Manifestations étudiantes - Histoire d’une colère qui a changé

Photo: Illustration Tiffet

La colère exprimée à travers les manifestations étudiantes a changé depuis le printemps dernier et plusieurs ne comprennent pas cette radicalisation, vue comme illégitime et contre-productive. En effet, la colère n’est plus ce qu’elle était. Vous voulez savoir ce qui a changé ? Savoir pourquoi il y a de la violence dans les rues au lieu de parades et de slogans ?

Le printemps dernier, ma génération s’est rassemblée autour d’une cause : la hausse des droits de scolarité. Cependant, ma génération voyait aussi cette lutte comme une porte d’entrée sur un projet plus global.


De plus, elle voyait ses revendications comme une façon de réveiller les esprits et de les sortir de l’apathie populaire qui enlisait et enlise toujours le Québec dans une crise aussi tranquille que sa seule révolution. Ma génération sentait le vent tourner, voulait qu’il tourne. Elle s’est mise à s’informer et elle a appris qu’elle n’était pas seule dans le monde à vouloir du changement, a appris que les médias ne nous disent pas toujours tout, et que parfois, les policiers préféraient protéger l’ordre social que les étudiants.


Elle a vu une crise européenne dont personne n’entendait parler au TVA de 18 h, sinon en chiffres, alors que chaque semaine, plusieurs centaines de milliers de personnes hurlaient leurs tripes et leurs espoirs par rapport à une récession causée par un système invivable qu’on préfère conserver, faute de courage. Bref, nous avons vu une possibilité de brèche dans le cynisme ambiant et nous avons cru pouvoir l’amener chez nous.


Tout le sens du rouge


Puis, il y a eu des élections et pas plus de volonté de changement qu’avant et ma génération a soudainement réalisé qu’elle ne pourrait pas faire passer son message à travers des parades et des slogans. Elle voulait se battre contre l’idée qu’il est impossible de modifier l’ordre établi et contre un avenir social qui ne semblait pas rose du tout, mais nous nous sommes sentis à court d’outils.


C’est alors que le rouge de colère du carré symbolique a pris tout son sens. Rouge de colère contre une société malade qui hait plus ses étudiants que les porte-étendard de la collusion, rouge de colère contre ceux qui réduisent à néant ce que nous avons, très maladroitement, tenté de construire comme projet social. Rouge de colère et soudainement prêts à détruire plutôt que de se taire, faute d’autres moyens.


Ça vous fait peur ? Imaginez notre peur de voir que notre société n’est même pas prête à faire une place à un mouvement social au départ gorgé de tant de bonnes intentions…


Lorsque sous les cagoules, les vêtements noirs et les balles de neige lancées aux policiers se cachent des étudiants, des professeurs, des parents et des travailleurs pas aussi BS que vous pouvez le penser, il faut se poser la question du bien-fondé de refréner leurs idées et leurs messages. Refuser une tribune à des idéaux qui vont à contresens d’une norme supposément immuable, c’est le signe du déclin d’une démocratie, de beaucoup plus que quelques vitres cassées, et ça ne se répare pas par un vote tous les quatre ans.


Une société malade fait taire ceux qui remettent en cause le système politique et économique, alors qu’une société ouverte, qui a confiance dans les décisions qu’elle prend, écoute et discute.


La mutation de la colère du printemps dernier en quelque chose de plus sombre et de plus désorganisé, c’est un sentiment d’impuissance doublé de la mélancolie de milliers de gens qui se sentent bafoués par une société stoïque et peureuse. C’est une réponse à l’absence d’ouverture, masquée derrière des sommets hypocrites par des politiciens aussi apathiques et intéressés qu’inintéressants.

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40 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 13 mars 2013 00 h 53

    «Sous les cagoules» … lâcheté et/ou confusion ?

    Étant abondamment sur le terrain … sociologique des mouvements sociaux, je ne peux exclure qu’il y ait effectivement quelques étudiants «sous les cagoules», mais il me semble passablement exagéré de prétendre qu’en démasquant les quelques dizaines d’individus cagoulés qui s’infiltrent dans certaines manifestations, on puisse y découvrir «des professeurs, des parents et des travailleurs» ! Ces derniers étaient manifestement présents dans les manifestations de quartiers animées par la musique des casseroles, mais aucunement d’une manière dissimulée !

