Réplique à Guy Saint-Pierre - Il y a assez de compétence féminine pour peupler nos C.A.!

Le quartier des affaires à Montréal
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le quartier des affaires à Montréal

M. Saint-Pierre, j’ai énormément de respect pour votre vision de dirigeant et vos accomplissements exceptionnels. Je suis particulièrement fière d’avoir pu vous côtoyer professionnellement durant plusieurs années.


J’ai apprécié, il y a un an, votre nomination en tant que coprésident, aux côtés de madame Jérôme-Forget, du comité de réflexion mandaté par le gouvernement pour promouvoir la place des femmes au niveau exécutif et aux conseils d’administration (C.A.) des grandes entreprises.


Permettez-moi cependant de relever les propos que vous avez tenus lorsqu’on vous a questionné durant la conférence de presse de ce comité, le vendredi 19 avril. Vous affirmiez alors qu’en exigeant « d’avoir immédiatement un certain nombre de femmes, on risque d’avoir la soeur, la cousine du président de la compagnie ou du Chairman of the Board. C’est qu’il y en a qui ne sont pas préparées pour atteindre cette tâche-là ».


Je n’ai pu que tracer un parallèle avec de pareils propos alarmistes tenus par la firme Jarislowsky en 2006 lors des audiences gouvernementales, à savoir que la parité aux conseils d’administration des sociétés d’État « ferait baisser le niveau de compétences de ces sociétés », et par une sortie subséquente de son fondateur sur le même sujet, cette fois à la tribune du Cercle de la finance.


Ayant été nommée au C.A. de la Caisse de dépôt après l’épisode du papier commercial, à la suite de l’application de la Loi sur la parité sur les C.A. des sociétés d’État, et siégeant à d’autres C.A. de sociétés publiques au Canada, je ne peux que vous rassurer, monsieur Saint-Pierre, sur la qualité des candidates québécoises et canadiennes.


Je n’ai constaté aucun besoin de nominations de cousines ou de copines. Au contraire, l’arrivée de nouveaux visages, de femmes éminemment compétentes même si moins connues souvent que leurs contreparties masculines, a justement contribué à agrandir le bassin de référence, à faciliter la transparence des échanges et leur enrichissement.


La Norvège, petit pays de population comparable au Québec et riche producteur de pétrole, qui a été précurseur en légiférant en 2003 pour la parité dans les C.A., n’a pas vu d’écrasement de son PIB ni de sa production. Au contraire. Appuyée par un dynamique programme de préparation, elle a pu pourvoir 900 postes avec succès, faisant passer la représentation féminine de 3 % à 40 % en seulement quatre ans aux C.A. des quelque 400 sociétés cotées à la Bourse d’Oslo, dans une économie fort robuste.


Dans la foulée, plusieurs pays, notamment la France, l’Espagne, la Malaisie et Hong Kong, ont emboîté le pas. L’Union européenne vise 40 % d’ici sept ans. Le 10 avril 2013, le gouvernement britannique a admis que sa politique volontaire visant les entreprises au FTSE n’a pas apporté les résultats escomptés jusqu’ici et que des mesures additionnelles, dont des quotas, pourraient devoir être considérées. Il faut croire qu’il y a des motivations sérieuses ailleurs dans le monde quant à la nécessité d’accélérer significativement l’intégration des compétences féminines.

 

Le temps des récoltes


Cela fait plus de 30 ans que les femmes occupent 50 % ou plus des bancs à l’université, notamment dans nos facultés d’administration et de droit. Vous n’y êtes pas étranger, puisque c’est justement lorsque vous étiez ministre de l’Éducation dès 1970 que les investissements requis ont été faits pour démocratiser l’accès à l’éducation supérieure, avant nos voisins américains et européens… Étant donné votre sens aigu des affaires, vous aviez sûrement misé sur le rendement futur de ces investissements pour le Québec. Le temps des récoltes n’est-il pas venu ?


Vous savez bien que les études du Conference Board, de Catalyst et de chercheurs internationaux ont clairement établi que les sociétés les plus diversifiées à leur palier de direction génèrent un rendement supérieur.


Les 50 plus grandes sociétés québécoises cotées en Bourse ont une moyenne de 17 % d’administratrices, selon les chiffres publiés. Pour atteindre un équilibre respectable, on parle d’environ une centaine de postes, ce qui permettrait d’améliorer la performance de nos entreprises, selon des statistiques comparables. Un nombre croissant de grandes organisations canadiennes, en particulier dans le secteur financier, se rapprochent de cet objectif en recherchant d’abord des compétences, et elles n’ont pas pour autant épuisé le réservoir de candidates.


