Publicité d'Éduc'alcool - Une incitation à la modération ou à la consommation?

Lorsque Éduc’alcool me dit à grand renfort de publicité que les hommes ne doivent pas boire plus de trois consommations par jour et un maximum de quinze par semaine tandis qu’une femme ne doit pas boire plus de deux consommations par jour ou un maximum de dix par semaine, je me demande sérieusement si cet organisme, qui prône la modération, ne me donne pas l’occasion de justifier une consommation régulière d’alcool.


Âgé de 77 ans, depuis plusieurs années, je bois « avec modération » assez régulièrement les normes « suggérées » par Éduc’alcool, soit quelque 15 consommations par semaine, et j’ai beaucoup de difficulté à me défaire de cette dépendance.


C’est en voulant me libérer de cette dépendance de boire ma quinzaine de consommations par semaine que j’ai réalisé comment la publicité d’Éduc’alcool ne faisait que me justifier dans cette néfaste habitude en me répétant que boire une couple de consommations par jour était boire « avec modération ».


Je ne me considère pas comme un AA (alcoolique anonyme), mais plutôt comme un AM, « alcoolique modéré », ou encore un AF, « alcoolique fonctionnel ». Bien que je sois en excellente forme pour mon âge (excellente pression, beaucoup de sport), j’ai réalisé que boire mes quinze consommations par semaine de façon assez régulière nuisait de plus en plus à mon excellente forme physique et mentale ; de plus, j’ai aussi réalisé que je donnais à la SAQ et aux brasseries un minimum d’environ 2500 $ annuellement.


Ce qui m’a amené à penser que si la publicité d’Éduc’alcool réussit à inciter seulement un ou deux % de la population à boire chaque semaine « avec modération », les recettes pour la SAQ, le gouvernement et l’industrie des boissons alcooliques en général doivent être bonnes. Tous ces gens-là doivent être « morts de rire » et doivent avoir l’envie de continuer à subventionner avec enthousiasme cet organisme… sans but lucratif !


On m’avait toujours dit que l’alcoolisme n’était pas une question de « quantité », mais bien une question de « régularité », ce dont je peux témoigner en toute humilité et sincérité.


Éduc’alcool, pour qui travaillez-vous? La SAQ, l’industrie des boissons alcooliques?

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27 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 15 février 2013 01 h 38

    Vous avez en partie raison...

    En fait,tout rituel,quel qu'il soit est une forme de dependance,donc si une personne doit boire ses 2 ou 3 consommations par jour elle est dependante.
    Cependant,il est dit aussi dans cette publicite(si on y fait attention) qu'il ne faut pas boire a tous les jours.Donc,en ce sens ils ont quand meme dit un petit mot sur la question de la regularite mais peut-etre auraient-ils du y mettre un peu plus d'effort...Tant qu'a eduquer il faut bien le faire.

    • Hubert Sacy - Inscrit 15 février 2013 08 h 23

      Je crains, Madame, que vous ne confondiez modèle de consommation et dépendance.

      Si une personne DOIT boire ses 2 ou 3 consommations par jour, ce n'est pas la même chose que si une personne boit deux verres par jours en s'abstenant de boire deux jours par semaine, précisément pour éviter l'accoutumance.

      Et si tous les Canadiens suivaient les recommandations d'Éduc'alcool qui, soit dit en passant, sont celles de l'ensemble de la communauté scientifique, on n'augmenterait pas le nombre des dépendants; on s'éviterait 4600 morts prématurées chaque année.

    • Gaetane Derome - Abonnée 15 février 2013 14 h 24

      Je crois que nous disons la meme chose...J'ai fait ici reference a l'article plein d'humilite et de sagesse de M.Rochette avouant lui-meme avoir de la difficulte a se passer de ses 2-3 consommations par jour,a ce moment-la ca devient une sorte de dependance..Bien sur,ce Monsieur n'est sans doute pas ce que nous appelons un alcoolique non fonctionnel,mais comme il le dit lui-meme cela commence a avoir des repercussions sur sa sante.En plus de nuire sans doute a son budget..;)
      Alors peut-etre la publicite d'educ'alcool devrait etre plus claire..

  • Ginette Bertrand - Inscrite 15 février 2013 03 h 15

    Malaise, en effet

    C'est assez weird, comme message, en effet. Jamais je n'aurais cru qu'on puisse claironner qu'entre 12 et 15 unités par semaine, c'était une consommation modérée. Donc, le bonhomme qui cale sa caisse de 12 le vendredi soir, après sa semaine d'ouvrage, finalement y a rien là. Des amis et moi on s'est d'ailleurs amusés à faire de savants calculs. Si par exemple, on passe deux semaines sans rien boire, peut-on enfiler une caisse de 24 chacun sans remords la troisième semaine? Et ainsi de suite... Les combinaisons et possibilités sont infinies. C'est à l'image de la vie d'aujourd'hui. Les tabous tombent et plus personne ne sait plus trop à quoi s'en tenir, alors vogue la galère!