    En employant l’expression «ma génération», Madame Aube St-Amand ne semble pas réaliser que le monde étudiant, même si une partie “radicalisée” de ce milieu a découvert les émotions fortes de sports urbains prenant forme de confrontations avec la police, cette minorité de futures élites revendiquant un ascenseur social gratuit ne peut légitimement parler au nom de tous les jeunes, y compris de ceux qui ont été exclus de la compétition scolaire dès l’enfance, et qui sont déjà des travailleurs mis à contribution pour le financement de l’éducation !

    Contrairement au mythique récit improvisé par l’auteure, les luttes sociales ne sont pas apparues au Québec au printemps 2012, et il faudrait au moins se rappeler que l’Automne des Indignés a rassemblé en 2011 de nombreux exclus de la société… et du monde scolaire, alors que des travailleuses et travailleurs étaient aussi en lutte dans bien des régions du Québec !

    «Sous les cagoules» … il y a lâcheté d’individus qui prennent les manifestants pacifiques en otage en se dissimulant et en se repliant parmi eux après avoir perpétré leurs exactions, il y a aussi sans doute des esprits confus imprégnés d’une fantasmatique et erratique représentation des processus du changement social.

    Yves Claudé

    • Julien Villeneuve - Inscrit 13 mars 2013 08 h 06

      "il me semble passablement exagéré de prétendre qu’en démasquant les quelques dizaines d’individus cagoulés qui s’infiltrent dans certaines manifestations, on puisse y découvrir «des professeurs, des parents et des travailleurs» "

      Pas assez "abondamment sur le terrain", visiblement, M. Claudé. Et ces gens ne ne s' "infiltrent" pas dans les manifestations, ils y participent... à moins que vous parliez des indicateurs policiers, voire de policiers eux-mêmes?

      J. Villeneuve

    • Louis Aubin - Inscrit 13 mars 2013 08 h 46

      "Émotions fortes, sports urbains, mythique récit, ascenseur social gratuit, lâcheté d’individus qui prennent les manifestants pacifiques en otage"... Belle condescendance de la part d'un "scientifique". Je ne sais pas sur quel terrain, le "sociologue des mouvements sociaux" se promène, mais il suffit pourtant de discuter avec les étudiants et les citoyens pour voir que personne ne manifeste pour le plaisir des émotions fortes...

      Également, il suffit de parler à ceux qui a fait plus de cinq manifestations et ils vous diront majoritairement qu'ils ont été, au moins une fois, protégé de la police par une "manifestant cagoulé" comme vous dites...

      Petit rappel: des "minorités" de 200 000, 300 000, voire 400 000 personnes se sont rassemblées dans les rues l'an dernier. Belle génération !

    • Thomas Sallé Phelippes de La Marnierre - Inscrit 13 mars 2013 09 h 10

      Mon pauvre monsieur, ce n'est pas la première fois que vous le dites, et c'est gentil à vous de croire qu'il n'y a pas d'étudiants parmi les Black Block (dans l'optique de nous défendre ?), mais la réalité est probablement plus complexe. Oui, certains des étudiants anarchistes croient que ces tactiques-là sont la chose à faire contre un système inflexible, et ces gens-là peuvent être très civilisés dans la vie de tous les jours, quand ils ne sont pas cagoulés. C'est vrai qu'il est possible qu'il y ait aussi des gens engagés par la police voire même des policiers lors des cassages de vitres, mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a personne dans le monde étudiant qui choisisse ce mode d'action. Je connais des gens très "civilisés" qui ont choisi de faire parti d'un Black Block à ceraines occasions, mais pas à toutes. En fait, le niveau de colère détermine la mobilisation que pourra obtenir un Black Block en formation...

      Vous êtes socilogue ? N'oubliez pas que vous êtes un scientifique, et bien qu'il soit possible de faire quelques analyses de votre tour d'ivoire, il faut quand même que vous receuillez des données empiriques. Allez donc faire des entrevues de ces gens dans les Black Block au lieu de faire des suppositions, c'est scientifique comme approche, non ?

