Maison symphonique ou cacophonique?

Deux fois la semaine dernière (jeudi 23 et samedi 25 mai), et c’était la troisième au cours des derniers mois, en me rendant à la Maison symphonique, j’ai été accueilli à l’entrée ou à la sortie du concert par une tonitruante musique de discothèque, crachée par une sono d’une puissance démesurée pour le petit bar, à aire ouverte en plus, qu’on a eu la brillante idée d’installer juste en face de l’entrée de la salle.

Si le but de cet espace était d’avoir un endroit ouvert et convivial pour les conférences préconcert et les conférences de presse des institutions de musique classique qui se produisent dans la Maison symphonique, c’est complètement raté.


D’abord, sur le plan visuel, le design rétrofuturiste pseudo-1967 tout en courbes et plastique blanc, rappelant vaguement, pour ne pas dire vachement, le bar à lait d’Orange mécanique, est une horreur d’un kitsch consommé, qui jure avec l’esthétique de tout le reste de la Place des Arts. Ensuite, lorsqu’on se retrouve entassés à 100 ou 200 personnes sous ce plafond bas pour écouter un conférencier, avec comme seul mur, entre nous et le couloir menant à la salle, un invraisemblable rideau de douche coulissant en plastique rouge qui nous encercle à moitié, on étouffe. Enfin, quand arrivent les autres mélomanes qui ont décidé de se rendre directement au concert, on est d’autant plus distrait des propos du conférencier qu’en plus du brouhaha grandissant, on voit passer tous ces gens à travers cet ineffable rideau qui, en plus d’être d’un rouge pétant abrutissant, est aussi… transparent. C’est ce qu’on appelle, dans le jargon du design, une « division psychologique ». Dans le genre, on a déjà fait mieux.


Mais plus encore, sur le plan sonore, voici qu’on loue ce bar ridiculement back-to-the-future à des partys de bureau ou à des activités de relations publiques dont les organisateurs sans imagination, comme ceux des Grands Ballets canadiens samedi soir dernier, ne trouvent rien de mieux que de transformer leur événement en brosse et en bébête discothèque. Quelle délicate attention, d’abord pour leur propre public, amateurs de danse classique, si je ne m’abuse, qui auront probablement subi poliment ces gros boums-boums abrutissants. Et quel plaisir pour le public de leurs collègues des Violons du Roy, qui venait d’assister à un magnifique oratorio d’Haendel dans la salle à côté, que de recevoir en pleine face ce gros crachat sonore en sortant.


Je ne sais pas qui, de l’OSM ou de la Place des Arts, gère cet espace, mais j’aimerais rappeler aux responsables que ce n’est pas les endroits qui manquent à Montréal pour ceux qui aiment se défoncer les tympans. La moindre des choses envers les mélomanes qui vont à la Maison symphonique, qui sont votre premier public et qui devraient être votre premier souci, ce serait de prévoir au contrat de location de ce bar une clause pour faire en sorte que, les soirs de concerts, il n’y ait pas de discothèque tonitruante qui agresse les mélomanes lorsqu’ils entrent ou sortent de la salle. Mais le mieux serait qu’il n’y ait plus du tout de ce genre de party les soirs de concerts. Sinon, il faudra rebaptiser cette salle la Maison cacophonique.

 

Guy Marchand - Montréal

12 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 1 juin 2013 07 h 30

    La cabane

    La «Cabane» Symphonique pousse le concept du chiche dans ses derniers retranchements. Le plafond ridiculement bas de l'entrée nous ramène dans l'ambiance étouffante d'une mauvaise école secondaire.
    Nouveau concept? Nouvel échec.

    • François LeBlanc - Inscrit 2 juin 2013 14 h 36

      Oui, une grosse cabane sommairement conçue, sans panache ni âme, ni inspiration. Je dirais aussi le « Hangar symphonique ».

      C'est la même firme d'architecte de Toronto qui a conçu le nouvel immeuble du théâtre Mariinsky à Saint-Pétersbourg, lequel a été comparé à un entrepôt et même à un banal centre commercial par les citoyens locaux.

  • Marc Lavallée - Inscrit 1 juin 2013 08 h 56

    Comment exécuter une oeuvre

    Une définition de maison qui colle bien à la "Symphonique" est "Centre, bâtiment servant à un usage déterminé". Il y a cette autre définition: "Entreprise commerciale ou industrielle". Promu par le gouvernement du Québec comme la résidence de l'orchestre symphonique de Montréal, quelle serait donc la fonction principale d'une Maison en PPP? Poser la question est y répondre. Une autre partie de la réponse se trouve dans l'essai "Bruit" de Jacques Attali qui expliquait le rapport de la musique à la politique. Maison, Stade, Abattoir?..

  • Vincent Leclair - Abonné 1 juin 2013 09 h 17

    PPP!

    Bonjour, en effet, tout le monde s'entend que la Maison symphonique n'est pas un objet d'art architechtural et c'était complètement assumé lors de sa conception. Tout devait être dans le son et au diable la signature visuelle!