    • Hubert Sacy - Inscrit 15 février 2013 08 h 12

      Madame,

      Je crains que vous n'ayez retenu qu'une partie du message d'Éduc'alcool. Nous disons clairement: les femmes devraient limiter leur consommation d'alcool à DEUX VERRES PAR JOUR et à 10 par semaine; les hommes à TROIS VERRES PAR JOUR et à 15 par semaine. Et on ne boit pas tous les jours.

      Nous ne "claironnons" donc pas que l'on puisse "caler une caisse de 12 un vendredi soir et qu'il n'y a rien là", comme vous nous le faites dire.

      Et puis, ce n'est pas la peine de faire de savants calculs. Au quotidienm les hommes cessent de boire après 3 verres et les femmes après 2 verres. Et quand on atteint le maximum habdomadaire, on cesse de boire.

    • Franklin Bernard - Inscrit 16 février 2013 13 h 56

      Madame, vous avez tout à fait raison, on peut en effet enfiler d'un coup une caisse de 24 si on a arrêté pendant 2 semaines. Et si vous arrêtez pendant 12 mois, vous pourrez enfiler d'un coup 24 caissses de 24.

      Pourquoi faites-vous semblant de ne pas comprendre qu'il s'agit de chiffres moyens? Vous voulez à tout prix contredire ceux qui décident de lutter contre la consommation excessive d'alcool?

  • Gaston Bourdages - Abonné 15 février 2013 07 h 11

    Vraiment interpellant et intéressant votre propos...

    ...Monsieur Rochette de qui je salue les 77 printemps et l'heureuse forme physique qui les accompagne. Ex-buveur excessif, je n'ai ni la personnalité ni les capacités de pouvoir «bien...(sic)» répondre au message d'Éduc'alcool et mettre en pratique leurs sages? suggestions. Et à plus et mieux y penser, j'ai fait ma large part en investissant...au passé...je souris...dans des brasseries et S.A.Q.
    Puis-je me permettre une suggestion? Celle de rester à l'écoute de ce que vous suggère votre coeur quant à ce fait d'une consommation «nuisant à vos excellentes formes physique et mentale»
    Mes respects et bons entraînements à vous,
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - ex-bagnard - écrivain en rédaction.
    http://www.unpublic.gastonbourdages.com

  • Hubert Sacy - Inscrit 15 février 2013 08 h 06

    Éduc'alcool: éviter 4600 morts prématurées par an

    Depuis une dizaine d’années, le nombre de nos concitoyens qui consomment au-delà des limites recommandés est en croissance et près du quart d’entre eux manquent de repères précis lorsqu’il est question de mettre en pratique la modération. C’est pour mieux contrer cette augmentation du nombre des consommateurs excessifs que nous quantifions désormais la modération en plus de la promouvoir.

    Nous tentons d’imposer une nouvelle norme sociale : quand on boit, on arrête après deux verres pour les femmes et après trois verres pour les hommes, avec un plafond hebdomadaire de 10 et 15 verres respectivement. Et on ne boit pas tous les jours.

    Cette campagne est basée sur des données scientifiques d’une rigueur à toute épreuve. Il ne s’agit pas de notre opinion, ni de vos croyances, mais bien de science.

    De fait, un comité national d’experts, dont faisait partie la conseillère scientifique d’Éduc’alcool, a élaboré les directives relatives à la consommation d’alcool à faible risque à partir de dizaines de recherches de partout dans le monde. Elles ont été révisées par trois sommités scientifiques de trois continents et endossées par un nombre impressionnant d’organismes publics et privés. Elles sont désormais LA référence. Elles ont même été approuvées par tous les ministres de la santé du Canada et peuvent donc être considérées comme parfaitement fiables.

    Il va sans dire qu'elles ne s'adressent pas aux alcooliques qui devraient s'abstenir de boire. Mais il y a 96% des Québécois qui ne sont pas alcooliques et nous ne pouvons les priver de cette information essentielle parce qu'une partie des 4% restants risqueraient de mal les interpréter.

    Enfin, désolé de vous contredire, mais, non, on ne devient pas dépendant si on suit ces directives. Mieux, si tous les Canadiens les respectaient, nous éviterions 4600 morts prématurées chaque année.

    C'est ça l'objectif d'Éduc'alcool.

    Hubert Sacy
    Directeur général d'Éduc'alcool

    • France Marcotte - Inscrite 15 février 2013 09 h 06

      Vos intentions sont sans aucun doute très scientifiques mais si le message que les gens retiennent n'est pas celui que vous avez voulu envoyé, vous avez raté votre message, tout simplement.