      Par ailleurs, le Printemps érable est aussi un mouvement qui appartient à la lignée des Indignés. C'est le même phénomène, les mêmes maux, les mêmes revendications. Il n'y a pas lieu d'en exclure le Printemps érable ; il fait partie de ce contexte mondial ! Le Printemps érable ne s'est jamais limité qu'aux frais de scolarité, et ce ne sont pas les frais qui ont été notre vrai moteur pour être aussi tenaces pendant six mois. Ce sont plutôt nos valeurs, nos déceptions, nos espoirs, ce que l'on veut faire du monde ; et ça, c'est l'esprit de l'Indignation. On l'A sans doute peut dit, mais nous étions aussi des Indignés.

    • Jacques Boulanger - Inscrit 13 mars 2013 09 h 30

      Les cagoules ne m’ont jamais donné de belles images, à commencer par celle du bourreau sur l’échafaud ou celles du KKK ou celles de ces combattants égorgeant leurs otages. Les grands révolutionnaires (j’allais dire les vrais) l’ont toujours été à visage découvert, souvent cachés mais jamais cagoulés. Il y a là comme une maladresse, une antithèse, quelque chose comme de contre-révolutionnaire ...

    • Simon Chamberland - Inscrit 13 mars 2013 16 h 06

      @Louis Aubin : belle condescendance d'un scientifique dites-vous ? M. Claudé est sociologue, ce qui n'a rien à voir avec la science.

    • Thomas Sallé Phelippes de La Marnierre - Inscrit 13 mars 2013 20 h 22

      La sociologie peut être de la science, s'agit juste de voir comment on en fait. Ce n'est pas acquis qu'une discipline scientifique quelconque soit de la science, il faut vérifier si les critères de scientificité sont respectés. Aussi, un sociologue peut donner son avis personnel d'après son travail scientifique, mais ça ne veut pas dire que ses commentaires sont automatiquement scientifiques ou basés sur des faits scientifiques...

    • Charles Boissonneault - Inscrit 16 mars 2013 17 h 27

      Je suis un activiste depuis plusieurs années et bien que pour des raisons personnelles je ne puisse pas me permettre d'être judiciarisé et que j'agis donc toujours de manière pacifique, j'ai vu maintes et mantes fois le black block protéger les manifestant-e-s pacifiques contres les charges policières, agir comme soutien médical de première ligne, empêcher des arrestations illégitimes de manifestant-e-s pacifiques. Plus souvent encore, j'ai vu la police frapper à qui mieux mieux dans des manifestations ou personne n'était masqué et ou des enfants et des personnes agées étaient présentes et ce, sans aucune forme d'actions criminelles de la part des manifestant-e-s. De plus je réitère ce qui a été dit plus tôt au sujet du black block... vous n'êtes pas très présent dans les manifestations si vous pensez qu'il ne s'agit que de jeunes. J'y ai reconnu maintes fois des travailleurs et travailleuses passé la quarantaine. Quant à la radicalisation et sa généralisation dans notre génération, le Service de Protection des Vitrines de Montréal lui-même la réalise et commence même à faire le lien entre leur répression et la radicalisation qui s'ensuit. Et l'argument des plus démagogues que les manifestations radicales sont simplement "un sport extrême urbain", vosu l'empruntez à Ian Lafrennière, propagandiste en chef desdits protecteurs de vitrines, ce qui devrait suffire à en disqualifier la teneur intellectuelle.

  • Denis Marseille - Inscrit 13 mars 2013 06 h 18

    société stoïque et peureuse!

    Désolé de vous contredire mais cette société dont vous faites partie n'est pas stoïque. Elle est blasée. Ce n'est pas la même chose. Et votre ennemi n'est pas la société; c'est l'état et un systême qui ne profite qu'aux profiteurs, aux voleurs et fraudeurs de tout accabit et j'en ai honte.

