L’Église catholique est-elle encore chrétienne?

Ces vieux messieurs du Vatican, devenus incapables de penser hors du cercle étroit et vicieux de leur État d’opérette
Photo: Agence France-Presse (photo) Alberto Pizzoli Ces vieux messieurs du Vatican, devenus incapables de penser hors du cercle étroit et vicieux de leur État d’opérette

Fernand Dumont écrivait : « Pourvu qu’on attende avec patience que la sève se renouvelle, que l’on se souvienne que le destin de l’Église, comme celui de son Seigneur, est de mort et de résurrection. » (Une foi partagée, Bellarmin, 1996)

Pour toutes sortes de raisons, je suis demeuré attaché à l’Église catholique. Ayant eu le bonheur de grandir au sein d’une famille où la tradition religieuse était bien vivante, mais dépouillée de tout dogmatisme, mes premières rencontres avec la religion ont été essentiellement positives.


À l’école, les cours d’enseignement religieux catholique que j’ai suivis - de la première année du primaire en 1972 à la cinquième du secondaire en 1983 - étaient empreints du souffle de liberté et de tolérance, ainsi que de cette soif de recherche qui était l’esprit dans lequel baignait le catholicisme québécois post-Vatican II de ces années-là.


C’est donc dans la joie et la confiance que j’ai reçu les sacrements de l’initiation chrétienne : le baptême, le pardon, la première communion et la confirmation. Plus tard, devenu adulte, j’ai tenu à faire bénir mon union amoureuse en me mariant à l’église de mon village. De cette union sont nés trois enfants qui ont tous été baptisés et qui ont participé de différentes manières - service à l’autel, lectures et chants lors des célébrations - à la vie de leur église de paroisse jusqu’au début de leur adolescence (grosso modo de 1995 à 2008).


Mon épouse et moi avons également, au courant de ces mêmes années, animé des groupes de catéchèse d’enfants de 6 à 12 ans. Ces enfants se réunissaient après les classes pour lire et discuter des passages de la Bible, ils chantaient à l’église et réalisaient des saynètes tirées des récits évangéliques lors des fêtes de Noël et de Pâques.


Ce long préambule pour vous dire que je suis loin d’être indifférent à l’avenir du catholicisme québécois. Mais voilà qu’aujourd’hui, observant les prises de position morales et doctrinales émanant des autorités vaticanes et cherchant à comprendre l’évolution de la pensée et de l’agir catholiques, tant au Québec qu’à travers le monde, je suis de plus en plus inquiet, déçu et parfois même révolté devant ce qui se passe.


Inquiet parce qu’il est devenu évident que l’air frais qu’avait permis de faire entrer, dans les années 1960, le concile Vatican II dans cette institution poussiéreuse, étouffante et totalement décalée qu’était devenue l’Église catholique romaine se fait de plus en plus rare. À partir de Paul VI et de son encyclique Humanae vitae, mais surtout depuis Jean Paul II et son successeur Benoit XVI qui ont entrepris une révision résolument conservatrice du dépôt de la foi qui, à mes yeux et de l’avis de plusieurs chrétiens sincèrement engagés, constitue une trahison et un détournement de l’inspiration fondamentale ayant présidé aux conclusions du dernier concile, les fenêtres et les portes de l’institution se ferment à tout renouvellement. La résurrection n’est plus qu’une vieille histoire dont il n’y a plus rien à tirer de neuf. Ne reste plus qu’à vivre sur le vieux gagné en s’opposant à toute remise en question.


Déçu parce que l’Église catholique de partout à travers le monde, en ne se dissociant pas clairement des prises de position rétrogrades du Vatican, cautionne la mise en oeuvre d’une violence symbolique qui fait des ravages dans le secret des consciences et qui détruit des vies. Pensons au mépris et à la méconnaissance à l’égard du vécu et de la réalité des femmes. Pensons à la condamnation, incompréhensible à notre époque en tenant compte de la recherche scientifique sur ce sujet, de l’homosexualité.


Et comment, peut-on se demander, ne pas faire de liens entre ce refus obstiné et maladif de la sexualité comme expression de la tendresse, de la liberté et de la créativité humaine et cette pathologie collective de la pédophilie qui ronge l’Église catholique sous tous les cieux et dans toutes les contrées ? Question primordiale, pourtant écartée du revers de la main par ces vieux messieurs du Vatican, devenus incapables de penser hors du cercle étroit et vicieux de leur État d’opérette qui n’intéresse plus que les médias avides de sensations fortes et un public de fidèles qui, pour être mondialisé, n’en est pas moins fragile, manipulé et démuni d’esprit critique.


Devant cet état des lieux, la révolte gronde dans les consciences éprises de la liberté et de la justice incarnées par le Christ des Évangiles. Pas besoin de percer des secrets diplomatiques pour comprendre que ces messieurs du Vatican aiment la charité, mais s’accommodent fort bien de l’injustice et de l’oppression qui n’entravent en rien le beau geste des riches donnant une part inessentielle de leurs biens aux déshérités.


Pour eux, pas besoin d’aller plus loin que de dénoncer - sans aucun risque de leur part - du haut du balcon épiscopal le plus mondain du monde, celui de Rome bien entendu, l’amour désordonné du pouvoir et de l’argent. Et ce, tout en prêchant, de l’autre côté de la bouche, la résignation aux pauvres. Sans oublier de menacer d’excommunication ceux qui entreprennent, parfois maladroitement, mais dans la réalité des choses, de déposséder les usurpateurs des richesses de ce monde pour les redistribuer plus équitablement. Richesses et beautés pourtant créées par Dieu en vue de satisfaire les besoins de tous, hommes, femmes et enfants, qu’il a créés à son image et à sa ressemblance.


Je suis encore catholique, mais j’ai honte, profondément honte de mon Église, qui s’éloigne de plus en plus du chemin de vie, de vérité et de liberté tracé avec amour pour tous les humains par le Christ des Évangiles.

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