Financement de l’enseignement supérieur - Pour un chantier post-sommet sur la gratuité

Maurice Duplessis condamnait la gratuité scolaire, qu’il qualifiait de « danger ». La FTQ est d’avis qu’il faut l’étudier en profondeur.
Photo: Archives La Presse canadienne Maurice Duplessis condamnait la gratuité scolaire, qu’il qualifiait de « danger ». La FTQ est d’avis qu’il faut l’étudier en profondeur.

À l’automne 1958, Roger Provost, alors président de la FTQ, s’attirait les foudres du premier ministre, Maurice Duplessis, pour avoir défendu publiquement l’idée de la gratuité scolaire. « C’est un mythe, un leurre, un danger », disait Duplessis dans sa charge contre la gratuité qu’il qualifiait de « condamnée et condamnable ».


Pourtant, à peine quelques années plus tard, le gouvernement Lesage créait un ministère de l’Éducation publique et instaurait la gratuité scolaire jusqu’au niveau collégial, ainsi qu’un gel permanent des droits de scolarité universitaires. Une politique, on l’oublie trop facilement, qui a fortement contribué à accélérer le développement économique du Québec.


Comme le rappelait récemment Jacques Parizeau, la gratuité n’est pas un mythe. À la FTQ, nous pensons effectivement que l’accès à l’éducation est un droit que l’ensemble des citoyens et citoyennes, et notamment les plus démunis, devraient pouvoir exercer du préscolaire à l’université, et ce, tout au long de leur vie.

 

Débats éludés


Malheureusement, plusieurs des débats nécessaires n’ont pu être faits pendant les rencontres préparatoires au sommet. Précipitation ? Encombrement de sujets et polarisation des débats ? Retenons que le débat sur la gratuité scolaire, sur ses modalités d’application, son fonctionnement optimal, ses coûts et ses implications, fait partie de ceux-là. D’où la nécessité d’avoir des discussions éclairées. Nous proposons la mise sur pied d’un chantier de travail post-sommet sur la question de la gratuité.


Nous osons croire par ailleurs que le présent sommet saura définir clairement une politique nationale de l’accès aux études, posant en premier les principes sous-jacents à une telle politique et définissant par la suite les règles d’accessibilité aux études. Il sera alors temps de parler de gel, d’indexation ou de gratuité, voire de l’aide financière aux études et des crédits d’impôt.


Ce sommet devrait être l’occasion d’aborder des questions incontournables, comme la qualité de l’enseignement et de la recherche, la gouvernance et le financement des universités, la contribution des établissements d’enseignement à l’essor du Québec. Mais le retour trop précipité au déficit zéro en restreint fortement les possibilités et nous le déplorons, car cela tend à limiter les débats actuels.


Voilà pourquoi nous pensons que le ministre Pierre Duchesne aura contribué à résoudre la crise sociale créée par le gouvernement précédent s’il décide d’opter pour une formule incluant des chantiers de travail de plusieurs mois se concluant par une deuxième rencontre au sommet.

***
 

Michel Arsenault et Daniel Boyer - Président et Secrétaire général, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)


 
8 commentaires
  • Jean Brunet - Inscrit 25 février 2013 04 h 18

    Opinion

    De la gratuité â la construction en passant par un fonds de solidarité payés par des travailleurs pour le bénéfice des mafieux???

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 25 février 2013 08 h 30

    Sujets connexes

    Il faudra alors aborder les sujets qui entourent nécessairement l'idée de gratuité: la dévalorisation des diplômes, l'influence des syndicats d'enseignants qui refusent depuis des lustres, pour des raisons idéologiques (plus de jobs) l'idée même de sélection comme en Finlande, la qualité du corps professoral, l'employabilité des diplômés, etc.
    Donc, il ne faudrait surtout pas confier la gestion d'un tel débat aux élites syndicales du Québec, qui veulent qu'on leur assure une vaste clientèle et le plus grand nombre d'emplois possibles.

    • Jacques Beaudry - Inscrit 25 février 2013 14 h 20

      C'est du délire

  • Louis Maxime - Inscrit 25 février 2013 08 h 51

    Idée Positive

    Une idée franchement positive !

  • Solange Bolduc - Inscrite 25 février 2013 11 h 13

    Ce n'est sûrement pas aux syndicats que revient la tâche de régler ce problème, malgré leurs bonnes idées ou intentions !

    "Un chantier de travail post-sommet sur la question de la gratuité" m'apparaît un très bonne idée, à condition que le gouvernement ne se précipite pas sur des solutions accessoires au lieu de prendre le temps de travailler sur l'essentiel : comment en arriver à une politique nationale sur l'accessibilité aux études sans endetter les étudiants et surtout ceux qui n'ont pas les moyens de payer pour des études avancées, et surtout qui en ont le talent !

    Il importe de prendre le temps nécessaire de bien faire les choses en ne se précipitant pas sur un réglement accessoire, mais en misant sur des solutions permanentes qui feront avancer la société en instaurant l'accès aux études supérieures pour tous!

    L'accessibilité aux études est vraiment le noeud du problème. Mais quelles seront les conditions acceptables pour accéder à des études universitaires, mêmes collégiales ?

    Comment allons-nous identifier, au mérite, ceux et celles qui auront accès aux plus hautes sphères du savoir, sans risquer d'en perdre quelques-uns en chemin, et qui auraient le talent de le faire ?

    Accepter un étudiant à l'université, cela devrait vouloir dire qu'il a déjà fait la preuve de la solidité de son curriculum scolaire, que ses intentions d'étudier sont claires, ce qui répondrait à une certaine logique de la gratuité. Autrement, ce serait comme de jeter de l'argent par les fenêtres.

    Et je ne crois pas que c'est aux syndicats que revient la tâche de régler ce problème, malgré leurs bonnes idées ou intentions !

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 25 février 2013 12 h 02

    Gratuité avec des balises

    Bonne idèe que ce chantier post-sommet. La gratuité vaut la peine d’être examinée dans ses coûts et bénéfices.

    Comme dans les pays scandinaves où l’éducation est gratuite à tous les niveaux, pour moi, la vraie solution à court, moyen et surtout long terme est la gratuité scolaire pour tous les Québécois , ce qui serait un gage de notre développement futur.

    Cependant, des balises doivent être mises en place :

    1.- Les critères d'admission dans les programmes doivent être justes mais non laxistes.
    2.- Le nombre d'années pour terminer un programme doit être raisonnablement limité.
    3.- En entreprenant ses études, l'étudiant s'engage à rembourser à l'État le vrai coût de ses études s'il quitte le Québec avant d'y avoir travaillé un certain nombre d'années, au prorata du nombre d'années.
    4.- Les frais de scolarité devraient être la totalité des coûts réels de cette scolarité pour les non-résidents qui viennent ici profiter de notre système pour s'en aller ailleurs ensuite.

    • Jacques Patenaude - Abonné 25 février 2013 13 h 16

      que fait-on des adultes qui étudient à l'université à temps partiel? la gratuité? les critères d'admission?