    De plus, on a vite déchanté sur le mode de construction en PPP. La seule augmentation du budget du ministère de la culture est allé à la Maison symphonique. Maka Kotto a récemment déclaré que la formule «PPP» (partenariat pour le privé) n'était finalement pas une bonne idée.

    Et pour cause! En plus de couper du travail aux emloyés de la Place des Arts (les employés de la Maison symphonique ne sont pas des employés de la PdA et ont nettement de moins bonnes conditions de travail), la gestion privée et indépendante de la Maison symphonique ne permet pas l'harmonisation entre les autres événements de la PdA comme en témoigne M. Marchand.

    On a rattaché la Maison symphonique au reste de la Place des Arts, mais en réalité elle une boite indépendante. Je me demande bien à qui appartient la belle salle au rideau de plastic rouge qui me fait également pensé à Orange mécanique!

    • J-F Garneau - Inscrit 2 juin 2013 13 h 00

      Vous dites: "tout le monde s'entend que la Maison symphonique n'est pas un objet d'art architechtural"

      Mais qu'est-ce qu'un "objet d'art architectural"?
      La Maison symphonique n'est pas le Disney Concert Hall (de Frank Gehry à Los Angeles) mais c'est un objet architectural bien ficelé, qui répond très bien au contexte, et qui propose un ensemble harmonieux, bien détaillé avec une esthétique agréable.
      Maintenant les contraintes du site et du zonage et des budgets forgent la réponse architecturale. Dans le contexte, c'est très bien réussi.
      On oublie vite la Salle Wilfrid Pelletier à l'acoustique inexistante.
      Tout en hêtre québécois, l'intérieur est vraiment superbe. Sa capacité de 1900 places, jugée idéale, ses proportions, le rapport scène-salle, la chaleur, tout tombe juste.
      Combien d'orchestres jouent encore dans des salles polyvalentes et autres palais des congrès, dont ni les dimensions ni l'acoustique ne sont appropriées pour accueillir le répertoire?
      A toujours vivre dans le passé ou dans le futur, on en finit par oublier le présent.
      Les meilleurs orchestres sont liés à une salle: le Philharmonique de Berlin à la Philharmonie, le Philharmonique de Vienne au Musikverein, l'Orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam porte même le nom de sa salle. On pourrait être fiers... juste 5 minutes.

    • Michel Dion - Abonné 2 juin 2013 17 h 04

      En fait, cette salle construite en PPP n'a peut-être été qu'un prétexte pour donner un contrat d'entretien de quelque 140 000 000$ sans appel d'offres pour les 30 prochaines années au Groupe Ovation chapeauté par SNC-Lavalin. Le choix du lieu, celui du gouvernement, ne permettait pas l'érection d'un bâtiment architecturalement iconique. Je n'oserai jamais critiquer Jack Diamond pour son travail. Au contraire, compte tenu des contraintes, on ne peut que louanger ses efforts. Lorsque j'ai entendu Tateo Nakajima parler de psychoacoustique deux jours avant l'inauguration de la salle, j'ai compris que c'était raté. Je ne m'étais pas trompé, malheureusement! Ceux qui en doutent pourront aller entendre un concert au Boston Symphony Hall, salle de 2600 sièges inaugurée en 1901 et considérée comme l'une des trois références mondiales pour son acoustique. En passant, le lambris de bois de hêtre n'est qu'une coquetterie. Le choix de n'avoir que 1900 sièges était loin d'être justifié. On ne contribuait qu'à rendre l'accès à la culture musicale moins démocratique, voire ploutocratique.

  • Samuel Croteau - Abonné 1 juin 2013 10 h 25

    Une question de goût...

    Pour ma part, j'adore le design audacieux de certains endroits de la Place-des-Arts, dont le fameux espace en face de l'entrée de la Maison Symphonique.

    Je dois admettre que j'adore aussi le film Orange Mécanique et que je fais partie des quelques 18-25 ans passionnés par musique symphonique et l'opéra.

    Clivage des générations ?

    • Maxime Dion - Inscrit 1 juin 2013 11 h 47

      @Samuel Croteau

      Le décor de l'espace en question est plutôt un pastiche tiré d'un film à succès, et le propos de la lettre admirablement caustique de
      M. Marchand met en lumière la dichotomie, pour ne pas dire la rupture de mauvais goût, que génère cet espace pour le mélomane averti entre le boum-boum électro-abrutissant et la trame musicale complexe, qu'elle soit classique ou dodécaphonique.

      Autrement dit, s’il y a un clivage que dénonce M. Marchand, il est musical et non point intergénérationnel.

    • François Dugal - Inscrit 1 juin 2013 13 h 33

      Autre question de goût.
      J'estime que l'entrée à plafond bas est une horreur.
      Monsieur Croteau, avez-vous déjà vu d'autres salles de concert ailleurs dans le monde?

  • Gaétan Sirois - Abonné 2 juin 2013 09 h 52

    Bravo M. Marchand

    Vous avez parfaitement raison de critiquer la présence de musique à fond les ballons, abrutissante, qui défonce les tympans à la sortie d'une salle de concert réputée pour la qualité de son acoustique. L'administration de la salle doit être séverement critiquée pour son manque de jugement.

    Estelle Thibault