Une action légitime, nécessaire et urgente

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	L’enseignement de l’histoire culturelle, économique et sociale, bien sûr, mais aussi de l’histoire politique, est une condition de la vitalité démocratique d’une nation. Ci-dessus: l’incendie du Parlement du Canada-Uni à Montréal, en 1849.</div>
Photo: Musée McCord
L’enseignement de l’histoire culturelle, économique et sociale, bien sûr, mais aussi de l’histoire politique, est une condition de la vitalité démocratique d’une nation. Ci-dessus: l’incendie du Parlement du Canada-Uni à Montréal, en 1849.

Composée de nombreuses associations oeuvrant dans divers domaines, la Coalition pour l’histoire n’est pas un « clan », mais un regroupement sans affiliation politique d’hommes et de femmes soucieux du bien commun, qui croient à l’importance pour les jeunes Québécois d’avoir accès à un enseignement de l’histoire de qualité, particulièrement de l’histoire du Québec.

Les dizaines de milliers de Québécoises et de Québécois et les centaines de professeurs d’histoire qui sont membres de nos associations ne sont pas des comploteurs qui veulent « endoctriner les jeunes » au service d’une cause politique. Pas plus que les 6300 signataires d’une pétition déposée à l’Assemblée nationale du Québec en février 2012 demandant au gouvernement de revaloriser l’enseignement de l’histoire du Québec. Pas plus que les 52 % de Québécois (59 % des francophones) qui, selon un sondage réalisé par Léger Marketing en mars 2012, se disent insatisfaits de l’enseignement de l’histoire du Québec dans le réseau scolaire. Pas plus que les 50 personnalités, dont Claude Béland, Lucien Bouchard, Fernand Daoust, Rock Demers, René Derouin, Richard Desjardins, Joseph Facal, Denise Filiatrault, Micheline Lachance, Jean-Paul L’Allier, Bernard Landry, Alexis Martin, Jacques Parizeau, Pierre Karl Péladeau, Hélène Pelletier-Baillargeon, Yann Perreau, Denise Robert et Julie Snyder, qui ont lancé un appel public en ce sens en mai dernier.

Une préoccupation légitime

L’exigence touchant la revalorisation de l’enseignement de l’histoire, particulièrement de l’histoire du Québec, dans notre système d’éducation, ne tombe pas du ciel. Elle repose sur trois études rigoureuses, menées par la Coalition pour l’histoire entre 2010 et 2012, qui démontrent que cet enseignement souffre indéniablement de graves lacunes : insuffisance de la formation des futurs enseignants d’histoire au secondaire, effacement des événements majeurs et des figures marquantes de notre histoire nationale dans les programmes (de l’avis même de 63 % des enseignants d’histoire au secondaire), quasi-disparition de l’offre de cours en histoire du Québec au niveau collégial (moins de 5 % des étudiants suivent un cours d’histoire du Québec), histoire politique du Québec de plus en plus négligée dans l’enseignement et la recherche universitaire.

Au vu de cette réalité, n’est-il pas légitime de s’inquiéter quand on croit que l’enseignement de l’histoire, de l’histoire culturelle, économique et sociale, bien sûr, mais aussi et tout autant de l’histoire politique, est une condition de la vitalité démocratique d’une nation ? Il n’y a pas de honte à enseigner l’histoire de sa nation. Bien sûr de façon non partisane. Bien entendu en exposant les diverses interprétations. Évidemment en développant la pensée critique chez les jeunes.

Sans connaissance adéquate de notre histoire nationale, de notre héritage collectif, comment les jeunes générations peuvent-elles exercer en toute connaissance de cause leurs droits et devoirs de citoyens ? Comment les enfants des nouveaux arrivants peuvent-ils s’intégrer pleinement à leur société d’accueil ?

Une action nécessaire et urgente

Dans son programme adopté à son congrès de 2011, le Parti québécois a repris à son compte les principales propositions de la Coalition pour l’histoire. Nous aurions souhaité que tous les partis en fassent autant. La première ministre, Mme Pauline Marois, s’est engagée publiquement, avant, pendant et après la dernière campagne électorale, à agir pour revaloriser l’enseignement de l’histoire du Québec dans nos écoles, cégeps et universités. Six mois après son élection, n’est-il pas temps que le nouveau gouvernement, manifestant une volonté et un courage politiques assumés, pose des gestes concrets pour atteindre cet objectif dans les meilleurs délais ?

S’agissant du programme au secondaire, il faut réparer le gâchis du programme de 2006 qui avait été énormément critiqué.

