Une vision caricaturale de la formation des enseignants

Le Devoir publiait la semaine dernière (24 avril) le texte de M. Jerry Beaudoin, enseignant et étudiant en didactique des langues, sous le titre Repensons la formation des enseignants. Quelques commentaires critiques s’imposent à la lecture de ce texte, car l’auteur y propose au total une vision plutôt caricaturale de la formation des maîtres.

Je signalerai auparavant que, de 2005 à 2010, j’ai dirigé le Centre de formation des maîtres de l’Université de Montréal, en plus d’enseigner à sa Faculté d’éducation de 1991 à 2009. J’ai donc été acteur et témoin de la formation des enseignants, particulièrement au cours de la période où, après 1998, sont survenus les changements majeurs dans la structure même de cette formation.


D’abord, M. Beaudoin se plaint amèrement d’avoir eu à suivre un cours intitulé « Synthèse de la foi chrétienne » et à s’intéresser « aux amis du p’tit Jésus », alors que l’on s’apprêtait à instaurer dans les écoles le cours éthique et culture religieuse. Il aurait préféré recevoir plutôt un cours supplémentaire de grammaire. L’idée se défend. Mais dans la perspective de former un enseignant cultivé, en savoir un peu plus sur le christianisme ne fait pas de tort. Mais passons !


Plus sérieux est le jugement que porte l’auteur sur les compétences en français des futurs enseignants. Leurs carences sont largement connues et dénoncées depuis longtemps. De fait, la situation était inadmissible. Mais depuis au moins trois ans, les règles ont été resserrées. Ainsi, l’étudiant qui, au moment de son admission dans son programme de formation, a échoué à un test diagnostic de français doit obligatoirement suivre un ou des cours de français de mise à niveau. Dès lors, « l’étudiant, prescrit le règlement, doit avoir réussi le test de français écrit reconnu par les universités québécoises pour la certification des futurs enseignants (TECFEE) avant la fin de la période d’inscription au 3e stage », donc en troisième année (de quatre). Sinon, il est expulsé du programme. Pour ce qui est du français oral, il a jusqu’au quatrième stage pour faire ses preuves. D’aucuns estiment que la réussite d’un test de français devrait être une condition d’admission au programme. Cela se défend et je préférerais cela. Les universités ont jugé qu’il valait mieux permettre à ceux qui ont des lacunes en français de les combler, quitte à fixer une limite. Cette position se défend aussi.


M. Beaudoin pense plutôt que pour pallier les lacunes, il faudrait « s’assurer de faire des enseignants de véritables spécialistes du français écrit en leur offrant davantage de cours sur le sujet, et bien sûr, des cours plus appropriés. […] Il s’agirait plutôt de remplacer les nombreuses heures de pelletage de nuages de certains cours par des contenus plus pertinents, en grammaire, par exemple. » On aurait aimé lire des précisions sur ce « pelletage de nuages ». Il convient plutôt de signaler :


que le ministère de l’Éducation a approuvé en 2001 le répertoire des compétences professionnelles attendues d’un enseignant ; on en compte treize et elles sont justifiées ;


que les programmes sont examinés et recommandés ensuite par le Comité [ministériel] d’agrément des programmes de formation à l’enseignement ;


que tous les cours sont étudiés et approuvés par les départements qui en assurent la prestation.


On peut légitimement différer d’avis sur la pertinence de l’un ou l’autre des cours du programme. Mais il faut éviter d’avoir l’air béotien.


M. Beaudoin réclame, à bon droit, des employeurs les moyens d’une meilleure formation continue. Mais comme tant de ses collègues, il situe ce débat dans une perspective employés-employeurs. Tant que la formation continue ne sera pas régie par les enseignants eux-mêmes, comme c’est le cas dans bien d’autres professions, on en fera toujours une affaire de négociation. Au surplus, il convient de rappeler que la formation continue est d’abord une responsabilité personnelle. À cet égard, rien n’empêche de lire, de lire et de lire. La culture personnelle et professionnelle passe largement par cette voie. J’ose me prendre à témoin : je n’ai jamais suivi un seul cours universitaire en histoire, mais j’ai beaucoup lu et je lis encore beaucoup.


L’auteur écrit encore : « Il serait plus que temps de se doter d’une stratégie claire et pertinente d’accompagnement des enseignants du début de leur formation initiale jusqu’à leur retraite. » En effet. Que voilà un beau mandat à donner à son ordre professionnel.


Enfin, M. Beaudoin est dans l’erreur en ce qui concerne la note de passage. Le règlement pédagogique de premier cycle de l’Université de Montréal (art. 11.1) précise bien que la note de passage d’un programme est C, c’est-à-dire « bon », et non pas D, c’est-à-dire « passable ». Heureusement !

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