Cessons de marginaliser les produits biologiques

Les producteurs biologiques ont évolué et les consommateurs aussi. Il serait plus avantageux pour tous d’insérer les produits biologiques avec les produits conventionnels.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les producteurs biologiques ont évolué et les consommateurs aussi. Il serait plus avantageux pour tous d’insérer les produits biologiques avec les produits conventionnels.

écemment, le ministre de l’Agriculture François Gendron dévoilait le nouveau logo « Aliments du Québec -Bio » dans le cadre du salon « Expo manger santé et vivre vert » qui se tenait à Montréal. On ne peut pas être contre la vertu. L’idée de donner un outil supplémentaire aux producteurs et transformateurs de produits biologiques d’ici, afin de promouvoir leurs produits, est une excellente nouvelle. Mais pour que cette initiative se traduise en résultats concrets, c’est-à-dire une augmentation des ventes, il faudra un plus grand soutien de la part des trois grandes bannières (Loblaws, IGA et Métro). Il est vrai que la filière biologique profite d’un réseau de magasins spécialisés qui est formé d’épiceries fines, de fruiteries et de magasins de moyenne surface comme Avril, Le Végétarien, Tau ou Rachelle-Béry. Ces magasins sont des alliés précieux pour les producteurs biologiques puisqu’ils ont un préjugé favorable à l’égard des produits biologiques et que l’on réserve une place de choix pour ce type de produits dans ces épiceries.


Toutefois, ce réseau demeure marginal. Les Québécois dépensent annuellement environ 24 milliards de dollars en épicerie (si on inclut la bière et le vin) dont 17 milliards (71 %) sont dépensés dans les trois grandes bannières. Ce qui laisse seulement 29 % de parts de marché à tous les autres types de magasins qui vendent des produits alimentaires (Costco, Wal-Mart, les dépanneurs et le réseau des épiceries spécialisées mentionnées ci-haut). Donc un producteur ou transformateur de produits biologiques qui vise une croissance importante et soutenue devra presque obligatoirement vendre ses produits aux grandes bannières un jour ou l’autre.

 

La production biologique s’est modernisée


Il y a une fausse image ayant la vie dure à propos de la production biologique et du producteur biologique : on imagine parfois encore le vieux « hippie » qui cultive quelques légumes sur ses terres et qui est incapable de suffire à la demande ne serait-ce que de quelques épiceries. Cette époque est révolue. Il existe au Québec plusieurs entreprises modernes d’envergure nord-américaine qui produisent des aliments biologiques, et ce, dans des secteurs très variés. En effet, on retrouve au Québec des produits biologiques tels que des farines, des fromages, des légumes de serre, de la viande, des yogourts ou du jus de petits fruits. Tous proviennent d’entreprises qui peuvent répondre aux besoins du marché nord-américain sans problème.


Pourtant, les magasins de nos trois grandes bannières, à quelques exceptions près, les traitent comme des produits d’exception et contribuent à les marginaliser par le marchandisage (emplacement en magasin). Par exemple, au lieu de mettre les yogourts biologiques à côté des yogourts réguliers (non bio), on les met dans un frigo dédié aux produits biologiques avec les fromages, le miso, les jus, etc. C’est le même principe qui s’applique pour les produits secs et pour les fruits et légumes. En accordant une section spéciale aux produits biologiques, on les marginalise en donnant la fausse impression aux consommateurs que ce sont des produits plus chers. Un gérant de fruits et légumes m’a expliqué que même lorsque les champignons biologiques sont en promotion à 1 $ de moins que les champignons conventionnels, il ne s’en vend pas plus que d’habitude, car beaucoup de clients évitent systématiquement la section biologique, croyant que ces produits sont hors de prix.


Il y a quelques années, devant la demande grandissante pour les produits biologiques, les trois grandes bannières ont voulu accorder une section particulière à ceux-ci afin que les adeptes les repèrent en magasin. L’intention était louable, certes. Mais depuis, les producteurs biologiques ont évolué et les consommateurs aussi. Il serait plus avantageux pour tous d’insérer les produits biologiques avec les produits conventionnels. Ce que la majorité des supermarchés font déjà partout en Amérique du Nord ainsi que quelques (trop) rares épiceries au Québec.


Les consommateurs occasionnels de produits biologiques en achèteraient plus fréquemment s’ils étaient à même de découvrir tout l’éventail de produits biologiques qui leur est offert sans faire un détour par la section dédiée. De plus, il serait possible pour les clients de comparer les prix des produits conventionnels avec ceux des produits biologiques sur une base hebdomadaire et ainsi de profiter des promotions offertes sur les produits biologiques.


Réaménager la disposition d’un magasin d’alimentation n’est pas une mince tâche. Il faudra du temps. Par ailleurs, ce n’est pas uniquement la responsabilité des gérants de magasins. Il en va aussi du producteur de revendiquer son espace dans les sections conventionnelles tout en acceptant de soutenir le commerçant par le biais de promotions et de dégustations. Bref, les producteurs biologiques doivent aussi s’impliquer dans la mise en marché.


Il existe plusieurs moyens de stimuler les ventes des produits biologiques. Le logo « Aliments du Québec - Bio » en est un. L’intégration des produits biologiques avec les produits conventionnels dans les différents rayons des épiceries en est un autre qui pourrait certainement stimuler les ventes de produits biologiques et contribuer à l’essor de l’agriculture biologique au Québec.

6 commentaires
  • Charles F. Labrecque - Inscrit 29 mars 2013 08 h 57

    Bio pourquoi ?