    Je viens d'un milieu pauvre et ce que je possède présentement, je l'ai gagné à la sueur de mon front. Il serait dommage que ,pour vous venger, vous le détruisiez. Choisissez vos cibles, car la population des gens ordinaires n'acceptera pas de se faire coincés entre un état qui les saigne à blanc et une jeunesse en mal de sensations fortes.

    • Gilles Goulet - Inscrit 13 mars 2013 07 h 30

      Très bien dit.

    • Yvan Guay - Abonné 13 mars 2013 08 h 34

      Quel mépris, au contraire. Une jeunesse en mal de sensations fortes? C'est à celà que vous réduisez tout un mouvement caractérisé par la richesse de ses idées, la diversité de ses activistes et la noblesse de ses idéaux? N'êtes-vous pas tanné de faire rimer "ordinaire" avec "médiocre"? N'êtes-vous pas tanné de vous faire voler votre humanité par une poignée de riches? Êtes-vous petit au point de ne vous attaquer qu'à plus opprimé que vous?
      J'approche la cinquantaine et je ne possède que très peu. Mais je m'identifie d'avantage au "nous" inclusif du mouvement étudiant, qu'à cette espèce de classe "ordinaire" qui se pose en victime et qui déverse son fiel sur ses enfants.

    • Thomas Sallé Phelippes de La Marnierre - Inscrit 13 mars 2013 09 h 17

      Désolé, mais comme société, c'est une société certes blasée, mais également peureuse. Quand les gens ont plus peur des étudiants que de la mafia, y'a un maudit problème. Décidément, la vieillesse sied mal aux gens : ils ont peur des gens qui ont vraiment le potentiel de changer quoi que ce soit. Au lieu d'avoir peur des étudiants qui font certes un peu désordre, mais qui ont plus plus de pouvoir que vosu en tant que citoyens, vosu devriez cherchez les causes de la déchéance du monde, qui se trouvent en amont : ils y a des gens qui vous volent et vous les laissez faire !

      Les étudiants ne se sont jamais battus contre la société, bien que souvent, cette dernière lui donne bien des raisons de désespérer. Les gens qui "détruisent" n'ont jamais cherché à "voler" la veuve et l'orphelin, juste les salauds les plus patents, comme les banques ou certains ammuseurs publics qui font de la désinformation de masse...

    • Frederick Soucy - Inscrit 13 mars 2013 09 h 20

      M. Marseille, croyez-vous être le seul à venir d'un milieu pauvre et à avoir gagné ce que vous possédez à la sueur de votre front ?

      Ne pensez-vous pas que certains jeunes sont exactement dans la même situation que vous, c'est-à-dire dans la crainte de voir ce qu'ils sont à même de construire se faire détruire par la logique d'une gouvernance malhonnête qui refuse d'entendre ce que les "électeurs" ont à dire ?

      Choississez vos cibles, dites-vous. Pourquoi ne pas en proposer une cible ? Et par le fait même montrer votre solidarité envers un mouvement qui partage votre honte, qui critique à voix haute ce que vous dénoncez chaque jour dans les pages virtuelles du devoir.com ?

      Malgré ce que pense la Très-Haute autorité M. Claudé, il n'y a pas que les travailleurs qui contribuent à financer le système universitaire. L'égalité des taux d'impôsition ne serait-elle pas une bien meilleure avenue, au lieu de refiler la facture à ceux qui ont moins de moyens ? Et ce ne sont pas tous lesdits travailleurs qui ont été exclus dès l'enfance du système scolaire, soit disant par "compétition". L'argent a dès un jeune âge un pouvoir de persuasion dont les effets se perçoivent dans le taux de décrochage scolaire. D'ailleurs, qu'est-ce que la compétition scolaire ? Est-ce de répondre aux exigences des évaluations ? Ou bien est-ce de s'afficher avec tel style vestimentaire, de s'inscrire à tel sport parascolaire et de respecter les convenances de l'ordre des "plus riches" ?

      Parler des étudiants en termes de "futurs privilégiés", c'est nier la persévérance avec laquelle certain-e-s étudiant-e-s réussissent à conjuguer la performance dans leurs études au travail qui démarre leur autonomie, afin d'éviter l'endettement à cet âge déterminant de leur vie.

