Fête nationale - Un défilé sans âme, sans sens de l’histoire

Le défilé de la fête nationale : le ballet des marionnettes géantes serait sans doute intéressant si nous savions ce qu’elles représentent !
Photo: La Presse canadienne (photo) Graham Hughes Le défilé de la fête nationale : le ballet des marionnettes géantes serait sans doute intéressant si nous savions ce qu’elles représentent !

Il fait 40 degrés Celsius dans une rue bondée de familles décorées de fleurs de lys bleues, portant drapeaux et bouteilles d’eau. Les enfants ont chaud, les adultes s’étirent le cou, les plus vieux sont assis, qui sur les gazons, qui sur le trottoir ou encore, pour les plus prévoyants, sur des chaises de toile apportées spécialement pour l’occasion. Bières et rafraîchissements glacés ne résistent pas longtemps aux soifs sans fin qui brûlent les Montréalais. D’autant que c’est presque la vraie première journée d’été après ce printemps décevant tant sur le plan température que sur celui de la politique. Bref, tous ont envie de fêter cette Saint-Jean annonciatrice de l’été ou cette fête nationale pour un peuple sans pays…


La parade ! La parade ! Le son des tambours au loin annonce que l’attente est presque terminée : c’est parti ! Deux policiers motards ouvrent le chemin, l’air de se demander ce qu’ils font là à retenir leurs machines, avançant au pas sous leurs habits imaginés pour l’hiver nordique. Puis de drôles de bêtes, descendantes de Pinocchio, s’avancent, manipulées assez adroitement par des citoyens volontaires mais transpirants. Le ballet de ces marionnettes géantes serait sans doute intéressant si nous savions ce qu’elles représentent ! Bêtes oniriques plus près de Sesame Street ou de poupées vaudou surdimensionnées privées de leurs épingles ; tous se demandent bien ce qu’elles tentent de nous dire en ce jour de fête « nationale »… Est-ce là le symbole du multiculturalisme canadien, assemblage informe de traits culturels pigés à gauche ou à droite ? Ou plutôt représentent-elles l’interculturalisme où ces zombies de toile ont apporté chacun leur bagage génétique, le mêlant maladroitement dans un tout inidentifiable ? Le Wendigo ? Ah ! Peut-être… Mais s’identifie-t-il soudain à la fête nationale ? Lui qui défend les Premières Nations contre le cannibalisme que les Blancs ont tant pratiqué contre leurs cultures…


Danseurs, acrobates, chanteurs, musiciens… Le défilé se poursuit sous le soleil de plomb. Il faut vraiment lever notre chapeau à ces participants qui donnent le meilleur d’eux-mêmes au risque d’une déshydratation rapide. La foule les apprécie et le leur fait savoir ! Rapidement, les quelques politiciens obligés d’être présents nous envoient la main. En contrepartie, des gens ont écrit sur des pancartes et bannières ce qu’ils pensent de leur action sociale : non aux compressions dans la santé, dans l’aide sociale, « menteurs » et autres opinions plutôt acerbes. Quelques gardes du corps bien dressés scrutent la foule, tels des hiboux déguisés en pies.


Quelques percussionnistes passent rapidement, suivis d’une bande de « krishnas » virevoltant. Que font-ils là ? Nul ne le sait. Le Québec compte-t-il plus de krishnas que de rosicruciens ? Sont-ils devenus une communauté ethnique ? Une composante significative de notre société ? Pourtant, ils ne sont qu’une branche un peu perdue de l’hindouisme occidental, pour ne pas dire une simple secte ayant eu son lot d’accusations pour mauvaise conduite.


Un défilé sans âme, sans sens de l’histoire, sans signification évidente. Les « géants », ces personnages historiques qui marquaient les défilés des dernières années, ont disparu. Trop chargés de signification sans doute pour un peuple dont la devise est « Je me souviens »… Un simple assemblage de gens qui cherchent à s’amuser dans la rue. Est-ce là suffisant pour nourrir une fête « nationale » ? Bien sûr, il ne s’agit pas de faire une fête nationaliste qui exclurait la diversité culturelle et les origines diverses de ceux et celles qui composent cette « nation québécoise ». Mais la représenter par des bêtes oniriques et des krishnas ? Aïe ! À force de diluer le sens, on devient insignifiant !

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16 commentaires
  • Marie-M Vallée - Inscrite 26 juin 2013 08 h 28

    Disney World

    On aurait dit une fête pour enfants de 0 à 10 ans.

    Et surtout, il ne faut pas apprendre l'Histoire à nos enfants, ils pourraient devenir racistes et xénophobes.

    Vive Walt Disney !

    • France Marcotte - Inscrite 26 juin 2013 09 h 34

      Intéressant ce que vous dites.

      J'ai l'impression qu'un peu partout, sous prétexte je suppose de s'adresser à l'enfant en soi, on nous parle comme à des enfants.

      Exemple, cette publicité d'un marchand de piscines à la télé:

      «L'été est arrivé, c'est le temps de jouer.»


      On se démène pour nous divertir en nous infantilisant.
      Danger.

  • France Marcotte - Inscrite 26 juin 2013 09 h 04

    Des Québécois errants

    Peut-être ces marionnettes insignifiantes sont-elles, mieux que tout autre chose qu'on voudrait leur faire dire, des symboles très justes d'une errance passagère?

    C'est pas trop grave même si aujourd'hui on cherche plus à oublier qu'à se souvenir.

    L'important est que tout soit consigné quelque part dans les livres pour quand on voudra se rappeler.

    Je ne crois pas qu'on ira jusqu'à brûler les bibliothèques.

