Commission de vérité et réconciliation sur les autochtones - Le déconcertant désintérêt de la «majorité» québécoise

Aucun préjugé sur la nature pathologique, paresseuse ou profiteuse des autochtones n’aurait pu résister devant la puissance des histoires racontées par les survivants des pensionnats indiens lors de la Commission de vérité et réconciliation.
Photo: - Le Devoir Aucun préjugé sur la nature pathologique, paresseuse ou profiteuse des autochtones n’aurait pu résister devant la puissance des histoires racontées par les survivants des pensionnats indiens lors de la Commission de vérité et réconciliation.

Du 24 au 27 avril derniers avait lieu à Montréal l’évènement national du Québec de la Commission de vérité et réconciliation (CVR). Étant étudiante au doctorat intéressée par le phénomène de l’itinérance chez les autochtones, je me considérais privilégiée de pouvoir assister aux audiences de la CVR durant lesquelles des survivants des pensionnats indiens viendraient témoigner de leurs expériences et des répercussions engendrées par ces expériences dans leur vie d’adulte. Bien que j’aie eu l’occasion de lire abondamment sur l’histoire des pensionnats indiens et leurs effets intergénérationnels, j’ai été profondément bouleversée par ce que j’ai entendu.

Comment, en effet, rester indifférent lorsqu’une personne vous raconte en sanglots qu’âgée d’à peine 5 ans, la GRC est venue l’arracher des bras de ses parents pour se faire transplanter dans un lieu étranger où l’on communique dans une langue inconnue ? Que là-bas, on lui interdisait de maintenir des liens avec ses frères et soeurs ? Que ses parents n’ont jamais su où elle allait et si elle allait même revenir ? Comment ne pas s’indigner d’entendre que le personnel des institutions où elle a été placée a profité à répétition de son innocence, a abusé de sa vulnérabilité, et a mis tout en oeuvre pour réduire à néant la confiance qu’elle avait en elle et les autres ?


Pour noyer leurs souffrances, la plupart des ex-pensionnaires ont eu recours à l’alcool et aux drogues. N’ayant connu que des modèles d’autorité abusifs et destructeurs, ils se sont comportés de manière violente, froide et négligente envers leurs enfants. Des enfants d’ex-pensionnaires, des survivants intergénérationnels, ont aussi pris la parole et raconté comment ce traumatisme leur a été transmis. Plusieurs ont trouvé la force de s’exprimer par la poésie. Contre toute attente et malgré la douleur et les blessures, les survivants ayant pris la parole durant les quatre jours de la CVR ont fait preuve d’une résilience et d’une éloquence désarmante quant aux défis que posent la réconciliation, et ce, peu importe le chemin parcouru dans leurs processus de guérison.


Entre deux sessions de partage, je suis allée prendre l’air. J’ai marché vers le feu sacré qui se trouvait tout près de l’évènement, à la place du Canada. Sur mon chemin, j’ai croisé quatre hommes qui venaient de passer devant le feu autour duquel étaient rassemblés une dizaine d’autochtones. « Chus vraiment pas capable de les sentir, les Indiens. Mais au moins, là, ça sent le bon feu et pas la pisse. » L’homme ayant proféré ces mots et ses collègues qui l’appuyaient par leur langage non verbal avaient une allure soignée qui suggérait une certaine opulence. Aussi, ils ont sans aucun doute eu accès à une éducation de qualité.


Cet épisode illustre une réalité dont on ne veut pas parler au Québec : le racisme envers les autochtones est présent dans toutes les classes sociales. L’ironie de l’histoire est qu’aucun préjugé sur la nature pathologique, paresseuse ou profiteuse des autochtones n’aurait pu résister devant la puissance des histoires racontées au même moment par les survivants des pensionnats indiens à un coin de rue d’où ont été prononcés ces mots. Mais les Québécois dits « de souche », tristement, n’étaient pas nombreux au rendez-vous.

 

Changer le cours de l’histoire : une question de volonté politique


Dans l’atelier intitulé « Femmes de courage/Women of courage », le projet de loi 14, lequel prévoit une application plus stricte de la loi 101 au Québec, a été critiqué fortement. Ellen Gabriel, ex-présidente de Femmes autochtones du Québec (FAQ), a affirmé avoir écrit à deux reprises à Pauline Marois depuis les dernières élections pour lui signifier que le projet de loi ne respecte pas les obligations du Québec en vertu de la Déclaration universelle des droits des peuples autochtones en ce qui a trait à leur droit à l’autodétermination en matière d’éducation et de préservation des langues autochtones (ces lettres peuvent être consultées au sovereignvoices1.wordpress.com). Ces lettres sont demeurées sans réponses.


Pourtant, Mme Marois devrait être au fait du contenu de la Déclaration, puisqu’en 2009, alors chef de l’opposition officielle, elle a participé à une conférence de presse d’appui à la Déclaration en présence d’Ellen Gabriel (alors présidente de FAQ) et de Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador. Soit dit en passant, une position similaire à celle de Mme Gabriel a été adoptée par le Barreau du Québec dans son mémoire sur le projet de loi 14 : « Puisque ce projet de loi pourrait avoir un impact sur les droits linguistiques ancestraux, le Barreau s’interroge à savoir si les communautés autochtones ont été consultées en préparation de ce projet de loi, conformément à la jurisprudence de la Cour suprême » (www.barreau.qc.ca/fr/actualites-medias/communiques/2013/04/12-pl14).


Mme Marois, que faut-il comprendre de ce refus de mettre de l’eau dans votre vin ? Que le Parti québécois a « changé » de position quant à la Déclaration ? A-t-il jamais eu l’intention de poursuivre le développement de relations équitables, d’égal à égal, avec les premiers peuples du Québec ? Si vous ne donnez pas suite, Mme Marois, aux demandes des peuples autochtones en les consultant au sujet du projet de loi 14, il faudra bien en conclure que l’appui donné en 2009 par le PQ envers la Déclaration était une mascarade.


Et pourtant ! Vous avez bâti votre carrière politique autour de l’idée de préservation du français au Québec par rapport à la « menace » que pose la prééminence de l’anglais en contexte nord-américain. Combien y a-t-il de francophones dans le monde ? Selon l’Organisation internationale de la Francophonie, il y en avait 116 millions en 2010. En comparaison, combien y a-t-il de locuteurs du mohawk dans le monde ? De l’atikamekw ? De l’innu ? Poser la question, c’est y répondre.


Loin de moi l’idée d’affirmer que la préservation du français n’est pas importante ; plutôt, il faut retenir que la préservation des langues autochtones au Québec est tout aussi importante que le français, sinon plus, en raison du décroissement rapide du nombre de locuteurs de celles-ci.


Élizabeth Larouche, ministre déléguée aux Affaires autochtones, a annoncé dernièrement que le gouvernement du Québec instaurerait un mois de l’histoire des peuples autochtones. Bravo ! Mais le présent et le futur des peuples autochtones se décident maintenant. Et changer le cours de l’histoire lorsque l’on est en position de pouvoir est possible. Dégagez-vous de vos ornières et arrêtez de déployer des politiques coloniales d’assimilation des peuples autochtones du Québec.

À voir en vidéo