La fête nationale du Québec à Dresde - Willkommen in Dresden!

Jean-François Lisée
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Jean-François Lisée

Lors de sa mission en Europe, le ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur du Québec, M. Jean-François Lisée, va assister le 21 juin à Dresde, capitale de l’État libre de Saxe en Allemagne, à une réception officielle de la Délégation générale du Québec à l’occasion de la fête nationale du Québec. Quel bon choix ! Et que de souvenirs !

C’était un jour d’hiver, en 1993 à Bonn, alors capitale de l’Allemagne - j’y occupais un poste de conseiller politique. La scène se passait en marge d’un marché de Noël dans le siège improvisé de la délégation de la Saxe, installé - quelle ironie de l’histoire ! - dans l’ancienne ambassade de la feue RDA. Nous étions parmi ceux qui y avaient organisé une rencontre entre le délégué général du Québec, M. Denis Bédard, et M. Kurt Biedenkopf, le nouveau premier ministre du tout nouvel État libre de Saxe issu des ruines de la feue RDA. Notre but : jeter les bases d’un jumelage entre l’État du Québec et la Saxe, ancien électorat dans le Saint-Empire, lieu de départ d’une première guerre mondiale au XVIIIe siècle dont le théâtre militaire était à cheval en Europe et en Nouvelle-France. Les bombes prussiennes sur Dresde et les bombes anglaises sur Québec étaient les deux faces d’une même triste médaille. Promue au royaume par Napoléon Ier, la Saxe va l’être jusqu’à la fin de la Grande Guerre pour devenir dès lors un « État libre » en Allemagne. Après avoir perdu ce statut sous le régime fasciste et plus tard de nouveau sous le régime communiste, la Saxe renaît comme pays, comme État libre, après l’autodissolution de la RDA en 1990.


Une époque fabuleuse


Autant dire que c’est à une époque fabuleuse où tout nous paraissait possible qu’avait lieu à Bonn notre premier rendez-vous saxo-québécois. Le possible a-t-il été réalisé ? Pas encore. On nous faisait comprendre du côté saxon : « À la prochaine fois. » Mais nous avions réussi à ouvrir, du moins, une fenêtre d’intérêt. Un an après, ma carrière me ramenant vers Dresde, j’ai pu fonder à l’Université de Dresde le « Centre interdisciplinaire de recherches franco-canadiennes Québec-Saxe », le CIFRAQS, avec sa propre collection CIFRAQS, dont le neuvième tome va tantôt paraître. Depuis, le Québec n’est plus un nom exotique à Dresde, d’autant plus que d’autres liens scientifiques, culturels et commerciaux ont pu se nouer entre le Québec et la Saxe, allant des festivals du film québécois aux entreprises telles Bombardier Transport ou Future Electronics. Une telle dynamique avait finalement, en 2011, convaincu les deux gouvernements à formaliser leurs nouveaux rendez-vous sous forme d’un « partenariat international ».


Et pourtant, rien n’est acquis à l’homme ! Bien que l’Allemagne soit devenue en 2012 le premier partenaire économique du Québec en Europe avec plus de six milliards de dollars d’échanges commerciaux, ne sommes-nous pas toujours des ignorants les uns des autres ? Les échanges commerciaux sont aux services des hommes et nos pays sont plus que des entreprises. Faisons encore plus d’efforts pour nous rapprocher, pour nous connaître, pour nous comprendre. À Dresde vous trouvez encore les vestiges de la cour du « Roi soleil » de Saxe, Auguste le Fort, prince-électeur de Saxe et roi de Pologne, qui fut un haut lieu de la culture française et même de la langue française. En dehors de ces trésors baroques, les fonds de l’ancienne bibliothèque ducale et royale de Dresde en sont un lieu de mémoire particulier dont les vestiges cartographiques portent également - attention ! - des empreintes de cette Nouvelle-France si lointaine et pourtant si proche du savoir saxon !


C’est ici à Dresde, au Kurländer Palais, dans ce palais baroque jadis inspiré de l’architecte français Zacharias Longuelune (1669-1748), détruit en 1945 et entièrement reconstruit en 2008, que le ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur du Québec ira célébrer la Fête nationale du Québec. Quel bon choix ! « La prochaine fois » est devenue une fête. Bienvenue, Monsieur le Ministre ! Willkommen !

 

Ingo Kolboom - Ancien président de l’Association internationale des études québécoises (AIEQ), professeur émérite de l’Université de Dresde

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