Pourquoi l’ADISQ ignore-t-elle les paroliers et compositeurs?

Madame Solange Drouin, vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ,


En novembre dernier, nous, paroliers et compositeurs de chansons pour des interprètes et artistes et artisans de l’industrie du disque, avons signé une lettre destinée aux dirigeants de l’ADISQ. Nous demandions que soient créées deux nouvelles catégories de Félix pour les prochains Gala de l’ADISQ : Parolier (ou parolière) de l’année pour un (ou une) interprète et Compositeur (ou compositrice) de l’année pour un (ou une) interprète. Ces nouvelles catégories seraient clairement distinctes de la catégorie actuelle d’Auteur ou Compositeur de l’année (qui récompense la plupart du temps des artistes pour leur oeuvre personnelle ou un collectif pour un projet précis). Elles permettraient de récompenser et, surtout, de reconnaître beaucoup mieux notre travail au sein de l’industrie musicale.


Nous constatons avec regret, année après année, que notre métier demeure toujours méconnu du grand public, qui semble souvent confondre un (ou une) interprète avec sa chanson, ignorant la plupart du temps que des artisans des mots et de la musique se cachent derrière cette création.


Par ailleurs, il semble aussi que notre apport au rayonnement de la culture québécoise est sous-estimé au sein même de notre industrie, alors que nous sommes, de toute évidence, un des maillons importants de la « chaîne » du succès des artistes. Nos professions sont intrinsèquement liées à la réussite d’interprètes tels Isabelle Boulay, Ginette Reno, Marie-Élaine Thibert et bien d’autres. L’ADISQ reconnaît déjà, à juste titre, le travail important de l’interprète. Aussi nous apparaîtrait-il tout à fait justifié que le nôtre le devienne aussi, afin que toutes les dimensions de la création d’une oeuvre soient soulignées de façon équitable.

 

Demande rejetée


Malheureusement, notre demande à l’ADISQ, à notre grand étonnement, a été rejetée. Qui vend le plus d’albums au Québec à part quelques auteurs et compositeurs ? En nomination en 2012 pour l’Album de l’année meilleur vendeur : Maxime Landry, Fred Pellerin, Star Académie, lesquels interprétaient des chansons qu’ils n’avaient pas écrites ni composées. Cela donne à réfléchir, non ?


Si, effectivement, le temps manque pour remettre des Félix, pourquoi certaines catégories ont-elles été ajoutées lors de l’Autre Gala ? Je pense ici particulièrement au prix Félix Album choix de la critique. Si ce prix a sa raison d’être, pourquoi un Félix pour un parolier ou un compositeur pour un interprète n’aurait-il pas sa place ? Pourquoi ne pas intégrer ces nouveaux prix au gala hors d’ondes, tout simplement ? On y donne bien des prix pour la meilleure pochette (récompenser le contenant avant le contenu, n’est-ce pas ?), des prix pour la prise de son de l’année (mais sans chanson, on fait quoi ?), des prix pour le concepteur d’éclairage de l’année (récompensons les gens de l’ombre qui mettent en lumière les interprètes… n’est-ce pas ce que font les paroliers et les compositeurs ?). Et rien pour les paroliers ou les compositeurs de chansons ? C’est à n’y rien comprendre…


Dans la réponse qui nous a été adressée, vous tenez à nous remettre un prix de consolation (voici de quelle façon) : « Ceci étant dit, lors de l’annonce de la chanson gagnante, nous ferons en sorte que le nom de l’auteur compositeur apparaisse à l’écran. Au moment des performances des artistes lors du Gala de l’ADISQ, nous présentons toujours en super le titre de la chanson et le nom du ou des auteur(s) compositeur(s). Ce n’est pas quelque chose qui est remarqué de la salle mais les gens à la maison voit cette mention très clairement au bas de leur écran [sic] ».


Nous voudrions vous faire remarquer, madame Drouin, que cette pratique est chose courante en France depuis des décennies et se fait systématiquement lors de prestations musicales à la télé (galas et toutes émissions de variétés confondues). Cela devient par ailleurs de plus en plus la norme ici aussi. Alors, qu’on se le tienne pour dit, ce petit cadeau que vous nous offrez n’est ni plus ni moins que de la poudre aux yeux.