      À moins que, comme le suggère M.Rochette, l'effet produit réellement ait été le véritable effet recherché.

    • Gaston Bourdages - Abonné 15 février 2013 09 h 29

      Mercis Monsieur Sacy pour cette judicieuse mise au point.
      Vous avez le goût que je vous partage une de mes expériences d'ex-abuseur de consommations alcooliques? Avec beaucoup d'aides, j'ai un jour, fais le libre choix de répondre à deux très pertinentes, pour moi, questions. À savoir? «POURQUOI?» je buvais et «COMMENT?» dans ma vie, j'en étais arrivé à boire autant? J'y ai répondu avec, parfois, des grimaces au visage tant mes examens de conscience se voulaient exigeants mais combien souhaités ! Lorsque vous écrivez :«...qui consomment au-delà...est en croissance», vous avez, vous gens d'Éduc'alcool des réponses aux pourquoi et comment cette croissance ? Aucun doute qu'il y a malaise...mal à l'aise?...mal vivre?...mal de vivre?...vide existentiel? Il y existe certainement des réponses...j'ai eu à en faire des examens de ma conscience et mettre sur papier. Important ici de vous dire que je ne suis un exemple pour personne. Une chance que le pardon est matière possible et disponible à l'Homme.
      Mes respects à vous!
      Gaston Bourdages,
      Simple citoyen - ex-bagnard - écrivain qui vient «d'accoucher»
      http://www.unpublic.gastonbourdages.com

    • France Marcotte - Inscrite 15 février 2013 10 h 44

      ...voulu envoyer...mais je doute que ça se rende mieux.

    • Hubert Sacy - Inscrit 15 février 2013 11 h 18

      Il importe que l'on sache qu'Éduc'alcool fait mesurer rigoureusement et systématiquement l'effet de ses campagnes par des maisons de recherche indépendantes.

      C'est ce que nous avons fait pour améliorer notre campagne de cette année à la lumière des recherches de l'année dernière et c'est ce que nous continuerons à faire.

      Ce qui est clair toutefois c'est qu'une écrasante majorité de Québécois comprend parfaitement bien notre message et qu'ils ne nous font pas le moindre procès d'intention. Loin de là: plus de 9 Québécois sur dix font confiance à Éduc'alcool et nous faisons de notre mieux pour continuer jour après jour à mériter leur confiance.

  • Pierre Marcotte - Inscrit 15 février 2013 08 h 29

    J'ai de la difficulté

    à concevoir l'alcoolisme comme une maladie. Je sais, je ne suis pas médecin, mes opinions ne regardent que moi. Ceci dit, l'alcoolisme est, à la base, une fichue de mauvaise habitude qui CAUSE des maladies, ou qui est CAUSÉE PAR des maladies ou des manques affectifs. Le besoin de consommere des boissons alccolisées n'est pas une maladie comme telle.

    Vous avez toujours le choix de porter -ou pas- chacun des verres à votre bouche. Choisissez d'en sauter un, une fois, le premier jour. Sautez-en un deuxième, la fois d'après. Et ainsi de suite. N'arrêtez pas d'un coup sec (jeu de mots), mais changez tranquillement vos habitudes de consommation.

    Vous avez le choix. Pas dieu, pas votre voisin, pas la société. C'est VOTRE main qui porte VOTRE verre à VOTRE bouche. Vous pouvez choisir de remplir ce verre d'eau, aussi.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 15 février 2013 18 h 57

      Contradictions!

      Vous dites quel que l'acoolisme est causée par des maladies (je ne comprends pas trop... ) ou des manques affectifs et... "vous avez toujours je choix de porter - ou pas chacun de verres à votre bouche". J'ai moi aussi de la dificulté à vous suivre...

      Reconnaître que l'acoolisme (je ne crois pas non plus que ce soit une maladie, c'est plutôt une dépendance) peut-être causé par des manques affectifs c'est déjà un pas dans la bonne direction mais il est trop court; peut-être n'est-ce qu'un concession sans conviction. L'alcoolisme peut être aussi causé par des abus sexuels ou physiques, des problèmes de santé mentale (souvent issus des abus mentionnés). etc. Les gens qui sont vraiment alcooliques fuit généralement une souffrance, veulent combler un manque, comme pour ce qui en est de la consommation drogue ou au sexe. Être dans dans un état autre.

      Dans ces cas là vos conseils ne sont d'aucune utilité. L'eau peut-être utile parfois, mais pour s'y noyer, et certains le font.

      Les solutions sont ailleurs. Mais ça coûte beaucoup plus cher que des pubs.