Données de Statistique Canada sur l’intégration des immigrants - Marois doit respecter son programme

Cette semaine, un rapport de Statistique Canada démontrait qu’un immigrant sur cinq, au Québec, ne parlait pas français. Le Parti québécois, qui est maintenant au pouvoir, a promis lors de la dernière campagne électorale d’augmenter les efforts afin de faciliter la francisation des immigrés allophones. Dans son programme, il est même précisé que [le PQ] « offrira une gamme élargie de cours de francisation aux immigrants, en particulier les soirs et les fins de semaine, et rendra obligatoire les cours de francisation aux immigrants n’ayant pas une connaissance fonctionnelle de la langue française ». J’en sais quelque chose, c’est moi-même et quelques amis qui, au congrès d’avril 2011, avons fait adopter cette proposition ! […]

La ministre De Courcy réagissait [mercredi] en disant qu’il fallait « varier la façon de franciser les personnes ». Elle semble oublier une problématique de base : au Québec, la francisation des immigrants adultes n’est pas obligatoire et la fréquentation des classes de francisation est sur une base volontaire. Notre gouvernement dit que la francisation est primordiale : pourtant, la réalité, c’est qu’il l’encourage peu. Non seulement elle ne procure pas un revenu suffisant, mais elle n’est pas obligatoire. De plus, la taille des classes est en chute constante depuis quelques mois, autant au MICC que dans les commissions scolaires. Pourtant, en 2012, près de 40 % de nos immigrants ne connaissent pas un traître mot de la langue de Michel Tremblay.

 

Une priorité


En tant que société, nous devrions mettre l’apprentissage du français et la bonne intégration de nos immigrants au sommet de la liste de nos priorités. Le gouvernement devrait d’ailleurs exiger que chacun de ses immigrants passe par un processus obligatoire de francisation, ayant comme objectif de les rendre plus fonctionnels dans la société, et plus facilement employables. Sans compter que nous valoriserions et favoriserions leur intégration dès le départ à la société québécoise. Ce n’est pas que de la fermeture d’esprit ou de la xénophobie de rendre obligatoire la francisation de tous nos nouveaux arrivants ne maîtrisant pas le français : c’est un investissement dans l’intégration réelle de nos immigrants et d’une cohésion linguistique au Québec. Dans les années 1970-1980, lorsque le Québec a commencé à sélectionner davantage ses immigrants, un des buts était justement de les intégrer à la majorité francophone alors qu’ils se joignaient massivement auparavant à la minorité anglophone : nos immigrants doivent contribuer à la pérennité du Québec francophone, et pour cela, le gouvernement devra y investir les fonds nécessaires. Je rappelle une évidence : si nous n’avons pas les moyens de franciser adéquatement nos immigrants, c’est peut-être que nous en recevons trop pour ce que nos budgets d’intégration nous permettent.


Augmenter l’offre


De plus, il faudrait augmenter les plages horaires de la francisation. Par exemple, les horaires de cours financés par le MICC pourraient se calquer sur ceux des commissions scolaires et ainsi offrir des cours de fin de semaine et des cours durant l’été. Inversement, les commissions scolaires pourraient ouvrir des classes à temps plein en soirée (elles n’en offrent présentement que seize heures par semaine). Augmenter l’offre de formation et varier les horaires permettrait à plus de gens de se franciser, sans qu’ils aient l’impression d’avoir à faire un « choix » entre la subsistance économique et l’apprentissage du français, tout en leur laissant le temps de vaquer soit à leurs occupations familiales ou encore d’occuper un petit emploi.


De plus, les 33 semaines présentement financées pourraient être majorées pour ceux et celles qui désirent parfaire leurs compétences tout en étant financés (croyez-moi : ils sont nombreux !), ou tout simplement suivre le cursus complet. Même chose pour les réfugiés ou les parrainés, je considère qu’ils devraient pouvoir obtenir les cours de francisation gratuitement, puisqu’ils viennent suivre les cours de francisation au lieu d’aller travailler et qu’ils se ruinent souvent pour apprendre notre langue, alors que, chose absurde, plusieurs ne reçoivent qu’un financement ridicule à l’heure actuelle. Enfin, on remarque présentement que cela donne lieu à deux « catégories » d’étudiants : ceux qui ont le financement et les moyens financiers requis à l’achèvement de leur francisation, soit les financés et les autres. La francisation et l’intégration à deux vitesses, quoi. Je considère que les réfugiés ou les regroupements familiaux méritent d’être intégrés autant que les autres et devraient aussi avoir droit aux mêmes incitatifs financiers.


[…]Plusieurs solutions existent pour valoriser l’acquisition du français chez les nouveaux arrivants. Pour ce faire, il faut de la volonté politique, une sérieuse réflexion de société, une refonte de la Charte de la langue française ou une mise en place de nouvelles structures d’accueil pour favoriser l’efficacité des structures déjà existantes. Il y a deux excellentes façons d’apprendre la langue, soit dans une formation générale ou directement sur le marché du travail, « sur le tas » ; si le seul apprentissage de la langue en milieu de travail peut s’avérer inadéquat, en revanche, lorsqu’on le conjugue avec un apprentissage magistral comme moyen de renforcement supplémentaire des acquis, les gains en matière de rétention et de vitesse d’apprentissage croissent exponentiellement.

 

Tania Longpré - Enseignante en francisation des adultes et auteure de Québec cherche Québécois (Stanké, 2013)

À voir en vidéo