référendums

    Je voyais le film John A en pensant au présent.... Je me demande si un jour on sortira de cet univers d'opposition - toujours là; le problème reste entier et sans solution véritable, on veut revenir au Haut - Bas Canada???? On pense avoir la solution??? Dieu merci, au delà des élites (!!!), de leurs agendas multiples il y a le peuple.

  • Nicole Bernier - Inscrite 29 juin 2013 05 h 42

    Merci de mettre en lumière l'importance de traduire les aspects positifs de certains comportements individuels

    Que le gouvernement Harper ait mis un terme au recensement obligatoire est malheureux, même si les statistiques ont une portée limitée pour réellement comprendre ce qui domine ou pas comme points de vue dans un pays, cela permet tout de même d'y déceler certaines tendances. De plus, ces données jouaient un rôle important quand les chercheurs croisaient ces données avec d'autres types de recherches pour essayer de cerner les courants de pensées dominants ou minoritaires à un certain moment de notre histoire.

    Un chercheur comme M. Tellier qui généralise au point de prétendre qu'un de ses collègues chroniqueurs représente le point de vue de tous les Canadiens, utilise son titre, son statut pour faire de la propagande idéologique. Et que le journal ne place pas ce genre d'article dans la catégorie de l'opinion personnel par une indication claire du statut de l'article, même si le lendemain, un article plus nuancé est produit, cela traduit le fait que la direction entérine ce genre de "bashing".

    J'apprécie énormément le ton de l'article de M. Fraser. Merci, je trouve que vous représentez bien ce que votre fonction exige.... C'est malheureux que plusieurs journalistes préfèrent faire de leur égo la source d'information que d'être centrés sur la rédaction d'articles basés sur la mise en scène de tous les acteurs d'un évènement ou sur la rédaction d'articles qui indiquent clairement la portée limitée des points de vue représentés dans leurs articles. Il est important de constamment rappeler aux lecteurs la nature du contenu d'un article et la difficulté d'être représentatif de la diversité québécoise et canadienne.

    Il y a un certain éthique à mettre les balises de sa recherche et de ses articles ou de se rappeler les dangers de la généralisation ou de l'utilisation déformée d'une certaines partie de l'information. Mais, tant dans le milieu universitaire que dans le milieu journalistique, plusieurs font des manquements graves à cette éthique.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 2 juillet 2013 10 h 24

      "Un chercheur comme M. Tellier qui généralise au point de prétendre qu'un de ses collègues chroniqueurs représente le point de vue de tous les Canadiens, utilise son titre, son statut pour faire de la propagande idéologique. "

      Mme Bernier, vous laissez entendre que M. Tellier serait chroniqueur au Devoir. J'ai vérifié la liste des chroniqueurs du Devoir, et je n'y retrouve pas son nom. La lettre de M. Tellier fut publiée dans la section "Idées et libres opinions".

      M. Tellier me semble donc n'être qu'un lecteur du Devoir, comme vous et moi.

      Vous semblez reproché à la rédaction du Devoir de ne pas l'avoir censuré. N'est-ce pas pousser un peu loin la défense de votre propre idéologie?

  • Michel Lebel - Abonné 29 juin 2013 06 h 56

    Il ne faut pas exagérer!

    Le texte de Luc-Normand Tellier traduisait tout simplement un certain courant nationaliste québécois. Un courant assez répandu et traditionnel chez la petite-bourgeoisie intellectuelle francophone. Mais beaucoup moins parmi la population en général.
    Quant à la dualité linguistique canadienne, elle est bien là, mais il ne faut pas en exagérer le poids. Cette dualité existe surtout au Québec même(Montréal) et dans les services fédéraux centraux. En général, tant au Québec que dans le reste du Canada, les gens vivent avec une seule langue; ce qui est bien normal.


    Michel Lebel

  • Réjean Beaulieu - Inscrit 29 juin 2013 09 h 33

    Le problème du manque de visibilité des francophones hors-Québec

    Étrange que le commissaire ne soit pas capable de reconnaitre que la raison pour laquelle les francophones hors-Québec ont un "problème de visibilité" puisse être reliée à cette répression du fait franco dans les espaces publics que constituent ces médias anglos, le reflet de la majorité silencieuse sujette à des coupures gouvernementales. Il est en effet fort difficile dans un tel environnement de voir des francophones ou francophiles utiliser le français dans un espace public hors-Québec. CBC n'est pas même capable dans cet environnement de couvrir les affaires publiques reliées aux langues officielles sans se faire taper dessus dans les rétroactions web des "p'tits casques" habituels. Quand à la popularité des programmes d'immersion, le commissaire aurait intérêt à la récupérer de façon plus nuancée s'il désire rester crédible pour la mascarade.

  • Jean Alfred Renaud - Inscrit 29 juin 2013 09 h 46

    Voyons la tendance lourde

    En 1755, les francophones étaient largement majoritaires au "Canada". Aujourd'hui, ils ne constituent plus que le quart de la population du même "Canada".
    Depuis le vol des terres des Acadiens en passant par l'incendie de villages francos le long du fleuve, la répression de 1837, le coup de la fusion du Haut-Canada anglais et endetté avec le Bas-Canada franco et riche, la division programmée des francos par la stratégie Elgin du bipartisme (libéral-conservateur)... jusqu'aux politiques répressives du colonisé Trudeau, seul l'aveugle de verra pas le dénominateur commun.
    Mais ne dit-on pas que personne n'est plus aveugle que celui qui ne veut pas voir.
    À monsieur Graham, le chargé de commission (commissaire), je suggère cet article (http://www.ledevoir.com/politique/canada/381858/un, question de soigner sa cécité.