La réplique > Rapports entre les chercheurs et le gouvernement - Le Québec, un modèle de collaboration

Aujourd’hui, on estime qu’environ 500 chercheurs sont employés par le gouvernement du Québec en comparaison de plus de 13 000 en milieu universitaire et près de 28 000 en entreprises.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Aujourd’hui, on estime qu’environ 500 chercheurs sont employés par le gouvernement du Québec en comparaison de plus de 13 000 en milieu universitaire et près de 28 000 en entreprises.

Au cours des dernières décennies, le gouvernement du Québec a progressivement choisi d’externaliser ses activités de recherche et d’innovation. Les ministères et organismes de l’État ont donc développé des programmes de recherche en partenariat avec les milieux universitaires, et dans certains cas, avec le secteur privé. Il a aussi innové en créant dans les années 60 et 70 des Fonds subventionnaires ayant pour mandat de soutenir la recherche et la formation à la recherche. Au cours de cette période, le réseau universitaire s’est étendu à la grandeur du Québec avec la création du réseau de l’Université du Québec.


Ces éléments de contexte expliquent en grande partie le constat fait par la Commission de l’éthique en science et en technologie dans son rapport sur la situation de la recherche gouvernementale au Québec, quant au nombre de chercheurs gouvernementaux. Aujourd’hui, on estime qu’environ 500 chercheurs sont employés par le gouvernement du Québec en comparaison de plus de 13 000 en milieu universitaire et près de 28 000 en entreprises.


Dans l’édition du 18 mai dernier, le journal Le Devoir faisait paraître un article de Jessica Nadeau intitulé Comme Ottawa, Québec censure ses chercheurs. Cet article de la correspondante parlementaire du journal portait sur le récent rapport de la Commission de l’éthique en science et en technologie, qui fait un état des lieux concernant la situation des chercheurs gouvernementaux ou sous contrat au niveau provincial en matière de libertés de communication. Ce rapport découle d’un mandat que le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne, a confié à la Commission dans le contexte de l’élaboration de la Politique nationale de la recherche et de l’innovation.


Dans son rapport, la Commission fait un certain nombre de recommandations. L’une d’entre elles est d’établir un mécanisme par lequel tous les rapports de recherche sont déposés dans une banque centrale de façon à en favoriser l’accès.


Quand on regarde, par exemple, du côté du programme Actions concertées du Fonds de recherche du Québec -Société et culture, un programme qui met en lien les ministères et organismes du gouvernement du Québec, et la communauté des chercheurs, force est de constater que les chercheurs ont toute la liberté de diffusion et que le Fonds participe à cette démarche en s’engageant, dès l’amorce d’une collaboration, à publier tous les rapports sur son site Web.


Le programme Actions concertées, qui existe depuis une quinzaine d’années, permet de répondre aux besoins de connaissances des ministères ou organismes gouvernementaux, qui sont élaborés sous forme d’appels de propositions soumis à la communauté scientifique. Les propositions de recherche émanant de la communauté scientifique sont soumises au même processus d’évaluation par les pairs que celui des autres programmes du Fonds, suivant des règles rigoureuses d’analyse, et aux comités d’éthique de la recherche, selon les plus hautes normes d’éthique et d’intégrité scientifique reconnues. On est ici dans l’univers des subventions de recherche et non des contrats de recherche.


Au cours du processus de recherche, les chercheurs rencontrent les partenaires pour leur faire part de l’avancée des travaux. Très souvent, l’équipe de recherche subventionnée aura à collaborer étroitement avec des chercheurs des ministères partenaires de l’action concertée. Le tout se déroule dans le cadre de rencontres de suivi organisées et présidées par le Fonds pour garantir toute liberté d’enseignement aux chercheurs. À terme, toutes les recherches, sans exception, font l’objet d’une activité de transfert des connaissances dont l’objectif est de faire connaître à un large public les résultats des recherches subventionnées dans le cadre de ce programme. Cette activité touche au premier chef les organismes du milieu concernés par les résultats de la recherche, mais peut avoir plus de visibilité. Qui plus est, quelles que soient les conclusions des recherches, les chercheurs sont libres de diffuser leurs résultats, tant dans des revues scientifiques, dotées elles aussi de comités de pairs très stricts, qu’auprès du grand public. En effet, les partenaires ministériels et universitaires s’engagent dès le départ à rendre public le rapport découlant du projet de recherche.


Les résultats et les pistes de réflexion ou d’action proposées dans les rapports de recherche alimentent les politiques publiques, aident à la décision, permettent de développer ou d’améliorer des programmes d’intervention.


Ce modèle de partenariat entre les ministères et organismes de l’État et la communauté des chercheurs a fait ses preuves, car le programme est en croissance depuis sa création. Dans les recommandations du rapport de la Commission, ce modèle devrait être considéré, car il démontre que le Québec demeure un des endroits dans le monde où la liberté des chercheurs, qui font preuve d’excellence et d’intégrité, est largement reconnue.

À voir en vidéo