Anglais intensif - La dévolution aux conseils d’établissement est raisonnable et pertinente

Ainsi, la ministre de l’Éducation, Mme Marie Malavoy, entend confier au conseil de chaque établissement de chaque école la décision d’implanter ou non un programme d’anglais intensif en 6e année du primaire. Cette décision apparaît raisonnable et pertinente.

Sur le plan des principes d’organisation pédagogique, elle s’inscrit dans un mouvement international largement répandu : la décentralisation est préférable à la centralisation, en vue, notamment, de favoriser la réussite scolaire. Du reste, la décision est conforme à l’esprit de la Loi sur l’instruction publique de 1997 adoptée sous l’impulsion de Pauline Marois, à l’époque ministre de l’Éducation.


Sur le plan pratique, cette mesure n’est pas une totale innovation. En effet, depuis au moins 30 ans, les commissions scolaires anglophones ont implanté dans leurs écoles divers modèles d’immersion française. Elles n’ont pas attendu pour ce faire une quelconque décision de Québec. Elles ont agi de leur propre chef, en accordant un rôle prépondérant aux parents comme le confirme le régime pédagogique : « [pour] l’élève admis à recevoir l’enseignement en anglais, le français comme langue d’enseignement pour d’autres matières que le français, langue seconde, peut être utilisé, avec l’autorisation des parents ».


La nouveauté tient cette fois au fait de confier aux conseils d’établissement la décision d’implanter ou non un programme d’enseignement intensif de l’anglais dans les écoles françaises ou, précisait Mme Malavoy, de choisir « d’autres moyens adaptés à chaque milieu scolaire ».

 

Un beau risque !


Cette délégation aux conseils d’établissement constitue un « beau risque ». En effet, ceux-ci sont composés en parts égales de parents et de membres du personnel de l’école, majoritairement des enseignants. Cela suppose que les uns et les autres s’entendent au moins sur le principe. Or, à cet égard, les signaux envoyés ces derniers jours par les syndicats d’enseignants, autant ceux de la Fédération des syndicats de l’enseignement de la CSQ que de la Fédération autonome de l’enseignement, ne sont guère rassurants. Les premiers invoquent la « pression inacceptable » qui est faite sur les enseignants, les seconds disent leur « profonde insatisfaction » à l’égard de « cette mesure douteuse ».


Certes, les enseignants et enseignantes qui siègent aux conseils d’établissement agissent à titre de professionnels. Mais on a déjà vu ces professionnels se muter en syndicalistes sous la dictée de leurs instances centrales. Les conseils d’établissement peuvent être boycottés et cela s’est déjà fait.


Aussi, la ministre de l’Éducation devra proposer les modifications à la Loi sur l’instruction publique pour s’assurer de sa clarté. Surtout, les responsabilités professionnelles sur le plan pédagogique, tant des directions que des enseignants, devront être précisées. Les dispositions actuelles de la loi touchant les « projets pédagogiques particuliers » dont on s’est apparemment servi pour implanter les expériences actuelles ne sont pas particulièrement lumineuses.


Certes, il n’appartient pas aux syndicats de dicter au gouvernement ses politiques. Mais il est parfaitement légitime qu’ils fassent valoir leur point de vue d’autant qu’ils sont les premiers concernés par leur application. Aussi, il vaut mieux que tous les acteurs concernés soient sur la même longueur d’onde. Pour l’heure, les violons sont manifestement mal accordés.


Frontières ouvertes


Les communiqués syndicaux de la semaine dernière invoquent diverses craintes. Au premier chef, il y a celle, en filigrane, de la peur de l’assimilation à laquelle « la course au bilinguisme » ouvrirait la porte. On invoque encore la fragilité du français au Québec, ou le sort des élèves en difficulté d’apprentissage.


Fondées ou non, ces craintes n’entament pas la volonté obstinée et constante des parents que leurs enfants apprennent l’anglais. La Fédération des comités de parents du Québec s’en est fait une fois de plus leur porte-parole. Elle a applaudi à la décision de la ministre. Et elle a raison.


Le français serait-il, à l’intérieur de ses frontières, la langue optimale du travail du commerce et des affaires, ces frontières sont ouvertes. Chaque heure, des milliers de Québécoises et de Québécois la traversent physiquement ou virtuellement. Cela va du camionneur qui ramène une cargaison de la Californie au scientifique qui, de son bureau, partage ou accède à des informations avec des collègues partout dans le monde, en passant par l’industriel beauceron qui vend ses produits en Caroline ou ailleurs. Les parents dont l’enfant est en 6e année ne connaissent pas son avenir et ils veulent qu’il soit le mieux équipé possible pour y faire face.


Les réponses à leur requête ont ces 25 dernières années donné lieu à diverses formules plus ou moins efficaces, et plutôt moins que plus. Mais l’expérimentation fructueuse de l’enseignement intensif de l’anglais a fini par rallier les décideurs. Dorénavant, les trois partis politiques sont d’accord avec la formule, tout en divergeant d’avis sur la manière de l’implanter. Il y avait un choix politique à faire et il est fait. Et il apparaît raisonnable. Il faut en prendre acte.


