Sommet sur l’enseignement supérieur - Pour la gratuité scolaire en cinq ans

Les porte-parole de Québec solidaire (dont Françoise David, ci-dessus) croient qu’une taxe sur le capital versé par les sociétés financières pourrait financer la gratuité scolaire d’ici cinq ans.
Photo: - Le Devoir Les porte-parole de Québec solidaire (dont Françoise David, ci-dessus) croient qu’une taxe sur le capital versé par les sociétés financières pourrait financer la gratuité scolaire d’ici cinq ans.

Jacques Parizeau l’a répété : la gratuité scolaire est possible et souhaitable. Le gouvernement péquiste rétorque que c’est une utopie. Sans autre argument que celui, persistant ces temps-ci, de « l’état des finances publiques ». Mais qui, sinon ce gouvernement a décidé d’atteindre l’équilibre budgétaire aussi vite qu’en 2014, sans doute parce qu’il est pénétré de la même angoisse fiscale que ses amis des milieux d’affaires ?


Selon Jacynthe Côté, p.-d.g. de la multinationale Rio Tinto, le financement des universités est l’affaire de tous : « Le gouvernement ne peut pas y arriver tout seul. Les parents ne peuvent pas y arriver tous seuls. Il va falloir qu’on fasse tous un pas, et qu’on mette tous un dollar dans le plat. » Mme Côté a fait cette déclaration lors d’un forum récent réunissant recteurs et gens d’affaires à Montréal. Réaction des gens d’affaires, à commencer par le Conseil du patronat : les entreprises sont bien assez taxées au Québec, pas question de mettre un sou de plus nulle part. Les représentants des milieux d’affaires utilisent un argument massue : les principaux bénéficiaires de l’éducation universitaire doivent en assumer les coûts.


Mais alors, qui sont les principaux bénéficiaires de la formation donnée dans les cégeps et les universités ? À notre avis : la collectivité québécoise et les entreprises. La collectivité, parce qu’un peuple éduqué est un peuple qui se donne des outils précieux pour se déployer socialement, culturellement, économiquement. Les entreprises, parce qu’elles embauchent une main-d’oeuvre qualifiée, professionnelle, à la fine pointe des savoirs modernes.


Des exemples ? Bombardier et Pratt et Whitney disposent d’un bassin d’employés compétents formés à l’école nationale d’aérotechnique. Rio Tinto, Fer et Titane, à Sorel, recrute des étudiants diplômés en technique de génie mécanique industriel. Les facultés de génie minier, de foresterie, d’océanographie forment des spécialistes que les entreprises embaucheront avec bonheur !


Parlons d’éducation


On parle beaucoup des universités ces temps-ci. Mais il faudrait d’abord se pencher sur le sort de tous les jeunes qui décrochent avant la fin du secondaire. Et surtout, agir ! Ne plus tolérer qu’à l’école publique on doive relocaliser des enfants malades de moisissures dans les murs. Abolir progressivement les subventions aux écoles privées et concentrer nos efforts collectifs sur l’école publique en y injectant les ressources financières nécessaires.


Penser ensuite aux études collégiales malmenées par des coupes indécentes ces dernières années. Il nous faut maintenir la présence des cégeps dans toutes les régions du Québec. Ils ont un rayonnement qui va bien au-delà des cours donnés dans l’institution. Ils sont des pôles culturels et communautaires. Certains disent : « Il n’y a qu’au Québec que nous trouvons des cégeps ! » C’est vrai… et pourquoi pas ? D’habitude, nous ne craignons pas d’être différents du reste du Canada !


L’université, maintenant. S’il y a un effet positif à la préparation du Sommet sur l’enseignement supérieur, c’est bien d’avoir permis des débats fondamentaux : qu’est-ce que l’université, quelle est sa mission, à qui appartient-elle et qui doit en assumer les coûts ?


À Québec solidaire nous croyons que l’université doit assurer une solide formation disciplinaire tout en valorisant l’enseignement des connaissances de culture générale et le développement d’une citoyenneté critique et libre ; de même, elle doit soutenir une recherche de pointe pour alimenter le foisonnement scientifique, culturel, social, démocratique et économique du Québec de demain.


En clair : il faut réinvestir intelligemment dans l’université. Dans l’ouverture de postes de professeurs - auxquels auront accès les chargés de cours - dans les services éducatifs comme les services d’accompagnement et d’encadrement pédagogiques, dans les ressources matérielles et didactiques telles que les bibliothèques et la recherche publique au bénéfice de la collectivité. Il est tout aussi impératif de contrer la précarité de trop nombreux chargés de cours en leur assurant des conditions de travail décentes


Cette université mieux financée doit-elle rendre des comptes à l’État ? Sans aucun doute. Voilà pourquoi nous appuyons la proposition d’une commission d’évaluation et de coordination des universités du Québec. Cette instance assurerait la transparence de la gestion des fonds universitaires, garantirait des choix rationnels dans l’organisation de la formation sur le territoire et, surtout, serait constituée de membres appartenant majoritairement à la communauté universitaire (professeurs, chargés de cours et étudiants) et de personnes issues de la société québécoise. Son rôle : faire des recommandations au ministre qui aurait à trancher dans le meilleur intérêt de la collectivité.

 

Une université publique financée par des fonds publics


Qui doit payer pour les universités ? À Québec solidaire, notre lit est fait depuis 2008 : l’État. Le gouvernement du Québec devrait instaurer de nouveaux seuils d’imposition pour les plus riches (souvent anciens universitaires !) et une taxation accrue des entreprises, en particulier dans le monde de la finance. Québec solidaire propose que toute l’éducation soit gratuite, de la maternelle à l’université. D’autres pays assez semblables au nôtre ont instauré la gratuité des études universitaires, évitant ainsi d’endetter les jeunes générations. Comment y arriver ?


Il y a moins d’un an, nous proposions déjà une diminution progressive des droits de scolarité universitaires par la réinstauration de la taxe sur le capital versé par les sociétés financières. Un taux de base de 0,08 % rapporterait 608 millions de dollars. Si on y ajoutait la réintroduction de la défunte taxe sur les gains en capital et en dividende, c’est 400 millions de plus que nous irions chercher. Avec un milliard de dollars en argent frais chaque année, on peut arriver à la gratuité scolaire en cinq ans.


Un gel immédiat des droits de scolarité est donc la seule option recevable pour Québec solidaire dans le cadre du Sommet qui approche. Avec l’objectif clair de nous rendre à la gratuité scolaire en cinq ans.


Une question de justice


Depuis la Révolution tranquille, le Québec s’enorgueillit, à juste titre, d’avoir permis à des dizaines de milliers de jeunes d’entrer au cégep ou à l’université. Encore aujourd’hui, plusieurs universités accueillent des étudiantes et étudiants qui sont les premiers, dans leur famille, à avoir accès à des études supérieures. Ne gâchons pas cette réussite par cette idée très néolibérale que les étudiantes et étudiants sont simplement des clients à qui l’on vend un investissement dans une carrière. Ce qui en conduit plusieurs à proposer des droits de scolarité élevés et donc, un frein à l’accès à l’université en même temps qu’un endettement accru des jeunes. Pour nous, à Québec solidaire, cela est irrecevable.


Toute une jeunesse réclame de s’instruire pour contribuer magnifiquement à une société que nous voulons capable de réussites dans tous les domaines. Cette jeunesse-là, nous l’avons vue mobilisée et enthousiaste lors d’un printemps qui reste dans toutes les mémoires. Le Québec et surtout ses représentants politiques ont le devoir de répondre à ses aspirations.

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Françoise David et André Frappier - Porte-parole de Québec solidaire

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