Transcontinental Media - Un contrat de pige immoral

Un des plus importants groupes de presse au Québec, TC Media (Transcontinental), pousse les journalistes, photographes et illustrateurs indépendants vers l’indigence avec son nouveau contrat qui les dépouille des droits d’auteur et des droits moraux sur leurs oeuvres.


L’éditeur de magazines populaires comme Elle Québec et Coup de pouce adopte des pratiques inéquitables à l’égard des pigistes, qui constituent pourtant le principal « actif » des médias. Sans leur apport, de nombreuses publications de niche ne survivraient pas.


À quelques exceptions près, le modèle d’affaires de la presse magazine et hebdomadaire repose en grande partie sur du travail au rabais réalisé par des pigistes dont les tarifs n’ont pas été indexés depuis de nombreuses années. De plus, ces travailleurs autonomes ne jouissent d’aucuns avantages sociaux (Régie des rentes payée en partie par l’employeur, congés de maladie, assurance-emploi, etc.).


TC Media ajoute l’insulte à l’injure en exigeant maintenant de ses collaborateurs qu’ils cèdent en exclusivité leurs droits d’auteur et leurs droits moraux sur leurs articles « pour le monde entier », sans aucune autre compensation, et pour tout type de média… qu’il existe ou qu’il soit un jour inventé !


Par ce contrat, TC Media envoie indirectement le message que la qualité de l’information et le travail journalistique comptent peu dans ses stratégies d’affaires. Les oeuvres des journalistes sont rabaissées au statut de simples marchandises, rachetables et malléables, sans égard à des considérations professionnelles.


En arrachant aux pigistes le droit moral sur leurs textes, TC Media s’arroge la permission de les reproduire, en tout ou en partie, sur n’importe quel support qu’il juge approprié. Concrètement, un texte pourrait être modifié au point d’en dénaturer le sens ou la portée, et revendu à des fins publicitaires sans que l’auteur puisse s’y opposer. Un texte équilibré pourrait devenir son exact contraire une fois charcuté. Des éléments de mise en contexte, essentiels à la compréhension, pourraient être abandonnés, à plus forte raison sur le Web, où les textes longs n’ont pas la cote.


En s’appropriant du droit d’auteur pour toujours, TC Media pourra revendre le contenu de ses journalistes sur de multiples supports, selon la logique de convergence à l’oeuvre dans l’industrie. Un pigiste qui voudrait publier une traduction de son texte dans un média non concurrent, ou l’adapter pour un documentaire à la télévision ne pourra pas le faire. TC Media jouit de tous les droits, achetés à bas prix. Le journaliste ne sera payé qu’une seule fois pour son travail, alors que le groupe pourra tirer tous les bénéfices de ses utilisations subséquentes.

 

TVA Publications aussi


TC Media n’est pas le seul groupe de presse à abuser ainsi du travail des pigistes. En 2009, la FPJQ dénonçait le contrat de TVA Publications (Dernière heure, 7 jours, Clin d’oeil, etc.), une partie de l’empire Québecor, qui reprend essentiellement les mêmes clauses. Par une cruelle ironie du sort, deux des plus grands groupes de presse, engagés dans une farouche bataille, sont d’accord pour adopter les mêmes pratiques à l’égard des pigistes. Ils accordent une bien faible importance à ceux et celles qui permettent à leurs médias d’exister.


Or, l’information de qualité a un prix. TC Media est bien placé pour savoir que si un bon chef d’entreprise a une valeur, un bon journaliste aussi.


La conjoncture économique est difficile pour les médias traditionnels. Ils peinent à retrouver leurs assises dans un monde en mutation. Dans leur inévitable migration vers le Web, ils ne retrouvent pas les lecteurs et les revenus publicitaires au rythme souhaité.


D’autres groupes de presse évoluent pourtant dans le même marché précaire, mais ils ont choisi d’investir dans le journalisme de qualité. Il faut espérer que TC Media et ses semblables empruntent cette voie plus prometteuse, à la fois pour le public et les journalistes. Un premier pas encourageant serait de revoir les bases de ce contrat immoral.


 
2 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 15 mars 2013 10 h 05

    Droits moraux

    Je crois qu'en Europe, les droits moraux sont inaliénables. Mais l'approche nord-américaine permet de tout vendre.

  • France Marcotte - Abonnée 15 mars 2013 19 h 40

    Grave, très grave

    Mais qui s'en soucie?

    Pourquoi cette grave question ne suscite-t-elle pas de commentaires?