    • Gilles Théberge - Abonné 26 juin 2013 11 h 01

      Une errance passagère dites-vous? La glissade vers l'insignifiance se poursuit et semble s'accentuer. Cette dernière manifestation en fait foi.

      Quant aux bibliothèques, c'est devenu inutile de les brûler. Plus personne ne lit. Sauf quelques dinosaures dont je suis, et vous aussi peut-être.

    • Patrick Lépine - Inscrit 28 juin 2013 13 h 17

      On brûlera les livres un jour, pour fin de sécurité publique, les livres brûles, ce sont donc des matières combustibles qui peuvent alimenter le feu dans les maisons...

      Lire, ou voir, Fahrenheit 451...

  • Gilles Landry - Inscrit 26 juin 2013 10 h 15

    Avez-vous dit: une fête nationale pour un peuple sans pays?…

    Pas de St-Jean-baptiste, pas de mouton, mais avec le discours laïque intégriste c'est ça que ça donne. Ce défilé était absolument politiquement correct! Et madame Payette doit s'en réjouir!

    Ceux qui prétendent chercher un visage, une identité, un peuple, se retrouvent avec une "biére frette" à la main, drapés d'un drapeau aux couleurs d'un azur qui s'estompe dans le vice et la corruption, sans histoire. Le multiculturalisme est dans la rue et il n'y a que les puristes, les rêveurs et les nostalgiques (tous québécois de souche) pour s'en plaindre.

    Je n'avais pas le coeur à la fête. Je n'ai pas fêté. Il n'y a rien à fêter. Que le goût de s'envoyer en l'air! Et pour ça, je n'ai pas besoin d'une autre parade de marionnettes : de ces parades-là, en en a à tous les jours aux nouvelles.

    • Gilles Landry - Inscrit 26 juin 2013 12 h 06

      Mais je ne crois pas à un peuple sans pays. Il y a plutôt au Québec un pays sans peuple.

      Les "nouveaux arrivants" (euphémisme politiquement correct) le savent lorsqu'ils voient toutes les possibilités qu'offrent ce pays-ci. Il vont le peupler. Ils vont le conquérir, eux, et les nombreux enfants de leurs progénitures. Ils vont se l'arracher et lui insuffler leurs traditions, leurs cultures et leurs religions. Nous (qui est "nous"?), qui en avons édifié les infrastructures nous sommes appelés à disparaître.

      Qu'est-ce qu'un "québécois de souche"? Qu'est-ce qu'une souche? C'est un vieux morceau de bois mort qui, à force de rester immobile, ne peut que pourrir et se décomposer dans l'oubli, préparant la place pour servir de nourriture à d'autres entités (champignons) qui viendront allègrement pousser par-dessus.

      Les québécois, de souche ou pas, vont dans le rue pour fêter. Ailleurs, partout dans le monde, lorsqu'on va dans la rue, c'est pour se débarrasser des pilleurs de fonds publics et des abuseurs d'honnêtes citoyens, au grand plaisir d'ailleurs des intégristes qui ne manqueront pas de s'immiscer pour prendre le pouvoir par la suite.

      Chantons, buvons, dansons! Il nous faut oublier tout ça...

    • André Le Belge - Inscrit 26 juin 2013 13 h 06

      Que vient faire ici votre dénonciation de la "laIcité intégriste"? La laïcité n'a jamais empêché une nation de s'affirmer historiquement. Bien au contraire. N'importe quoi pour dénigrer un effort d'intégration harmonieuse.
      Coudonc, regretteriez-vous le temps de notre école catholique intégriste où les "étranges" n'avaient pas leur place?

    • Gilles Landry - Inscrit 26 juin 2013 21 h 42

      Non M. Lorimier, je ne regrette rien de mon passé. Je suis toujours catholique et pratiquant en plus. Je sais, je sais, c'est impardonnable!

      Tout ce qu'a pu faire la laïcité c'est de subtilement évacuer plusieurs des valeurs essentielles auquelles nous avons crues et qu'on ne transmettra plus à notre jeunesse, casser l'échine sociale, et paver la voie pour une "autre religion" qui, elle, nous en fera baver, et dans note chair et dans notre esprit.

      Vérifiez-donc vous même : En Europe, en France par exemple, ils ont un grand pas d'avance sur le Québec en ce qui concerne votre belle "l'intégration harmonieuse". La vérité est que les chefs d'états apeurés font alliance avec les nouveaux conquérants et ils les défendent hypocritement, dans l'espoir de s'accrocher au pouvoir encore un peu.

      On ne peut pas nier qu'il y a des "étranges", comme vous dites, qui sont et qui deviendront extrêmement violents. Et ce que l'on voit dans certaines parties du globe va certainement se reproduire ici.

      Pour ce qui est de s'affirmer historiquement, j'ai bien peur qu'il soit maintenant trop tard.

  • rene poirier - Inscrit 26 juin 2013 10 h 47

    Le caractère Québécois doit s'effacer pour ne pas offusquer les partisans du multiculturalisme " canadian ". La fierté est ailleurs.

  • Michel Gagnon - Inscrit 26 juin 2013 11 h 50

    Insignifiant!

    Le dernier mot de votre texte en est aussi le mot clé.
    «À force de diluer le sens, on devient insignifiant !»
    Voilà, tout est dit.
    Vous ajoutiez pourtant, et avec raison:
    «Bien sûr, il ne s’agit pas de faire une fête nationaliste qui exclurait la diversité culturelle et les origines diverses de ceux et celles qui composent cette « nation québécoise ».
    Mais il semble bien qu'au Québec, la seule façon de ne pas se faire traiter de racistes et d'intolérants, avec la bénédiction du ROC, c'est de devenir insignifiants. Nous sommes en train de devenir les champions de l'insignifiance.