Nous souhaitons, par la présente, informer le public du peu de respect que l’ADISQ semble vouloir porter aux créateurs de chansons. Et que lorsque l’on retrouve en première page des journaux, le lendemain du Gala des Félix, les photos des interprètes masculin et féminine de l’année, la population québécoise doit savoir que derrière ces grands gagnants se cachent en partie les secrets de leur succès… qui ne sont pas récompensés.



Les artistes ayant signé ce texte:

Fred Baron, Lynda Lemay, Marc Hervieux, Richard Séguin, Jean-François Breau, Bori, Robert Léger, Kevin Parent, Sophie Nault, Jacques Michel, François Guy, Michel Robidoux, Julie Massicotte, Charly Bouchara, Marc Chabot, Sylvie Paquette, Steve Marin, Alain Labonté, Dave Richard, Patrice Michaud, Marie-Claire Séguin, Christian-Marc Gendron, Pierre Létourneau, Sandrine Roy, Vincenzo Thoma, Michaël, Marie-Pier Perreault, Luce Dufault.

7 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 12 avril 2013 09 h 25

    Bravo

    Des paroliers qui parlent, qui prennent la parole sur la place publique!

    Quel magnifique endroit que le Québec si les artistes se font aussi citoyens!

  • Gaétan Essiambre - Abonné 12 avril 2013 12 h 44

    Merci!

    Oui, merci de publier cet article. Il est décourageant de voir tous les efforts qui doivent être faits pour simplement reconnaître le travail de ceux qui façonnent la matière première, sans qui aucune chanson n'existerait, aucun spectacle ne serait produit et aucun disque ne serait réalisé. Quand on pense qu'il y a des Felix pour meilleure réalisation, meilleur son, ou encore meilleur arrangement. Qu'auraient ces métiers à faire si les créateurs ne leur fournissaient pas la matière première. Et l'excuse que le public n'est pas intéressé ne tient pas. Le public est-il plus intéressé de savoir qui a fait l'arrangement ou la réalisation? Les textes et la musique sont la 1ère raison de l'existence de l'ADISQ. Quelle honte que d'avoir à déployer tant d'efforts pour avoir de nouvelles catégories qui sont pourtant si importantes dans la chaîne artistique, dans le commerce artistique. Oui, honte à l'ADISQ qui n'a aucune reconnaisance envers eux. Ils ont une boîte de messages électronique. Faites-leur savoir.

  • Gilbert Troutet - Abonné 12 avril 2013 12 h 46

    Il faudrait en parler aussi à Espace Musique

    Il faudrait adresser la même lettre à Espace Musique, qui nous abreuve à longueur de journée de chansons insipides. Les auteurs et compositeurs ont fait place, la plupart du temps, à des textes sans consistance, emballées de musiques médiocres qui ne passeront jamais à l'histoire. Quand il faut, en plus, endurer les propos insignifiants de Marie-Claude Lavallée le matin, on a vite fait d'aller écouter ailleurs.
    Tout cela semble procéder d'une volonté de niveler par le bas, y compris de la part de notre radio publique. Et que surtout la chanson ne porte personne à réfléchir, ou même à s'émouvoir. C'est devenu de «l'entertainment» à l'américaine.

  • Pierre Schneider - Abonné 12 avril 2013 13 h 14

    Discrimination

    S'il n'y avait pas de paroliers et de compositeurs, il n'y aurait pas de chansons...et les interprètes en seraient réduits à turlutter des "airs de famille" ! La création est à la base de tout ce qui existe, de tout ce qui s'épanouit, de tout ce qui nous enchante.
    Justice doit donc être rendue à tous ces créateurs victimes de discrimination flagrante. On ne les louangera jamais assez !

  • Pascal Barrette - Abonné 12 avril 2013 16 h 03

    De sous-titrés à titrés

    Pleinement d'accord. Plus qu'un sous-titre en froide surimpression, les paroliers et compositeurs méritent un plein titre sous chaude acclamation.

    Pascal Barrette
    Ottawa