Critiqué pour sa structure : rappelons que pour un même contenu, le cours de 3e secondaire est chronologique alors que celui de 4e secondaire est thématique, ce qui donne lieu à de nombreuses redites et répétitions dont se plaignent les enseignants et les élèves. Nous croyons qu’il faudrait rétablir la structure chronologique et ainsi approfondir les contenus.

Critiqué aussi pour son contenu, qualifié par plusieurs d’« histoire javellisée » : des événements aussi fondamentaux que la fondation de la Nouvelle-France, la Conquête, les Rébellions, les conscriptions, la Révolution tranquille, les référendums sur l’avenir politique du Québec étaient soit minimisés, soit dépouillés de leur sens politique.

Nous comprenons tout à fait qu’une réforme du programme d’histoire au secondaire ne peut être concoctée sur un coin de table ou en catimini. C’est un dossier sensible, qui nécessite de larges consultations. Mais les objectifs du présent gouvernement doivent être clairs et précis. S’il souhaite que les grands événements de notre histoire politique soient mieux enseignés, le gouvernement doit agir en conséquence. Confier ce mandat à ceux qui ont été à l’origine du fiasco de 2006 ne nous mènera nulle part. La ministre ne doit pas perdre la maîtrise du processus, garder le cap sur les engagements de son parti et répondre ainsi aux attentes de la population.

***
 

Éric Bédard - Historien et professeur (TELUQ), Robert Comeau - Historien et porte-parole de la Coalition pour l’histoire, Pierre Graveline - Directeur général de la Fondation Lionel-Groulx et Gilles Laporte - Historien et président du Mouvement national des Québécoises et Québécois

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27 commentaires
  • Claude Jean - Inscrit 9 mars 2013 04 h 55

    Citation sur l'histoire


    Un peuple qui n'enseigne pas son histoire est un peuple qui perd son identité

    François Mitterrand

  • Yves Capuano - Inscrit 9 mars 2013 06 h 07

    Réveillez-vous Madame Marois !!!!!


    Qu'est-ce que c'est la gouvernance souverainiste du PQ au juste ?

    Est-ce que c'est de détruire notre industrie nucléaire québécoise et affaiblir une de nos régions au nom de la religion verte et d'une pseudo rigueur budgétaire comptable de cours terme alors que vous enfoncez Hydro-Québec dans le rouge avec l'éolien?

    Est-ce que c'est de couper les investissements dans notre développement économique de long terme en vous dépêchant de couper dans nos nouvelles autoroutes pourtant essentielles au développement économique du Québec ? Nos régions sont isolées et elles étouffent écononomiquement. La côte nord a besoin d'un pont à Tadoussac, la Beauce pourrait être une superbe région économique si elle était reliée à Trois-Rivières et à Montréal, l'outaouais est encore mal reliée au reste du Québec et à Montréal. Montréal est en train de s'écrouler dans la corruption et aucun projet majeur n'est annoncé pour décongestionné Montréal. Regardez une carte géographique du Québec sur google Madame vous allez en avoir des idées de développement en quelques minutes...

    Votre gouvernance souverainiste Madame, est-ce que c'est être trop lâche de rendre le cégep obligatoire en français aux immigrants pendant que Montréal s'anglicise alors que votre "ministre des anglais" s'ingénue à créer une nouvelle langue montréalaise avec son slogan débile "Notre home" ? C'est ça votre respect de la langue française?

    Au lieu d'envoyer des fonctionnaires insignifiants embêter les restaurants avec des consignes ridicules de couvrir les pitons "on et off" sur les poêles, pourriez-vous vous assurez que ces mêmes restaurateurs et que les dépanneurs répondent en français à leurs clients ? Savez-vous c'est quoi le problème de l'anglicisation à Montréal ? Vous n'avez pas l'air de le comprendre dans votre tour d'ivoire à Québec et de votre château sur l'ïle Bizzard à entendre les consignes que vous donnez à l'OLF. Faire rire de nous de cette façon en Amérique du nord n'est rien pour n

