Grace Kelly pour toujours

La fascination pour cette princesse éternelle qu’est Grace Kelly nous renvoie au rapport entretenu aujourd’hui avec la célébrité ainsi qu’à l’image de la femme. Ci-dessus, Grace Kelly à New York, quelques jours avant son mariage avec le prince de Monaco en avril 1956.
Photo: Agence France-Presse (photo) La fascination pour cette princesse éternelle qu’est Grace Kelly nous renvoie au rapport entretenu aujourd’hui avec la célébrité ainsi qu’à l’image de la femme. Ci-dessus, Grace Kelly à New York, quelques jours avant son mariage avec le prince de Monaco en avril 1956.

Le Musée McCord vient tout juste d’inaugurer sa nouvelle exposition : De Philadelphie à Monaco : Grace Kelly, au-delà de l’icône. Pour les amateurs de costumes et de glamour, voilà une exposition fascinante. Mais elle l’est d’autant plus qu’elle nous dévoile la prégnance des icônes populaires dans l’imaginaire collectif. Plus de trente ans après sa mort, Grace Kelly fait toujours courir les foules. Dans une société égalitaire comme le Québec, marquée par les luttes féministes et le discours d’émancipation, pourquoi ce récit à l’eau de rose réussit-il encore à nous émouvoir ? La réponse ne relève pas d’une science exacte. Mais la fascination pour cette princesse éternelle nous renvoie au rapport entretenu aujourd’hui avec la célébrité ainsi qu’à l’image de la femme.

Il faut bien l’avouer, en nous rendant à cette exposition consacrée à Grace Kelly, nous n’en apprendrons pas davantage sur sa vie. Un récit calqué sur les plus dignes contes de fées, racontés encore aujourd’hui aux fillettes émerveillées par les crinolines, les fées et les princes charmants, au grand dam de plusieurs. Grace Kelly, qui porte si bien son nom, jeune femme de bonne famille qui, après des études en art dramatique, se taille rapidement une place dans le milieu du show business. Son talent et sa beauté exceptionnels font rapidement d’elle la coqueluche des studios d’Hollywood puis la muse d’Alfred Hitchcock. Elle deviendra l’icône d’une génération. Au faîte de sa gloire, un Oscar en main, elle abandonne sa carrière d’actrice pour entreprendre le plus grand et long rôle de sa vie, celui de princesse de Monaco, titre qui lui revient après son mariage avec le prince Rainier III, baptisé maintes fois « le mariage du siècle ». Et puisque chaque icône vient avec sa part tragique, malheureusement la princesse n’y échappera pas. Elle meurt à 52 ans à la suite d’un accident de voiture.


Célèbre pour l’éternité


Les sociétés occidentales vivent depuis longtemps déjà à l’ère de l’image. La multiplication des téléréalités, des vidéos personnelles sur YouTube et la popularité des réseaux sociaux où tout un chacun documente publiquement sa vie privée, nécessairement magnifiée, n’en est que l’expression la plus patente. Être vu pour exister, être vu pour être immortalisé. Être vu pour se croire exceptionnel, être exceptionnel pour aspirer à un destin exceptionnel. Ce ne sera pas la première fois que l’homme aspire à transcender la fatalité de ses origines modestes, à aspirer à être plus beau, plus éduqué, plus riche, plus, plus et encore plus.


La société de l’image en a convaincu plusieurs que le salut passait par la célébrité. Spécialistes dans la reproduction de leur image, les grands acteurs, chanteurs, super mannequins et grands sportifs sont devenus les nouveaux dieux auxquels il faut se vouer. Avec un peu de chance, si on arrivait à leur ressembler, on pourrait aspirer au statut de vedette, puis de star et la consécration suprême : icône. Comme Grace Kelly. Alors qu’avec les années qui passent, nos traits se plissent, nos chairs tombent et l’éclat de la jeunesse s’estompe, les icônes, elles, ne prennent pas une ride. Dans une époque obsédée par la fraîcheur des traits, voilà la vraie fontaine de Jouvence : l’immortalité consacrée où la gloire et la beauté arrogantes seront figées dans l’éternité du papier glacé. Plus que le souvenir véritable de ce qu’était la personne, le public d’aujourd’hui et de demain conservera toujours cette image immuable, ce bluff de perfection et de vie rêvée dont le commun des mortels ne s’approchera jamais réellement malgré plusieurs tentatives, à coup de changement de photos de profil Facebook et de vidéos personnelles mises en ligne sur YouTube.

 

Image de la femme


Alors que plusieurs starlettes de l’époque commencent à se dénuder un peu plus chaque jour pour attirer l’attention, Grace Kelly attire les regards par sa réserve naturelle. Elle incarnait et incarne toujours la beauté classique, l’élégance, une sorte d’éternel féminin qui survit aux théories du genre, à la mode dans certains milieux. Aujourd’hui, dans cette société spectacle où le sexe est exposé chaque jour, il est curieux de voir à quel point ce même charme discret de la défunte princesse éclipse encore d’un coup les poitrines dévoilées et fesses moulées de starlettes en mal de popularité. Mais si le conte de fées présenté dans l’exposition dévoile un destin exceptionnel, il révèle aussi les limites à l’émancipation féminine qui régnait à cette époque et qui règne encore dans l’univers royal.


Grace Kelly a déjà déclaré que sa vie a véritablement commencé le jour de son mariage avec le prince Rainier et qu’elle n’a connu de joie plus grande que de serrer ses enfants dans ses bras le jour de leur naissance. On veut la croire. Mais le conte de fées des princesses qui se perpétue avec la princesse Kate Middleton, c’est aussi de prendre pour vocation le rôle suprême d’une vie : épouse de prince et première dame. Quitter sa vie de femme indépendante pour se figer dans un rôle immuable, peu importe la femme derrière la princesse. La fameuse prison dorée. Certaines se réjouiront de leur nouveau rôle, les autres devront taire leurs souffrances et afficher un sourire impeccable lors des réceptions mondaines. Mais pour le public des musées du monde, l’image sera toujours plus forte. Pour le commun des mortels, l’icône vivra et mourra toujours heureuse.

 

Karima Brikh - Animatrice de Mise à jour à MaTV

À voir en vidéo