Turban au soccer - La fausse tolérance du Canada anglais

Un jeune sikh souhaite jouer au soccer tout en conservant son turban. Les responsables québécois du soccer refusent et se font aussitôt accuser d’être intolérants, voire carrément racistes.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Un jeune sikh souhaite jouer au soccer tout en conservant son turban. Les responsables québécois du soccer refusent et se font aussitôt accuser d’être intolérants, voire carrément racistes.

Chaque fois qu’une question liée à la langue ou aux accommodements religieux surgit dans l’actualité québécoise, ils sont particulièrement nombreux au Canada anglais à nous faire la leçon. Forts de ce qu’ils perçoivent comme leur supériorité morale, politiciens et commentateurs de la scène fédérale et du reste du pays interviennent autant qu’ils peuvent pour nous imposer leur vision multiculturelle et bilingue du Canada. Saluée par le gouvernement fédéral et par Justin Trudeau, la suspension de la Fédération québécoise de soccer par son pendant canadien constitue une nouvelle illustration de cette dynamique.


Dans cette affaire, un jeune sikh souhaite jouer au soccer tout en conservant son turban. Les responsables québécois du soccer refusent et se font aussitôt accuser d’être intolérants, voire carrément racistes. Au-delà des questions de sécurité qui sont invoquées ici par les uns et les autres, tout indique que la grande majorité des Québécois n’acceptent pas qu’on suspende ainsi leur fédération de soccer. Pourquoi ?


D’abord, le public ne comprend pas qu’on puisse permettre à un joueur de faire du prosélytisme religieux durant un match de sport. Le fait de porter un turban n’est pas banal. Bien plus qu’un bout de tissu, ce symbole religieux est un condensé de vérité. Il évoque une vision du monde partagée par un groupe. Ce geste ostentatoire est incompatible avec l’esprit collectif qui doit être celui d’une équipe de soccer évoluant dans une ligue. Les membres de celle-ci ne sont pas sur le terrain de jeu en tant que juifs, musulmans, chrétiens ou sikhs, mais à titre de joueurs faisant partie d’un tout. L’uniforme sert à les intégrer, à leur inculquer l’esprit de corps et en définitive à favoriser la victoire. Même en Inde il semble que ce principe soit parfaitement compris.


Cette affaire remet aussi en avant la question de la place de la religion au sein de notre société. L’Église a longtemps joué un rôle prépondérant chez nous, notamment en contrôlant le réseau d’éducation, la santé et plusieurs organismes à vocation sociale. Cette situation lui permettait de faire la promotion et même d’imposer des valeurs et des comportements souvent contestables.


À partir de 1960, le Québec a tourné peu à peu le dos à ce modèle. La religion s’est repliée dans la sphère privée, la sphère publique est devenue neutre. Cette évolution est certainement l’un des plus grands progrès de la modernité québécoise.


Malheureusement, cette situation est remise en question depuis plusieurs années en vertu de ce qui est devenu une religion d’État dans notre pays : le multiculturalisme. Cette idéologie a d’abord été mise en place par Pierre Elliott Trudeau, puis reprise par ses successeurs. Le multiculturalisme s’est aussi imposé grâce aux décisions des tribunaux. Ceux-ci ont utilisé la charte à cette fin car elle protège le droit de vivre au Canada tout en agissant comme si on était toujours dans son pays d’origine.


Nier la spécificité québécoise


Cette approche a toujours eu comme finalité de banaliser le statut du Québec comme peuple fondateur. Le Canada n’est plus ici le pays de trois nations fondatrices (autochtones, anglophones et francophones), mais un méli-mélo de communautés avec chacune sa langue et ses valeurs. Avec le rapatriement constitutionnel de 1982, l’objectif est désormais de nier notre spécificité culturelle en nous imposant le bilinguisme et le multiculturalisme canadien.


Évidemment, cette perspective n’est jamais ouvertement invoquée dans le reste du pays lorsqu’il s’agit de critiquer les choix distincts (et donc inacceptables) que fait la minorité francophone en matière de valeurs communes. Il s’agit plutôt de s’ériger en parangon de vertu et de prêcher une soi-disant tolérance. Ne comprenant pas l’universalisme progressiste de la charte, les Québécois seraient fermés d’esprit. Ils ne partageraient pas cette qualité si chère à nos compatriotes anglophones : l’ouverture à l’autre.


Tel est certainement l’aspect le plus tordu de ce débat. Pendant de longues et nombreuses décennies, les Canadiens anglais ont fait preuve de sectarisme et de discrimination envers les Canadiens français, quand ils ne tentaient pas carrément de nous assimiler. Aujourd’hui, ils se drapent d’une fausse tolérance dans le but précis de nous attribuer ce rôle d’oppresseur. En réalité, nos compatriotes recyclent la même vieille intolérance dont la majorité d’entre eux a souvent fait preuve à notre endroit.

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