Francisation en ligne - Rien ne vaut une vraie classe… et tous les moyens possibles

Le projet de loi 14, s’il est adopté, obligerait le gouvernement à se doter d’une offre globale en francisation. Avec une programmation nationale en francisation, il serait plus facile de bâtir une offre de services cohérente et de respecter le droit des personnes immigrantes d’apprendre le français.
Photo: - Le Devoir Le projet de loi 14, s’il est adopté, obligerait le gouvernement à se doter d’une offre globale en francisation. Avec une programmation nationale en francisation, il serait plus facile de bâtir une offre de services cohérente et de respecter le droit des personnes immigrantes d’apprendre le français.

Le texte de professeurs de francisation, paru jeudi dans Le Devoir (Rien ne vaut une « vraie » classe), regorge de demi-vérités visant davantage à discréditer l’action du gouvernement qu’à proposer des manières de faire plus efficientes en francisation. Je souhaite donc apporter quelques précisions.


Reconnaissons d’abord une chose : certaines personnes immigrantes peuvent éprouver une certaine confusion devant l’offre de service gouvernementale en francisation. Doit-on s’inscrire auprès du ministère de l’Immigration (MICC) ? Dans une commission scolaire ? Doit-on essayer d’obtenir une allocation de soutien d’Emploi-Québec ? Le projet de loi 14, s’il est adopté, obligerait le gouvernement à se doter d’une offre gouvernementale globale en francisation. Avec une programmation nationale en francisation, il serait plus facile de bâtir une offre de services cohérente et de respecter le droit des personnes immigrantes d’apprendre le français. Il faut ici souligner que l’auteure principale de l’article, Tania Longpré, dénigre systématiquement ce projet de loi sur les médias sociaux, nuisant ainsi à ce qu’elle affirme souhaiter dans sa lettre.


Les auteurs critiquent aussi la francisation en ligne (FEL), tentant de construire de toutes pièces une opposition entre celle-ci et la classe traditionnelle, ce qui n’est pas le cas, puisque l’expérience montre que ces services sont complémentaires et que plusieurs personnes poursuivent leur apprentissage en classe à leur arrivée au Québec, après avoir suivi les cours en ligne à l’étranger. Rappelons que 40 % des personnes immigrantes qui ne maîtrisent pas le français ne s’inscrivent pas en francisation, que ce soit au MICC ou dans une commission scolaire. Il est donc possible qu’une méthode d’enseignement gagne en popularité sans nuire aux autres. Et qu’on nous permette également une précision : le MICC a aussi une offre de services en francisation à temps complet, à temps partiel, le matin, l’après-midi, le soir, la fin de semaine, au cégep, à l’université, dans les organismes communautaires et dans les milieux de travail.


Pas qu’un site Internet


Soulignons aussi que la francisation en ligne n’est pas qu’un « site Internet » ! Essentiellement destinée aux futurs immigrants encore dans leur pays d’origine, il s’agit d’une formation de six heures par semaine, répartie en six blocs de 15 à 30 semaines, dont 25 % des heures sont consacrées à de l’apprentissage en différé avec un tuteur et 15 %, à des classes en direct animées par un tuteur. On parle donc ici de plus de 400 heures d’apprentissage du français pour les blocs de stade intermédiaire et de 600 heures pour le stade avancé, dont plus de 150 heures en interaction avec un professionnel de la francisation et avec d’autres élèves de partout dans le monde, ce qui permet la « coconstruction langagière » et la correction phonétique auxquelles font référence les auteurs dans leur texte. Les cours de français en ligne permettent aussi de faire connaître la société québécoise, ses valeurs et ses codes culturels et ils comportent des connaissances historiques et sociales sur notre société. […]


Il s’agit là d’un joyau québécois dont la qualité est inégalée dans la francophonie, comme l’ont confirmé plusieurs prix attribués notamment par l’Office québécois de la langue française et le Réseau canadien pour l’innovation en éducation […], et comme l’ont souligné diverses études scientifiques, dont celles de Simon Collin, didacticien de l’UQAM, et de Jonathan-Olivier Merlo, de l’Université de Sienne en Italie. La francisation en ligne a […] été élaborée sous l’ancien gouvernement. Notre gouvernement s’assure d’accélérer son développement et, surtout, de la rendre accessible à l’ensemble des futurs immigrants qui se destinent au Québec. Malgré ses sous-investissements en francisation et son aveuglement volontaire par rapport au recul du français à Montréal, l’ancien gouvernement avait eu cette bonne idée. L’erreur serait de ne pas y donner suite parce que ce n’est pas la nôtre.


Les auteurs dénigrent même les cours donnés par les Alliances françaises [AF]. Pourrait-on leur rappeler que l’expertise en enseignement du français existe à l’extérieur de la Commission scolaire de Montréal […] ? Les ententes que le MICC a signées et les nouvelles qu’il signe avec les AF visent pourtant à ce que les personnes immigrantes qui se destinent au Québec puissent avoir le choix entre la francisation en ligne et la « vraie classe », dont les auteurs font l’apologie.


Contre l’immigration francophone?


Les auteurs reprochent au gouvernement de vouloir accroître l’importance accordée au français dans la sélection des personnes immigrantes. Laissent-ils entendre ainsi que cela entraînerait l’immigration d’un trop grand nombre de personnes africaines ? Ils n’y voient qu’une mesure d’économie, un procès d’intention sans fondement. Le MICC n’a pas subi de compression budgétaire dans le dernier budget, malgré l’important effort du gouvernement pour redresser nos finances publiques.


La modification à la grille de sélection des personnes immigrantes vise tout simplement à accroître le nombre de personnes maîtrisant le français en arrivant au Québec, qu’il s’agisse de francophones ou de personnes ayant appris le français dans les AF ou au moyen de la francisation en ligne. Cette connaissance de la langue, avant d’arriver ici, ne peut qu’être bénéfique tant pour l’intégration professionnelle de ces personnes que pour l’avenir du français chez nous. Suffisamment de non-francophones continueront d’arriver au Québec pour ne pas que les emplois en francisation soient menacés […]. Que les auteurs du texte ne s’inquiètent pas pour leur emploi ; il y aura du travail à faire, beaucoup de travail à faire !


De toute évidence, le but du texte est bien davantage de discréditer le gouvernement que de promouvoir la langue française [dont l’apprentissage] est réalisé par des moyens diversifiés et dont la classe traditionnelle demeurera l’ossature. Nous devons apprendre à débattre sans détruire, travailler pour que les approches convergent plutôt qu’elles ne divisent. Ne perdons pas espoir : comme le dit l’adage répandu en éducation des adultes, « on apprend tout au long de sa vie ».

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