Obama en terre promise: une alliance (trop) complaisante?

Des employés s’affairent à installer drapeaux et tapis dans une pièce de la résidence du président israélien Shimon Peres, à Jérusalem, en prévision de la visite du président américain Barack Obama.
Photo: Agence France-Presse (photo) Gali Tibbon Des employés s’affairent à installer drapeaux et tapis dans une pièce de la résidence du président israélien Shimon Peres, à Jérusalem, en prévision de la visite du président américain Barack Obama.

En se rendant en Israël et dans les territoires occupés, le 20 mars, il y effectuera sa première visite en tant que chef d’État. L’absence d’un tel déplacement durant le premier mandat avait été considérée comme un signe de désintérêt, voire d’hostilité, par les Israéliens. En particulier lorsque, en juin 2009, le président américain avait prononcé son discours historique du Caire, sans prendre la peine d’effectuer ensuite un déplacement à Jérusalem. Cette volonté de se tenir à distance s’est aussi traduite dans le style avec lequel Obama a géré la relation bilatérale américano-israélienne. Là comme ailleurs, il a préféré à l’établissement de relations personnelles cordiales, voire amicales, une vision froide, détachée, analytique, des relations internationales. Avec les dirigeants israéliens (et même avec les chefs d’État arabes), il est douteux que cette approche fût la meilleure. En tout cas, il est de notoriété publique que le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, et Barack Obama entretiennent des relations orageuses. Le premier, non sans habileté, n’hésite pas à en jouer. Il a d’autant plus volontiers adopté des positions fermes, voire franchement intransigeantes, par rapport aux demandes de Barack Obama que l’opinion publique israélienne lui en témoignait de la satisfaction. N’est-il pas tout à fait significatif que lorsque Nétanyahou était premier ministre, dans les années 1990, et qu’il croisait le fer avec le président Clinton, il baissait dans les sondages ? Alors que c’est exactement le contraire qui se produit avec Obama : lorsque Nétanyahou lui tient tête, sa cote de popularité monte en flèche en Israël. Ce phénomène n’est pas étranger à la récente victoire du premier ministre aux élections législatives, le 22 janvier 2013, et donc à sa reconduction à son poste.


Un bras de fer


Il est vrai que Nétanyahou semble avoir gagné le premier grand bras de fer avec les États-Unis. Israël s’est opposé mordicus aux conditions posées par le gouvernement Obama à une reprise du processus de paix : le gel de la colonisation israélienne dans les territoires occupés. Il y eut moult accrochages et parfois des camouflets (l’annonce d’un nouveau programme de construction de 1600 logements dans le quartier ultra-orthodoxe de Ramat Shlomo, en périphérie de Jérusalem, alors même que le vice-président Joseph Biden était, en mars 2010, en visite officielle dans l’État hébreu.) À la fin de l’année 2010, le gouvernement Obama, par la voix de la secrétaire d’État Clinton, a d’ailleurs jeté l’éponge, en renonçant purement et simplement à cette condition du gel des colonisations. À l’heure actuelle, le processus de paix israélo-palestinien est donc au point mort. Ce processus devrait pourtant être l’une des priorités du président américain et faire l’objet d’une attention soutenue dans son second mandat.


Car, en dépit des divergences de vues entre Obama et Nétanyahou, l’alliance entre les États-Unis et Israël est plus forte que jamais. Il est important de noter, à cet égard, par-delà la froideur des relations entre chefs d’État, la proximité du président Obama avec Israël, où il s’est rendu deux fois, en 2006 et 2008. Ces deux voyages furent l’occasion pour lui de prononcer des discours très favorables à l’État hébreu (en particulier entérinant la volonté des Israéliens de faire de Jérusalem leur capitale éternelle et indivisible). Surtout, comme le remarquait il y a quelques mois le ministre de la Défense Éhoud Barak, il est difficile de se souvenir d’une période où les États-Unis ont autant pourvu aux besoins de sécurité d’Israël. À l’été 2012, encore, le président Obama a signé le US-Israël Enhanced Security Act. Obama a profité de la signature du texte pour réitérer l’engagement américain de fournir 70 millions de dollars pour l’Iron Dome, le système de protection antimissile dont les Américains ont pourvu Israël. Au total, l’aide américaine à l’État hébreu atteint les 4 milliards $US annuels.


Ce système de protection, représentant à lui seul un milliard d’aide, est lié à l’obtention possible par l’Iran d’une capacité de frappe nucléaire. Cet enjeu constitue sans nul doute le problème le plus épineux de la politique étrangère d’Obama, et l’autre dossier prioritaire qu’il abordera assurément avec Nétanyahou. Celui-ci veut amener le président américain à se commettre clairement sur le moment où les États-Unis déclareront que l’Iran a franchi le « fil rouge » - étant enrichi suffisamment d’uranium pour se doter de l’armement atomique - que le premier ministre a décrit à l’Assemblée générale de l’ONU à l’automne dernier pour justifier le recours à la force contre Téhéran. Obama a d’ailleurs indiqué, à la veille de sa visite, qu’on approche à grands pas de ce « fil rouge » - on y arrivera tout au plus d’ici un an - et qu’il ne se contentera pas d’endiguer l’Iran. Si les risques de guerre demeurent d’une grande acuité, un engagement diplomatique paraît plus que souhaitable pour enrayer ces risques d’une part et pour amener le régime iranien à réaliser la folie de son entreprise d’autre part.


Affermissement des engagements stratégiques des États-Unis envers Israël, désengagement de la gestion du processus de paix israélo-arabe, contentieux sur la question du nucléaire iranien. Sans doute l’heure est-elle venue pour Obama, l’homme qui a fait « pivoter » la politique étrangère américaine vers l’Asie, de la faire « repivoter », vers la cause de la paix au Proche-Orient, cette fois.

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