    • Jean-François Trottier - Abonné 9 mars 2013 10 h 42

      Qu'est-ce que c'est la ruade à tout prix M. Capuano ?
      Il n'y a pas d'industrie nucléaire au Québec. Pas du tout, zéro. Le nucléaire est important là où il est nécessaire que je sache et ce n'est pas le cas ici. Allez en parler aux Japonais, vous verrez leurs poils se hérisser. Par contre le vent est excellent dans cette région du globe et personne n'a suggéré qu'Hydro devrait être exclus de l'éolien. Bizarre!
      Regardez plutôt ce gouvernement précédent qui a posé des mines partout quand il a vu qu'il allait perdre le pouvoir, dont cette étude tue sur la nécessité de fermer Gentilly ainsi que les consignes données à l'OLF expressément pour créer un "pastagate", un "offgate" ou n'importe quoi d'aussi juteux. TOUS les cas qui sortent maintnenant datent d'avant septembre 2012, combien de fois faudra-t-il le répéter ?
      Après 5 milliards promis par les libéraux juste avant de déclencher des élections ainsi que des finances plus qu'amochées, des obtacles posés sciemment pour obliger le gouvernement actuel à encore plus de valse-hésitation, qu'avez-vous à parler de développement à long terme ? Dix ans de gabegie et 12 moins pour réparer le pire, on ne peut s'atendre avec un gouvernement minoritare qu'à des débats hors la sueur et les larmes. L'un de ceux-ci consiste à créer enfin un vrai dialogue entre anglos et francos et ce malgré la triste mauvaise foi des premiers... qui devront bien un jour arriver à une certaine maturité politique un de ces jours, on le leur souhaite.
      Le sujet ici porte sur l'enseignement de l'histoire, pas sur la gouvernance... pour votre gouverne. Il semble que vos manques de ce point de vue soient grands si l'on en juge par votre lecture de l'actualité. Mais peut-être était-ce le but de votre mot ? Démontrer le résultat d'un regard sans analyse balisée.
      Je ne suis pas partisan de Marois pour plusieurs raisons. Celles que vous nommez ici en tout cas ne portent nulle part et faussent la réalité.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 9 mars 2013 06 h 09

    Corrompre les jeunes esprits

    Bien sûr, il faut laisser le bon peuple dans l’ignorance. Il est tellement plus facile ainsi à gouverner. Non mieux, il faut l’enseigner mais à côté. Amener l’étudiant à se poser des questions mais pas les bonnes. Convaincre les bons Québécois qu’en 1763, le Canada a changé de régime et amener ainsi les bons Québécois à « célébrer » la défaite des Plaines d’Abraham, à évacuer le fait français au 400e de Québec, etc. Enseigner aux Québécois la honte de leurs origines, le mépris de soi-même. Voilà le tour de force.

  • Claude Jean - Inscrit 9 mars 2013 06 h 51

    « Pierre Le Moyne d’Iberville (1706-2006) et l'histoire du Québec

    Parlant de l'importance de notre histoire nationale:

    « Pierre Le Moyne d’Iberville (1706-2006) : trois siècles à hue et à dia »

    Bernard Andrès
    Les Cahiers des dix , n° 60, 2006, p. 79-101.

    http://www.erudit.org/revue/cdd/2006/v/n60/045768a

    Matières à réflexions!


    « Un peuple qui ne connait son passé est un peuple amnésique »

    Jacques Lacoursière

  • Michel Gagnon - Inscrit 9 mars 2013 08 h 47

    Théorie du complot?????

    Mais que peut-il bien y avoir de répréhensible dans ce texte de ces historiens? Plusieurs (des fédéralistes bien entendu) parlent d'un complot pour promouvoir la souveraineté. Est-ce à dire que ces gens craignent qu'une meilleure connaissance de notre Histoire risque d'amener davantage de citoyens vers la souveraineté?
    Ces gens cherchent-ils à camoufler leur propre complot aboutissant à la réforme de l'enseignement de l'Histoire de 2006, ramenant un certain obscurantisme (cher à Duplessis et à l'Église catholique) d'avant la Révolution Tranquille?
    C'est à partir du moment où le Québec a failli réaliser son rêve d'Indépendance en 1995 (c'était fait n'eût été la fraude fédéraliste) que les fédéralistes ont ciblé, entre autres, l'enseignement de l'Histoire. Ils ont agi en conséquence aussitôt qu'ils en ont eu la chance, en 2006. Ça aussi, ça devrait faire partie de l'enseignement de l'Histoire, contemporaine, du Québec. Les jeunes et les nouveaux arrivants ont le droit de savoir.

    • Marc Provencher - Inscrit 9 mars 2013 13 h 28

      @ M. Gagnon : «Plusieurs (des fédéralistes bien entendu) parlent d'un complot pour promouvoir la souveraineté.»

      Oui M. Gagnon, il arrive que des gens de mon "camp" (j'ai voté Non en 1995) imaginent des complots séparatisses.

      Historiquement, les explications conspirationnelles de ce que fait l'adversaire, si elles existaient déjà chez certains esprits délirants de part et d'autre, se multiplient dans les deux camps à la faveur de la polarisation qui suit le référendum de 1995: alors, toute attaque contre l'hystérie des militants fédéralistes est liquidée comme "séparatisse" ou "jouant le jeu des séparatisses", le tout aux cris de "pis les séparatisses, eux autres, ils sont pas hystériques, peut-être !?" ; et toute attaque contre l'hystérie des militants séparatistes est liquidée comme "fédéralisse" ou "jouant le jeu des fédéralisses", le tout aux cris de "pis les fédéralisses, eux autres, ils sont pas hystériques, peut-être !?". Tel était le mécanisme de la polarisation post-1995, qui nous a donné, d'une part, l'odieuse stratégie de l'élection référendaire et de l'autre, l'immonde stratégie grand-serbe du partitionnisme.