      La différence entre nos générations, c'est que nous refusons précisément de se faire coincer. Notre cri est un appel à tous les cyniques qui se résignent à ces modèles d'État et de système.

      Décoincez-vous ! Vous n'êtes pas

    • Vanessa Massera - Inscrite 13 mars 2013 09 h 42

      En mal de sensations fortes?!

      Qu'on vienne me dire que les étudiants sont EN MAL de sensations fortes! Par exemple ceux qui subissent coup sur coup, simples miroirs de cette société, oui stoïque, parce que plus que blasée, elle reste froide d'indifférence devant la violence la plus trash, quand, même après des dizaines de défigurés, quand même cette réalité est acceptée, et que cette dite société non seulement reste froide, mais entretient une haine, une violence envers ces étudiants, oui la société est stoïque.

      Ce n'est pas l'État seul qui agit, c'est la société qui consentit, et qui lui donne raison. L'étudiant ne cherche pas à se compromettre pour le plaisir d'un danger irrationnel. 400 000 personnes dans la ruee, c'est pas un mal de sensations fortes, ni une pulsion destructrice d'hérétique.

    • Solange Bolduc - Inscrite 13 mars 2013 10 h 36

      Vous exprimez très bien ce qu'il faut dire ! Merci.

    • Solange Bolduc - Inscrite 13 mars 2013 10 h 53

      @ M. Soucy

      Je ne sais exactement quelle est exactement vous la portée de ce que vous affirmez :" L'argent a dès un jeune âge un pouvoir de persuasion dont les effets se perçoivent dans le taux de décrochage scolaire. D'ailleurs, qu'est-ce que la compétition scolaire ? Est-ce de répondre aux exigences des évaluations ? Ou bien est-ce de s'afficher avec tel style vestimentaire, de s'inscrire à tel sport parascolaire et de respecter les convenances de l'ordre des "plus riches" ? "

      Il y a tout cela, et j'ajouterais que dans les années '70' les marxistes-léninistes, maoïstes, féministes., etc, avaient un style vestimentaire qui répondait exactement à ce qu'il désirait afficher: Tous dans UN !

      L'habit fait souvent le moine ? Chez les jeunes manifestants du printemps érable, ce sont les idées qui se sont emparées du moine ! La représentation symbolique comme le carré rouge n'a rien de bien différent des autres époques, la forme change, les idées se bousculent ou se fixent à un moment donné !

    • Michaël Lessard - Abonné 13 mars 2013 17 h 49

      @Denis Marseille Vous écrivez « Et votre ennemi n'est pas la société; c'est l'état et un systême qui ne profite qu'aux profiteurs »

      L'État et le système, de mon point de vue, c'est nous, c'est la société, ce sont les êtres humains qui l'appuient, y participent et le composent. Je ne dis pas que votre analyse est fausse, mais j'ai toujours trouvé particulier de blâmer des concepts abstraits, comme le « système », au lieu de blâmer les comportements et attitudes des gens, de la société qui accepte et profite. Il y a certes un système, mais les vices des gens qui défendent leurs propres intérêts et avantages, au détriment des intérêts des autres, sont un problème humain plutôt qu'un simple problème de superstructure étatique.

      « L'État », ce monstre pointé par mes ami-es anarchistes, est en réalité notre société à mon avis. L'État est une « communauté » ayant un parlement élu, mais l'ensemble de ses fautes, injustices et mensonges sont en réalité le fruit des êtres humains qui le composent. Oui, il y a l'endoctrinement, des structures et des lois qui placent les gens en catégorie ou un contre l'autre, mais même dans une société idéale il y aurait une forme « d'état », de parlement fédéré (réellement démocratique dans une version idéale), des associations politiques similaires à des partis, tout comme il y a toujours une économie par définition (en tant que système d'échange entre les gens).

      Si les chroniqueurs populistes qui promeuvent des idées néolibérales et conservatrices, et font de la diffamation au sujet des mouvements sociaux de gauche, sont aussi populaires, c'est la faute des gens qui appuient et aiment leurs idées. Nous avons des conflits liés à « nos natures » humaines et je crains que la superstructure étatique puisse disparaître sans que cela change nos conflits, nos égoïsmes, notre crédulité, notre tendance à défendre uniquement nos propres intérêts sans grand effort d'empathie.

