L’incohérence de Pauline Marois

Madame Marois,


En 2002, vous avez écrit la préface du livre que j’ai publié en collaboration avec le Regroupement des centres de la petite enfance de la Montérégie, soit Des salles d’asile aux centres de la petite enfance. Vous y écriviez ceci : « C’est avec la certitude de poser les premiers jalons d’une série d’initiatives nouvelles au Québec que j’ai présenté à mes collègues du Conseil des ministres, en 1997, la politique familiale. J’avais l’impression qu’en soutenant avec plus de vigueur des parents, en offrant l’universalité du programme éducatif et l’accessibilité aux services de garde à l’enfance à l’ensemble des familles québécoises, nous augmentions le développement de notre nation. […] En se dotant d’une véritable politique familiale, le Québec s’est donc illustré une fois de plus comme une société avant-gardiste aux yeux de plusieurs nations. Je suis d’ailleurs extrêmement fière d’avoir participé à cette réalisation. […] Le Québec peut s’enorgueillir de cette réussite sociale dont les CPE ont été des acteurs essentiels. […] [Ce livre] montre que nous pouvons être fiers des progrès réalisés en faveur de nos jeunes, de nos enfants. »


Le Québec vous doit, sans aucun doute, la création des CPE en 1997. Je suis certaine que dans le cadre de ce projet, vous souhaitiez, pour « nos enfants », un milieu de vie de qualité grâce à des éducatrices formées et conscientes de l’importance du rôle qu’elles ont à jouer auprès des petits qui leur sont confiés. Ces éducatrices appliquent un programme éducatif qui, justement, met l’accent sur l’importance de la qualité dans le processus de leur développement.


Or, votre gouvernement vient d’annoncer des compressions dans les CPE, menaçant ainsi cette qualité souhaitée. Ce que vous imposez aux CPE, c’est de faire des choix. Ils auront à décider où il faudra couper ; dans la nourriture, dans le matériel, dans l’entretien ou encore, dans les conditions de travail des éducatrices ? Il y avait certes d’autres choix, par exemple celui d’indexer les frais de garde de 7 $ à 8 $, au lieu de pénaliser les CPE. Ce dernier choix aurait peut-être eu le désavantage d’irriter momentanément certains parents, mais si on leur avait bien expliqué que la qualité de vie de leurs enfants est en jeu, ils auraient sûrement accepté.


À la suite de ce que les médias ont déterré samedi, je ne peux mesurer l’ampleur de ma déception. J’ai oeuvré dans le milieu de l’éducation à la petite enfance pendant plus de 30 ans, et ce, tant sur le plan de la recherche que sur celui de l’enseignement. Je ne comprends pas votre position actuelle, vous qui avez été le « maître d’oeuvre » de la création des CPE, il semble difficile de croire que vous êtes celle qui leur impose des compressions à ce stade important de leur développement. Je n’y vois pas autre chose qu’une incohérence entre les valeurs que vous aviez, il n’y a pas si longtemps, et les actions que vous posez aujourd’hui. C’est malheureux pour les CPE, pour les éducatrices et surtout pour les enfants.

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Micheline Lalonde-Graton - Sociologue

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