      Imaginer des intentions secrètes et ténébreuses là où il n'y a que bêtise et aveuglement partisan, c'est un trait typique de la classe militante - fédéraliste ou séparatiste peu importe. Car pour ces gens-là, la stupide défense "j'étais de bonne foi" est une idole sacrée et donc, il faut absolument que l'explication se trouve ailleurs. C'est typique du « benêt de bonne foi, figure comique et meurtrière qui a son piédestal dans l'histoire nationale... »

      «...Je ne croyais pas, je n'imaginais pas, je ne prévoyais pas, je ne m'y attendais pas, répètent-ils, candides, au milieu des ruines fumantes où rôdent chacals et vautours. On perçoit parfois une nuance de supériorité dans leurs accents inébranblables, comme s'il y avait un quelconque mérite à ignorer la part obscure de l'Homme.» (Fruttero/Lucentini, 'La prédominance du crétin').

    • Jacques Boulanger - Inscrit 10 mars 2013 08 h 27

      Élever le niveau de conscience d’un peuple est déjà en soi un appel à la révolte et pour certains, un complot qui mène inexorablement à la sédition. Si le mouton savait que ce long corridor le conduit à l’étal du boucher, croyez-vous qu’il se laisserait facilement égorger ? Occulter l’enseignement de l’histoire, c’est assurer la paix et l’acceptation lente et docile de notre disparition.

    • Laurent Desbois - Inscrit 10 mars 2013 09 h 20

      Au fil des ans, j’ai identifié certaines caractéristiques des fédéralistes au Québec ou du Canada :

      • Ils refusent de parler de l’histoire du Canada.
      • Ils disent que les choses vont bien au Québec, mais refusent de parler de la condition des francophones hors-Québec.
      • Ils évitent et refusent de répondre à des questions précises sur ces sujets.


      « Je n’ai jamais compris pourquoi le nationalisme "canadian" de Pierre Trudeau était plus valable ou plus défendable que mon nationalisme québécois. Je n’ai jamais compris pourquoi le Canada devait être séparé des autres pays du monde pendant que le Québec devait, d’autorité, rester attaché au Canada. » Pierre Bourgault

    • Marc Provencher - Inscrit 10 mars 2013 11 h 18

      @ P. Bourgault : «Je n’ai jamais compris pourquoi le nationalisme "canadian" de Pierre Trudeau était plus valable ou plus défendable que mon nationalisme québécois.»

      Moi qui suis fédéraliste, s'il y a une seule phrase de Bourgault avec laquelle je suis d'accord, c'est bien celle-là !

      Comme l'avait compris Carlo Sforza : «La guerre de 1939 aura montré même aux plus aveugles à quel point il est insensé et dangereux de substituer exclusivement l'idée abstraite de Nation à la réalité de la vie sociale.»

      Que ce soit à l'échelle du Canada ou à l'échelle du Québec que l'on substitue l'idée abstraite de Nation à la réalité de la vie sociale, je m'en tape : il s'agit toujours de l'ennemi nationaliste, qu'il soit personnifié par Trudeau dans un cas ou par Bourgault dans l'autre.

      L'antinationalisme affiché par d'innombrables fédéralistes est évidemment une fraude, mais la fraude involontaire de benêts de bonne foi qui ne se voient pas aller, et non ourdie en secret par des conspirateurs à monocle et balafre.

      Comment ne pas rire, en effet, de supposés pourfendeurs du nationalisme qui croient dur comme fer à la "one nation" et au "nation building", de soi-disant dénonciateurs du fascisme qui croient dur comme fer à la fabrication d'une identité nationale depuis les hauteurs de l'État, de prétendus antiracistes qui croient dur comme fer aux races ?

      Comte Sforza : «Le nationalisme n'est pas seulement la contrefaçon et la caricature du patriotisme, mais à proprement parler son antithèse même.»

      Antithèse, voilà. Depuis la polarisation de l'après-1995, je suis donc un partisan du patriotisme antinationaliste, une position puisée à la meilleure source de l'antifascisme d'inspiration risorgimentale, et qui permet de penser soit l'unité de notre fédération (et pas "nation"), soit l'indépendance de notre patrie (et pas "nation") tout en luttant sans merci contre le nationalisme aux deux échelles.

      Cela dit, je ne confond pas nationalités et nationalismes.