J’espère donc ardemment que le comité que vous coprésidez puisse définir des mécanismes qui feront en sorte que le Québec utilise tout son bassin de compétences, et ce, avant 2030, en s’inspirant davantage du leadership de certaines économies qui nous ressemblent et de la parité si aisément atteinte dans le domaine des sociétés d’État du Québec.

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7 commentaires
  • Carl Grenier - Inscrit 27 avril 2013 08 h 16

    Guy St-Pierre, Donald Gordon: même combat

    Il est bien étrange de retrouver Guy St-Pierre, un véritable parangon de la réussite professionnelle et sociale (http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Saint-Pierre) dans le même camp que l’infâme Donald Gordon, le président du Canadien National, qui avait affirmé en novembre 1962 qu’il ne pouvait trouver dans son personnel « un seul Canadien français apte à occuper l’un des 28 postes supérieurs de l’entreprise », ce qui avait provoqué de nombreuses manifestations dans plusieurs villes du Québec à l’époque. Il semble bien que la lutte des femmes pour conquérir l’égalité de traitement avec les hommes soit plus difficile et plus longue que la lutte contre la discrimination ethno-culturelle, pour employer un euphémisme poli…Aux États-Unis, il fallut cinquante ans pour qu’on accorde le droit de vote aux femmes (1920) après qu’on l’eut accordé aux Noirs (1870).

  • Jean Noreau - Inscrit 27 avril 2013 08 h 36

    A quand la parité

    dans les facs d'université? En médecine surtout? Dans les garderies? Dans les écoles?

  • Martine Fortin - Inscrite 27 avril 2013 09 h 17

    Faudrait en revenir un jour

    La compétence n'est pas une question de sexe, (désolé les féministes), mais d'aptitudes. Le plq a mis 50% de femmes comme ministres et on a vu ce que cela à fait. Plusieurs ont été sous-enquêtes. Relisez les journaux.

    Personnellement, je ne me vois pas dans des c.a. Chacunes doivent faire ce qu'elles aimes; pas ce que les féministes aimeraient. Voilà la vraie égalités. Amen

    • Marie-Alexandra Francou - Inscrite 27 avril 2013 14 h 11

      Mme Fortin,

      Nul ne cherche à brimer les droits individuels. Dans la vie, il faut effectivement faire ce qu'on aime. Par contre, il faut reconnaître que ce que les hommes et les femmes aiment est souvent conditionné par la culture à laquelle ils appartiennent.

      La partité dans les différentes sphères de la société contribue à donner un éventail d'options plus large pour les femmes. Si les jeunes filles voient qu'une femme peut devenir membre de l'exécutif d'un CA (i.e. occuper un poste de pouvoir), elles pourront elles-même se projeter dans cet avenir si elles le souhaitent. Elles auront un modèle à suivre.

      Les aptitudes, comme les choix que l'on fait, sont elles aussi en parties conditionnées par la société. Par exemple, nous valorisons la compétitivité chez les garçons plus que chez les filles. Il est normal que les garçons développent cette aptitude plus naturellement.

    • France Marcotte - Abonnée 27 avril 2013 17 h 41

      C'est triste de vous lire Martine.

      Les femmes, par conditionnement, se haïssent, mais est-ce nécessaire d'en rajouter?

  • France Marcotte - Abonnée 27 avril 2013 16 h 56

    Les C.A. avant les femmes

    De qui étaient formés les C.A. avant que les femmes y fassent leur apparition?

    Pas de beaux-frères, pas de cousins, même dans les entreprises dites familiales?

    La référence masculine comme mesure-étalon si je puis dire de la performance des conseils d'administration n'est pas indiscutable, sinon le monde tournerait rondement depuis un bon moment.

    On pourrait aussi voir les choses autrement.
    Avant les femmes, il manquait, sans qu'ils le sachent, quelque chose aux. C.A., soit, la vision de la face cachée de l'humanité.
    Alors, maintenant, tout simplement, on rétablit l'équilibre, pour le bien des entreprises elles-mêmes, en souhaitant que les femmes se comportent différemment, à leur manière, pour humaniser, réformer si possible les C.A., sinon, à quoi bon?

  • André Anctil - Abonné 29 avril 2013 10 h 44

    Les femmes au C.A.

    C'est la suite logique de toute une évolution. Au tout début de la Nouvelle -France les femmes ont joué un rôle capital dans l'éducation et la santé (communautés religieuses), role qui leur était permis par l'Eglise du temps...Tout a changé en 1960...quand les portes de l'enseignement supérieur se sont ouvertes et les femmes ont repris ''laïquement'' dans une foule de domaines un role de plus en plus important et nécessaire, rendu possible par ce changement.