    • Frederick Soucy - Inscrit 14 mars 2013 11 h 32

      @ Mme. Bolduc

      Peut-etre vous surprendrais-je en vous disant que j'aie fait la greve avec fierté du 13 février au 12 septembre sans jamais arborer le fameux carré rouge.

      Je demeure amer de cette greve bien que je sois content d'avoir vu partir Charest et cie.

      L'autocritique est souvent absent chez ceux qui croient avoir raison, les "carrés rouge" n'y échappent pas.

  • Olivier Vachon - Inscrit 13 mars 2013 08 h 39

    Les bases fondamentales du mouvement et non des médias.

    Merci pour cet article, je me suis identifié à cet article et j'aimerais que l'auteure sache qu'après la lecture de cet article j'ai donné ma copie papier à quelqu'un qui était assis à côté de moi dans le métro.

    Aussi, merci au devoir d'offrir cette tribune quotidienne qui m'accroche chaque jour.
    Bonne journée

  • Cyril Dionne - Abonné 13 mars 2013 08 h 47

    Les étudiants des cégeps sont perçus comme des étudiants du secondaire en Ontario. Comme pour les étudiants du secondaire de l'Ontario, les frais de scolarité sont gratuits (ou presque gratuit) pour ceux qui fréquentent les cégeps et on se demande quelles sont les revendications qui peuvent émanées de ces étudiants alors que leurs études sont payées par les autres.

    Nos révolutionnaies en herbe ne comprennent pas que pour changer une société, il faut que eux aussi fassent les sacrifices que bien des gens font tout en contribuant de façon positive au bien de la société. Détruire est toujours plus facile que construire.

    • Frederick Soucy - Inscrit 13 mars 2013 10 h 31

      M. Dionne, est-ce que l'idée de n'avoir que trois paliers d'impôsition est une bonne façon de faire comprendre à TOUS les citoyens que TOUS les citoyens doivent contribuer de façon positive au bien de la société ?

      Lorsque les "plus riches" auront compris leur part de sacrifice, on pourra critiquer ceux qui ne gagnent qu'en moyenne 12500$ par année. Entre temps, sortez votre tête de vos préjugés tout faits tout machouillés, considérez donc la part que "vous" payez en guise de subventions aux entreprises privées et essayez de faire la preuve que les jeunes ne font pas de sacrifices. Ensuite, vous vanterez les vertus du oui-oui penché devant les décisions politiques fallacieuses.

      Par ailleurs, nommez-moi donc une école secondaire en Ontario qui offre des programmes de formation technique ? Pourquoi les entreprises privées qui bénéficient de ces étudiants ne paieraient-elles pas elles aussi leur "juste part" ?

      Ceux qui se contentent de faire la haie en herbe ne comprennent que pour changer une société, il faut mettre un terme à La collusion et à la corruption, qui elles aussi étaient "payée par les autres"...

    • Cyril Dionne - Abonné 13 mars 2013 12 h 34

      @ M. Soucy,

      Tous les secondaires en Ontario offrent des cours techniques afin que les élèves qui ont choisi de se lancer dans un métier peuvent peaufiner les apprentissage. Après leur secondaire, ces élèves peuvent parfaire leur formation avec l'employeur qui les a embauché afin de décrocher leur "licence" dans leur métier choisi.

      J'ai fait mes études postsecondaires en Ontario où les frais de scolarité sont trois fois plus élevés qu'au Québec. Je travaillais à plein temps et je faisais mes études à temps partiel. Aussi, je me sentais choyé de n'avoir qu'à payer 30 pour cent de mes études. Le reste était assumé par des gens dont la plupart ne pourront jamais parvenir à une formation universitaire pour quelqu'en soit les raisons.

      C'est très naïf de penser qu'on n'a qu'à faire payer les riches et les entreprises pour subventionner le système éducatif. Les riches vont partir ainsi que les entreprises si le taux de taxation n'est pas compétitif avec les autres provinces, pays. Et alors, qui paiera pour tout cela?

