Bonne fête des Mères, Madame Marois!

Est-ce que cette commission viendra remettre en question les arrestations de masse, les armes utilisées, les blessures?
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Est-ce que cette commission viendra remettre en question les arrestations de masse, les armes utilisées, les blessures?

Chère Madame Marois. aujourd’hui, c’est une journée bien spéciale pour toutes les mères. Une journée où l’on fêtera leur présence, leur importance, leur contribution au sein des familles du Québec et d’ailleurs. Pour le groupe Mères en colère et solidaires, cette journée sera encore plus spéciale, car nous soulignerons le premier anniversaire de notre première action en appui à nos enfants et à la lutte étudiante.


En effet, un an après le printemps érable, nous nous souvenons. Nous nous souvenons d’avoir vu des jeunes et des moins jeunes mobilisés contre la marchandisation de l’éducation, et des policiers les insulter, les matraquer, les gazer. Nous le savons parce que nous y étions, dans la rue, et vous aussi, madame ! Les policiers entraient dans les cégeps et les universités, intimidaient les enseignants et molestaient les étudiants, nos enfants. Vous aviez alors décrié ce fait en chambre, tout en arborant un carré rouge !


Comment ne pas réagir quand, le matin, on souhaite une bonne journée à son enfant et que le soir, on apprend qu’il s’est fait matraquer, arrêter, ou pire encore, qu’il est à l’hôpital. Nous, les Mères en colère et solidaires, comme plusieurs autres membres de la société civile, nous ne pouvions rester là sans rien faire, sans rien dire. Nous étions là au collège Lionel-Groulx pour faire bouclier et protéger nos enfants contre une armée de policiers équipée pour la guerre. Cela n’a pas empêché l’antiémeute de foncer dans les manifestants, les étudiants, mais cela a permis une solidarité intergénérationnelle qui, jusqu’à aujourd’hui, ne se dément pas. Vous aviez alors une fois de plus dénoncé le travail des forces de l’ordre et toujours avec votre carré rouge !


De notre côté, nous avons pris la rue pour crier notre colère. Depuis ce jour, nous demandons et redemandons (comme plus de 65 organisations) que toute la lumière soit faite sur cette dérive policière et politique et qu’une enquête publique et indépendante soit tenue dans les plus brefs délais.


Le 8 mai dernier, le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, annonçait la mise sur pied d’une commission spéciale d’examen sur les événements du printemps 2012. Loin de nous satisfaire, cette annonce a largement attisé notre colère. Le libellé du mandat à lui seul démontre votre volonté de « noyer le poisson » dans un vaste ensemble d’objectifs, et ce, dans un échéancier de seulement huit mois ! Est-ce que cette commission viendra remettre en question les arrestations de masse, les armes utilisées, les blessures et le manque d’aide de la part des policiers aux personnes blessées ? Est-ce qu’elle se penchera sur les interventions politiques et publiques du gouvernement (déclarations dans les médias, directives et communications entre des ministres et la police) ? Qu’en sera-t-il des abus de droit : profilage politique (« carrés rouges »), fouilles abusives, utilisation arbitraire de différents types de contraventions, adoption en urgence de nouveaux règlements municipaux limitant le droit de manifester, recours à la loi antiterroriste ? Est-ce que les responsables des abus auront à répondre de leurs actes devant la société et la loi ? Et est-ce que les victimes, nos enfants, obtiendront réparation ?


Nous ne le croyons pas, Madame Marois ! Ni dans le choix de cette commission ni dans celui des personnes nommées pour y siéger. Pouvons-nous parler d’indépendance lorsque le président choisi n’est nul autre que Serge Ménard, ex-ministre de la Sécurité publique qui a louangé le travail des policiers au Sommet des Amériques à Québec ? Et comment parler de transparence quand le tout se déroulera à huit clos ? Nous, c’est haut et fort que nous voulons nous exprimer sur la répression policière vécue et c’est haut et fort que nous souhaitons que nos enfants puissent aussi le faire. C’est en plein jour que nous souhaitons entendre les policiers s’expliquer sur leur comportement indigne. Sinon, comment parler de réparation ! Comment réinstaurer un semblant de confiance en nos institutions ? C’est pourquoi nous réitérons notre demande d’enquête publique et indépendante sur les agissements policiers durant le printemps érable, tout comme vous l’aviez vous-même demandé et toujours en portant votre carré rouge !

 

Répression renforcée


Depuis la fin du Sommet sur l’éducation, où vous nous annonciez que « le psychodrame était derrière nous », la répression policière et judiciaire n’a pas cessé ; au contraire, elle s’est renforcée. En plus du matraquage et du gazage, nous avons droit maintenant aux arrestations de masse et aux contraventions abusives dans le but de faire taire toute forme de contestation politique. Le simple fait de se trouver sur place fait de nous des coupables.


Pour nous, le psychodrame est bien loin d’être terminé. Les blessures physiques et psychologiques restent profondes et demeureront permanentes pour certains. Des centaines d’étudiants et de citoyens font face à la justice et commencent à subir leur procès. Les conséquences de tout ce dérapage seront grandes sur leur avenir, sur leur engagement social et professionnel. La perte de confiance totale aura de nombreuses répercussions et à très long terme. Alors à quand le procès de ce système répressif qui légitime les abus de la police, de la justice ?


En 2012, le groupe des Mères en colère et solidaires est né dans l’urgence d’agir. Un an plus tard, notre raison d’être est sans doute devenue plus rationnelle, plus documentée, mais elle n’est pas moins pertinente. Nous avons pris une place dans cette crise sociale, et ce n’est certainement pas maintenant que nous allons nous taire. Alors aujourd’hui, c’est à votre coeur de mère auquel nous faisons appel. Que feriez-vous si on insultait, si on frappait à coup de matraque, traînait à terre et terrifiait l’un de vos enfants ou petits-enfants juste parce qu’il défend ses idées pacifiquement ? Ne souhaiteriez-vous pas dénoncer ces abus ? Connaître et punir les responsables ? Vous savez pertinemment qu’aucune mère ne laisserait brutaliser son enfant sans réagir avec toute la force de son être et sans demander des comptes.


C’est pourquoi il est temps que vos gestes en tant que mère et première ministre du Québec soient en accord avec vos paroles et que vous instauriez une véritable enquête publique et indépendante sur la brutalité policière. C’est notre demande, c’est notre souhait le plus cher en cette journée de fête des Mères.


Bonne fête des Mères, Madame Marois, ainsi qu’à toutes les mères en colère du Québec !

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