La violence est crasse

Au XVIIe siècle, un certain juriste hollandais, Hugo Grotius, formulait deux principes : le jus ad bellum (droit à la guerre) et le jus in bello (le droit dans la guerre) qui, trois siècles plus tard, formeront la colonne vertébrale du droit international régulant les conflits armés, les conventions de Genève en étant la pierre angulaire. Enfin, nous pouvions rêver d’une guerre policée, où le fameux adage « Messieurs les Anglais, tirez les premiers » serait gravé dans les coeurs de tous les généraux. Bref, une véritable guerre entre gentlemen.


Malheureusement, les atrocités se succèdent, la violence crasse continue à ronger les corps et les âmes. Devant une réalité corrosive pour les jolis idéaux, on légifère dans des instances internationales dénuées d’appareils coercitifs et, en attendant des jours meilleurs, on tente peu à peu, subrepticement, d’imposer une certaine norme de la guerre.


Se lamenter sur les horreurs commises par l’Armée syrienne libre me semble appartenir à ce processus étrange. Réglementer la taille de la faux peut s’avérer utile, mais cela n’empêchera jamais la mort de frapper. De plus, se concentrer sur les méthodes et non sur les causes dilue sournoisement l’idée que les deux camps ne valent pas mieux et que c’est l’essence des barbares de s’entretuer. La liste des manipulations éhontées que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ont menées au Proche-Orient serait bien trop longue à énumérer, car si les États de droit possèdent un bras gauche (droit humanitaire), ils possèdent également un bras droit (exigences régaliennes) d’une diabolique efficacité. Le conflit en Syrie n’est pas un conflit entre extrémistes, il nous concerne tous.


Se préoccuper du jus in bello ne devrait jamais venir cacher les causes qui ont mené à une guerre. À force de vouloir catégoriser, identifier, réduire la violence à un simple objet d’étude, on en oublie son côté crasse, sa capacité à faire couler des larmes froides sur des coeurs bouillant de vengeance. Définir ce qu’est une guerre et comment elle doit être menée, c’est transformer en un pouvoir de plus de grandes puissances pour pouvoir distribuer les bons points. Une expédition de l’armée brésilienne dans une favela est un acte de pacification, une élection d’un parti islamique est pratiquement une déclaration de guerre, un drone est un bijou de technologie, une machette serait l’outil du barbare.


Classifiez comme bon vous semble les misères de notre monde, mais tuer un homme reste une abomination.

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