    • Thomas Sallé Phelippes de La Marnierre - Inscrit 13 mars 2013 20 h 35

      Arrêtez de céder aux menaces des riches, vous acceptez de vous plier à tous leurs caprices, de vous mettre à plat-ventre pour qu'ils s'essuient les pieds sur vous ! Les exemples de pays qui n'ont pas eu peur de directement obliger les riches à contribuer à leur juste part abondent : par exemple, les pays de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques. Ces pays sont parvenus à faire des progrès incroyables, et non, ils ne se sont pas vidés de leurs entreprises.

    • Cyril Dionne - Abonné 14 mars 2013 01 h 05

      @ Thomas Sallé...

      Le revenu moyen par habitant de ces pays que vous mentionnez ne dépasse guère les 2 600$ par année. Je ne pense pas que ces pays peuvent payer la gratuité scolaire avec des institutions de la même qualité que de çeux qu'on retrouve ici.

      Ce serait peut être le temps à tous ces étudiants de ce trouver un emploi et de payer des impôts et des taxes comme tout autre citoyen. Et après, on serait plus enclin à vous écoutez. On en a souper des revendications étudiantes qui émanent d'une petite minorité des départements des sciences molles qui se retrouveront, plus souvent qu'autrement, à faire la ligne dans les bureaux de l'assurance chômage très bientôt.

    • Cloé Massé - Inscrit 14 mars 2013 09 h 31

      "Ce serait peut être le temps à tous ces étudiants de ce trouver un emploi "...
      Je suis présentement aux études à temps plein, avec mes 15 crédits à l'Université. Ce qui signifie pour moi 30h de cours par semaine, sans compter les études à la maison, le transport et tout le reste. Contrairement à ce que vous pensez, je travaille également, mais il m'est impossible de faire une quantité suffisante d'heures au travail pour me permettre de payer la totalité de mes études, au prix du moment. Je suis d'avis qu'investir dans l'éducation est investir dans la société car la personne instruite rapportera beaucoup plus à la société que la personne qui ne l'est pas.

      De plus, je ne sais pas ce que vous considérez comme "sciences molles", mais j'étudie à la Polytechnique en génie Mécanique, et je suis en accord avec les revendications des étudiants, et un bon nombre de mes collègues le sont également.

    • Frederick Soucy - Inscrit 14 mars 2013 11 h 27

      "Ce serait peut être le temps à tous ces étudiants de ce trouver un emploi et de payer des impôts et des taxes comme tout autre citoyen. Et après, on serait plus enclin à vous écoutez."

      Vous savez qu'au Québec, le salaire moyen des étudiants est de 12500$ ? Et vous voudriez qu'ils paient leur part d'impots ?

      Pourquoi refusez-vous que les entreprises fassent exactement la meme chose ?

      Ce qui est naif, c'est de croire qu'une partie de la population (les étudiants) puisse payer ce que le tout de la population (l'État et ses contribuables) ne peut pas soit disant payer.

      Par ailleurs, selon votre logique, on se demande quelle genre de critique constructive peut venir d'un quelqu'un qui n'a jamais fréquenté un Cégep...

      Faites-nous la preuve que vous n'avez pas de préjugés, ensuite on vous prendra au sérieux.

  • Suzanne Bettez - Abonnée 13 mars 2013 08 h 56

    L'alouette en colère...

    Il faut réentendre l'Alouette en colère de Félix Leclerc. En si peu de mots, exprimer ce que l'impuissance et l'abrutissement font émerger chez l'humain, c'est de l'intelligence dans sa plus éclairante expression.

    Je vous entends ce matin, Aube. Merci d'avoir pris le temps de nous écrire.

    Suzanne Bettez
    Abonnée

    • Jacques Patenaude - Abonné 13 mars 2013 09 h 46

      C'est vrai que les étudiants n'ont pas tout gagné dans cette bataille. Mais si ça les a ouvert au monde et au besoin de s'impliquer politiquement ça sera la plus grande victoire du printemps érable. Pour le reste souhaitons qu'ils apprennent que s'impliquer politiquement pour le changement ça ne se fait pas l'espace d'un printemps.