Pour la Coalition pour l’histoire

Depuis maintenant cinq ans, les étudiants et les enseignants au secondaire sont soumis aux nouveaux programmes d'histoire suite au renouveau pédagogique. Force est d'admettre l'échec de ceux-ci.

D'abord, pour bien comprendre les cours actuels, il faut voir ce qui se faisait avant 2008. Le étudiants de 3ème secondaire faisaient de la géographie du Québec et du Canada. Puis, ils étudiaient l'histoire du Québec et du Canada. En voyant la géographie en 3ème secondaire, les jeunes pouvaient facilement repérer sur une carte les principales régions, villes, cours d'eau etc. Puis, ils pouvaient voir les acteurs et les évènements de l'histoire de 1534 à aujourd'hui.
 

Maintenant, les jeunes n'ont plus de géographie québécoise et canadienne. Cette matière s'est fondue dans les cours d'histoire. En 3ème secondaire, les jeunes reprennent l'ancien cours d'histoire de 4ème secondaire avec plusieurs rajouts (les sociétés dites d’ailleurs, le questionnement au début de chaque chapitre puis des sujets des débats sur des enjeux actuels en fin de chapitre.)


Puis, en 4ème secondaire, ils revoient pratiquement les mêmes contenus qu'en 3ème secondaire mais sous forme de thèmes (population, économie, pouvoir et culture, avec les mêmes ajouts qu’en 3ème secondaire). C'est à la fin de cette année qu'ils seront évalués. Pour réussir son diplôme d'études secondaires, l'élève doit réussir ce cours.


Source de démotivation


Le premier constat d'échec réside dans les contenus des deux cours décrits ci-haut. L'élève de 4ème secondaire a l'impression de vivre le jour de la marmotte. Pour lui, il revit les mêmes cours, les mêmes contenus que l'année précédente. Il y a une redondance qui démotive les jeunes. Ceux-ci en viennent à ne pas apprécier ses cours d'histoire. Ils ont hâte d'en finir car ils ont l'impression qu'ils perdent leur temps.


Pour les enseignants, motiver les jeunes à son cours d'histoire de 4ème secondaire relève d'un tour de force car ils se butent à la fameuse phrase: "On l'a vu l'an passé!"


La solution est simple: pourquoi ne pas faire de l'histoire chronologique sur deux ans? En 3ème secondaire, les jeunes pourraient prendre connaissance de la géographie de notre territoire. Puis, voir les contenus de 1534 jusqu'à 1840 par exemple. Cette matière serait donc vraiment adaptée à ce niveau d'étude. En 4ème secondaire, les jeunes verraient la suite où ils leur seraient plus faciles de développer leur pensée critique. Certains enseignants ont compris et ils existent des écoles qui, avec l'accord tacite de leur direction, ont divisé le programme en ce sens.


Trop concentré


Le deuxième constat d'échec est la lourdeur du cours de 3ème secondaire. Je connais très peu d'enseignants en histoire qui réussissent à faire faire tout le programme à leurs élèves. Force est de constater que peu de jeunes voient la Révolution tranquille durant cette année d'études. S'ils connaissent bien Jean Talon ou Louis Joseph Papineau (et encore..), ils ne connaissent pas du tout René Lévesque, Robert Bourassa ou Pierre-E Trudeau. Pour eux, l'histoire se termine avec Maurice Duplessis.


Cette lourdeur ne peut que s'accentuer d'année en année. Comment voulez-vous que le jeune puisse développer sa pensée critique s'il ne connait que peu d'évènements, de faits des 50 dernières années de l'histoire du Québec? La solution est la même que déjà mentionné: il faut scinder le programme d'histoire en deux parties.


On me dira que les jeunes qui se dirigeront dans une voie d'études dite professionnelles ne verront pas le cours d'histoire du 4ème secondaire. Il ne faut pas se leurrer, cela ne toucherait que 5% des jeunes. Pourquoi pénaliser les autres 95% dans les cours actuels, si répétitifs?


Absence du débat national


Finalement, le troisieme constat d'échec réside dans l'absence du débat national et de ses nombreux et différents points de vue. En ayant voulu acculter cette partie importante de notre histoire, les concepteurs du programme ont raté une façon incroyable d'articuler la fameuse pensée critique aux élèves. Il ne faut pas se cacher, c'est sur ce genre de sujets que les discussions sont les plus intéressantes pour les jeunes et qui rendent leur cours d'histoire plus signifiant.


Une chose est certaine, bon nombre d'enseignants d'histoire au secondaire souhaitent que les changements ci-haut mentionnés se produisent pour renchausser cette matière qui a perdu beaucoup de son lustre au cours des dernières années.


 
3 commentaires
  • Jean Boucher - Inscrit 12 mars 2013 13 h 41

    Enfin du concret

    « Pour les enseignants, motiver les jeunes à son cours d'histoire de 4ème secondaire relève d'un tour de force car ils se butent à la fameuse phrase: "On l'a vu l'an passé!"»

    Bravo pour votre intervention. Il y a encore beaucoup de travail pour des didacticiens davantage compréhensifs et conciliants.

  • Isabelle Aubertin - Inscrite 12 mars 2013 14 h 56

    Rendre un cours d'histoire intéressant.

    J'aime la dernière partie de votre lettre car elle me rappel comment le débat national a complètement été évacué de nos cours d'histoire. Bien étrange puisqu'il représente un des points majeures de notre histoire autant récente que antérieure.

    Je n'ai pas retenu grand chose de mes cours d'histoire du secondaire, enseignés de manière déintéressée et désintéressante comme une suite chronologique d'évênements sans grande importance et utile seulement si on veut obtenir la note de passage.

    Pas étonnant que nos jeunes (et moins jeunes) ne connaisse pas leur histoire. Peut-être que j'ai eu de mauvais profs d'histoire mais je crois comme la coalition qu'un peu d'histoire nationale aiderait grandement nos jeunes (et leur profs !) a s'intéressé à leurs histoire.

  • Pierre-Antoine Millette - Inscrit 13 mars 2013 13 h 22

    Ancien élève

    En tant qu’ancien élève de celui qui signe cet article, j’appuie fortement les propos qu’il écrit. Il est un excellent enseignant. Il est le genre de professeur qui te donne le goût d’aller et de suivre son cours. Avec mon plus jeune frère, j’ai vu comment la réforme désavantageait les générations futures. Comme s’il lui manquait des connaissances autant en géographie qu’en histoire. Pour comprendre notre territoire dans lequel on vit, on doit bien sûr connaitre son histoire. La géographie et l’histoire sont deux disciplines des sciences humaines qui sont souvent réunies en un que l’on appelle univers social. La géographie ne consiste pas juste à savoir les capitales des pays du monde et l’histoire ne consiste pas à savoir par cœur en quelle année telle ou telle chose est arrivée. En espérant que les prochaines réformes seront mieux étudiées et que leurs impacts seront mieux évalués pour que les prochaines générations puissent connaitre un peu mieux leur histoire et leur territoire.