Cependant, l’objection touchant les enfants en difficulté d’apprentissage semble, à première vue, très sérieuse. Mais l’expérience du lac Saint-Jean donne à penser qu’elle est mal fondée. Du reste, au nom de la même objection, on devrait interdire les classes d’accueil françaises aux enfants allophones ayant des difficultés d’apprentissage ! L’Association québécoise des troubles d’apprentissage (AQETA) est d’ailleurs intervenue la semaine dernière. « Il n’est pas souhaitable dans notre société québécoise actuelle que la formule devienne élitiste, a déclaré son président, Jean-Louis Tousignant. Freiner l’accès aux élèves en difficulté par des mesures de sélection revient à créer deux classes d’élèves. Ce serait une atteinte à l’accès à l’éducation. Il s’agit d’une question d’équité. Tous les élèves doivent y être admis. Nous allons y veiller. »


D’autre part, le gouvernement actuel a raison de renforcer sa politique sur la langue de travail en voulant soumettre les entreprises de 25 à 49 employés à des programmes de francisation. Dommage que le PLQ et la CAQ s’arc-boutent. La dignité d’un peuple passe par la possibilité réelle de vivre et travailler dans sa langue à l’intérieur de ses frontières. Elle est d’une valeur qui justifie le prix à payer et qui n’est certainement pas déraisonnable.

3 commentaires
  • Frédéric Lacroix - Inscrit 13 mars 2013 08 h 47

    Un "beau risque"?

    Anglais intensif au primaire : l’illusion du choix
    08 mars 2013
    Frédéric Lacroix

    Le gouvernement vient d’annoncer sa décision concernant le programme d’anglais intensif au primaire. Il faut d’abord comprendre que cette annonce n’en est pas une : les conseils d’établissement (CE) avaient déjà le pouvoir de refuser l’implantation du programme et, en ce sens, le programme n’a jamais été « obligatoire ».

    Voici ce qui est dit à l’article 74 de la Loi sur l’instruction publique (L.I.P). : « Le conseil d'établissement analyse la situation […]. Sur la base de cette analyse et en tenant compte du plan stratégique de la commission scolaire, il adopte le projet éducatif de l'école, […]. »

    Notons que si le CE est appelé à voter l’implantation du programme ou non, la L.I.P. ne prévoit cependant pas qu’il élabore un projet éducatif comme semble le suggérer la Ministre Malavoy. Un CE en a-t-il d’abord la compétence?

    Notons également que la L.I.P. prévoit que le CE doit « tenir compte du plan stratégique de la commission scolaire » dans ses décisions. Simultanément à l’annonce de « l’assouplissement » du programme d’anglais intensif, le gouvernement annonce un nouvel objectif pédagogique touchant l’anglais à l’école française qui se lit ainsi : « être capables de se faire comprendre facilement par un interlocuteur anglophone en s’exprimant avec aisance et de le comprendre sans difficulté ».

    L’école française se doit donc maintenant de produire des élèves parfaitement bilingues… Voilà la seule nouveauté de cette annonce et elle est de taille. Le bilinguisme qui devra donc dorénavant faire partie du plan stratégique de chaque commission scolaire dont les CE devront tenir compte dans leurs décisions.

    En adoptant ce nouvel objectif pédagogique, le gouvernement se trouve donc à parler des deux côtés de la bouche : d’un côté il annonce un « assouplissement » qui n’en est pas un et de l’autre, il met en place un cadre qui fera en sorte que l’anglais intensif au primai

  • Laurent Desbois - Inscrit 13 mars 2013 09 h 13

    L’assimilation c’est insidieux. C’est comme le cancer!!!!

    C’est quoi l’assimilation ? Les conséquences du mensonge à Trudeau-Durham !

    Moi, je suis un réfugié du Canada... J'ai fuis le génocide de l'assimilation!

    Il y a quarante ans, c’est pour cela que je suis venu vivre au Québec ! J’étais tanné de vivre en chialant tout les jours dans ce beau Canada et de voir ma belle famille s’assimiler et se faire bafouiller ! Je voulais juste être normal!

    Je dois malheureusement vous dire que le Québec ressemble de plus en plus à ce que j’ai quitté et cela m’attriste et me fait peur.

    L’assimilation c’est insidieux. C’est comme le cancer. Des fois quand on finit par le faire diagnostiquer, c’est déjà trop tard et même, la médecine de cheval ne suffit pas toujours !

    Quelques-uns des nôtres voudraient faire du peuple canadien-français un peuple bilingue. Que nous serions puissants, dit-on, si tous les Canadiens-français parlaient également bien l’anglais et le français ! Prenons-y garde ! C’est un piège qu’on nous tend ; un piège doré, peut-être, mais un piège tout de même. Connaissez-vous beaucoup de peuples bilingues ? Pour moi, je n’en connais aucun. Je connais, par exemple, un peuple qui a perdu sa langue nationale, parce qu’on lui a fait apprendre, de force une autre langue. N’allons pas, de notre plein gré, tenter une expérience aussi dangereuse.

  • Michel Pagé - Inscrit 13 mars 2013 10 h 35

    Pourquoi il fallait rejeter le programme d'anglais intensif du PLQ

    Monsieur JP Proulx,
    et lecteurs,

    Je partage une partie de votre analyse, mais je porte des réserves quant aux vertus de la dynamique des CE. On ne saurait sur le plan pédagogique introduire un programme universel de cette ampleur sans que l'évaluation ne soit complète et ne décrive les conditions particulières qui en limitent la généralisation..
    Puis-je proposer la référence suivante:
    puis-je proposer la lecture de la courte brochure: PROPOSITION DE RECHANGE AU PROGRAMME PROJETÉ D’ANGLAIS INTENSIF EN SIXIÈME ANNÉE. ISBN 978-2-9812205-3-0. Coop UQAM et librairie UMTL

    On y introduit une stratégie pédagogique que certaines écoles (primaires ou secondaires) pourraIent choisir à titre de projet éducatif facultatif de langue.. il ouvre à la fois à une introduction à des langues romanes, à un vocabulaire latino-anglais et à une consolidation des assises de la langue commune et de cohésion sociale, le français…

    Le MELS devrait proposer ce genre de projet éducatif constructif et équilibré à certaines écoles ou commissions scolaires.
    Bien votre