    A titre de consommateur, je me permet de réagir à vos commentaires de votre article en soulignant que vous semblez oublier les vrais raisons qui font qu'aujourd'hui encore les consommateurs délaissent les produits bio. Vous devez comprendre que ces produits ont été introduits sous fausses représentations en faisant croire qu'ils étaient meilleurs pour la santé, sans aucune vérification sérieuse avec la science. Essayer de faire croire qu'ils étaient plus vert à cause des économies faussement créées par les économies de GES dues au transport. Jamais les producteurs ont faits la preuve que leurs produits étaient d’abords de vrais produits bio, et que la seule différence qui existait était que le coût était plus élevé à l'achat.

    • Hélène Paulette - Abonnée 29 mars 2013 09 h 46

      M.Labrecque vous errez à plus d'un titre dans votre commentaire. Vous semblez ne pas faire la différence entre les produits dits ''verts'' et ceux qui ont la certificaton ''bio'' et qui doivent satisfaire à toutes ses exigences. Des aliments produits sans pesticides sont certainement meilleurs pour la santé... et l'économie sur le transport nous assure des produits plus frais. Il ne faut pas tomber dans le panneau des grandes multinationales de l'alimentation et de l'industrie pétrolière (engrais chimiques) qui désinforment pour préserver leur part de marché.

    • Jean-François Binette - Abonné 29 mars 2013 12 h 34

      M. Labrecque,
      En plusieurs points les produits bio sont meilleurs.
      Premièrement, ils sont meilleurs pour votre santé. Les produits chimiques, les semences chimiques, utilisées sont très nocives autant pour la santé du consomateur que pour celle de l'agriculteur.
      Deuxièmement, cultiver biologique est tout à fait différent qu'avec des pesticides. C'est une restructuration complète des installations et la terre exploité doit être traité avec respect et de façon attentionné. Il y a un réel respect face à l'environnement qui outrepasse souvent l'anthropocentrisme et tombe dans le biocentrisme, ce qui est essentiel. Finalement, un des points les plus importants, le simple fait de ne pas encourager des entreprises qui détruise l'environnement tel que Mosanto et qui détiennent dans les lobbys les plus influents au monde.

    • Frédéric Verville - Inscrit 29 mars 2013 16 h 24

      M. Labrecque, vous confondez plusieurs choses.

      Vous parlez de santé, mais vous confondez valeurs nutritionnelles et santé. Vrai que plusieurs études remettent en cause le fait que les produits bio sont plus "nutritifs" que les autres (ce que très peu de gens dans le milieu affirment d'ailleurs, cet "argument" a été mis de l'avant par l'industrie chimique pour mieux le nier par la suite et taire tous les autres bénéfices), mais personne ne peut nier le fait que de ne pas manger de produits chimiques cancérigènes, c'est un avantage pour notre santé. Et même si on ne les mange pas, le simple fait de ne pas les utiliser fait qu'ils ne se retrouvent pas dans nos sols, notre air et nos cours d'eau comme c'est le cas avec les pesticides de synthèses utilisés par l'agriculture chimique.

      Vous parlez de transport... vous confondez aussi local et bio. On mange déjà de nombreux produits conventionnels québécois (ex: patates, pommes, etc.). Quel lien avec le transport et les GES, si on remplace ces produits locaux conventionnels par des produits biologiques?

      Et de dire que jamais les producteurs ont fait la preuve que leurs produits étaient bio, c'est un gros mensonge et de la mauvaise foi. On demande aux producteurs bio une tonne de paperasse à chaque année pour prouver aux organismes de certification qu'ils n'ont pas utilisé de produits chimiques, alors que les autres producteurs peuvent utiliser ces produits, très dangereux, sans n'avoir pratiquement rien à prouver. Demandez aux producteurs bio s'ils aiment le processus de certification, vous aurez votre réponse quant à la rigueur de la chose.

      Et relisez ce que je viens d'écrire. Les producteurs qui utilisent des produits chimiques (dangereux, et que vous allez vous mettre dans l'estomac) n'ont rien à prouver à personne, alors que ceux qui n'en utilisent pas doivent faire de la paperasse énorme pour le prouver.

      Elle est pas folle, notre société?

    • Philippe Laroche - Inscrit 29 mars 2013 17 h 52

      Oh! M. Labrecque,

      Manger bio, sans produit chimique - sans pesticide = santé.

      Santé pour l'être humain, santé pour les terres agricoles, santé pour les générations futures.

      Qu'est-ce que vous ne comprenez pas ???

      Voyez ce video : http://www.youtube.com/watch?v=CB4FMrCnlwA#.UUqGAJ


      Des sociétés comme Monsanto & Dupont nous en n'avons pas besoin.

      À votre demande, il me fera plaisir de vous faire visiter la plus grande société agroalimentaire du Québec n'ayant pas recours aux pesticides ou toute forme de produits chimiques.

      Par la même occasion, vous aurez l'opportunité de connaître un nouveau modèle agricole qui n'est pas enseigné dans nos institutions collégiales et universitaires.

      Vivons bio, vivons la vie!!!

  • Charles F. Labrecque - Inscrit 29 mars 2013 11 h 10

    Helene

    Madame, voilà un raison qui en est la cause, c'est le refus de croire ce que la majorité pense et croit. Il est facile de prétendre que tout ces gens ont été programmés par les gros mais je vous invite plutôt à analyser correctement mes remarques. Puisque je fait parti des consommateurs qui ne cherche que la qualité/prix comme le font les producteurs. Prouvez nous que ceux-ci applique le même principe d'achat chez-nous comme ils nous invitent à le faire.