La guerre pourrait-elle devenir (un jour) chose du passé?

Des soldats patrouillent à Gao, au Mali. Les conflits armés en Afrique font toujours directement et indirectement des milliers de victimes. Les guerres tuent encore !
Photo: Agence France-Presse (photo) Pascal Guyot Des soldats patrouillent à Gao, au Mali. Les conflits armés en Afrique font toujours directement et indirectement des milliers de victimes. Les guerres tuent encore !

Y aurait-il de moins en moins de guerres ? C’est ce que les experts prétendent. Les rapports récents publiés par le Human Security Centre de Vancouver et les statistiques dévoilées par le Uppsala Conflict Data Programme en Suède le laissent entendre : moins de guerres, moins de génocides et moins de morts révèlent une réduction importante de la violence au cours des vingt dernières années.

Depuis la fin de la guerre froide, le nombre de conflits armés majeurs a chuté de plus de la moitié, passant de treize en 1991 à six en 2012 ; si on inclut les conflits armés mineurs, l’ensemble des conflits a diminué de 40 % entre  1991 et 2011, passant de 51 à 31 ; les génocides ont diminué de 90 % ; les attaques terroristes, majeures et mineures, de 50 % ; l’afflux de réfugiés, de 45 % ; les guerres civiles, de 25 % ; le nombre et les tentatives de coups d’État, de 60 % ; le nombre de crises internationales, de 70 % ; plus d’une centaine de conflits ont également pris fin ; 70 % des conflits sécessionnistes ont été résolus ; et le nombre moyen de morts au combat qu’entraîne un conflit armé majeur est passé de quelque 20 000 par année dans les années 1950 à moins de 4000 dans les années 2000 - une diminution de 80 %. Le ratio du nombre de morts au combat, au prorata de la population, est durant toute la décennie 2000 le tiers du ratio des années 1970. Les vingt années qui ont suivi la fin de la guerre froide ont ainsi connu une progression fulgurante des processus de paix.


Ce constat optimiste ne permet pas de faire l’impasse sur des conflits sanglants, particulièrement en Afrique, où ils font plus de victimes que dans toutes les autres guerres sévissant sur la planète. Si les conflits armés en Afrique sont moins nombreux aujourd’hui (une dizaine annuellement comparativement à une quinzaine il y a cinq ans) et avec de moins en moins de morts directement causées par la violence - soit une baisse de 24 % et un tiers en moins de pays qui subissent la violence, alors que le risque moyen pour un habitant de la planète d’être victime d’une guerre est au début de la décennie 2000 d’environ 0,4 % et qu’il était autour de 1 % en moyenne entre  1945 et  1990 (d’être victime des maladies et des pandémies, de 91 %, et des accidents de voiture, de 2 %, faisant ainsi chaque année beaucoup plus de morts que les guerres), il demeure que ces conflits font toujours directement et indirectement des milliers de victimes, alors qu’elles pourraient être - en principe - enrayées ou endiguées. Les guerres tuent encore ! Les risques de guerres ne sont pas éliminés, mais peut-être mieux anticipés et gérés, tandis que les causes des conflits sont loin d’être résolues. Bref, il est trop tôt pour déclarer que la guerre est un mal en voie de diminution, voire d’éradication.


Car un conflit qui se termine n’est pas nécessairement résolu. La plupart des guerres semblent ne s’achever que lorsqu’une des parties est éliminée ou encore capitule (par exemple, au Rwanda, en Bosnie, au Cambodge, en Colombie ou au Sri Lanka). Les obstacles à la résolution des conflits intraétatiques sont encore plus sérieux qu’en contexte interétatique, ce qui explique pourquoi les négociations pour la paix échouent souvent. Sur quelque 140 guerres intraétatiques entre  1945 et  1999, seulement 18 % d’entre elles ont abouti à une résolution pacifique, tandis que 53 % des négociations ont avorté - la moitié des guerres retrouvant le chemin de la violence. En fait, historiquement, le pourcentage de guerres qui prennent fin par des victoires militaires l’emporte largement sur celles qui se terminent par des accords négociés. Pourtant, nous assistons depuis le début des années 2000 à une évolution encourageante : dans ses derniers rapports, le Human Security Centre annonce depuis 2007 […] que seulement 2 des 17 négociations de paix, dont 1 des 7 accords formels de paix, conclus entre  2000 et  2005, ont failli et repris le chemin de la violence dans les cinq ans suivant la conclusion d’ententes. La plupart des spécialistes qui ont ainsi affirmé que les conflits armés intraétatiques contemporains, notamment les guerres civiles, étaient quasi insolubles se sont trompés : moins de 10  % des conflits ayant débuté après 1990 ont duré plus de dix ans, comparativement à 30  % dans les années 1970. Assisterions-nous depuis vingt ans à une évolution prometteuse ?


La Chaire Raoul-Dandurand organise toute la semaine des conférences et un colloque sur « La guerre et la paix au XXIe siècle ». Pour en savoir plus, visitez le site de la Chaire au www.dandurand.uqam.ca.

3 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 13 février 2013 09 h 33

    Boff

    Si vous ne considérez pas la moitié de la population de plusieurs pays debout dans la rue avec des ak47 à la main, la guerre c'est quasi fini. Pour en savoir plus visitez... votre télé.

  • Gilbert Troutet - Abonné 13 février 2013 17 h 39

    Alors pourquoi plus d'armement?

    Tant mieux s'il y a de moins en moins de guerres, encore que je n'en sois pas si sûr. Et si c'est le cas, pourquoi dépensons-nous autant en armement? Les dépenses du gouvernement canadien depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs se chiffrent en dizaines de milliards $, sans même parler de la saga des F-35. Il se dépense dans le monde 2,5 milliards $ par jour pour la «défense», dont presque la moitié aux États-Unis. En fait, les États-Unis ont besoin d'être forts militairement non pas pour défendre leur pays, mais leurs intérêts partout dans le monde.

    La guerre deviendra-t-elle chose du passé? Les causes de conflits sont toujours là : d'une part l'accès aux ressources (qui justifient souvent les intérêts géo-stratégiques); et d'autre part la production et le commerce des armes.

  • Robert Delamare - Inscrit 14 février 2013 00 h 55

    Toujours plus plate

    Quand la tentation du prophétisme de chaire rejoint la raisonnement de tambour militaire, il en résulte un texte d'une platitude sidérante, noyant son absence de thèse et de profondeur par un saupoudrage de chiffres et dates qui ne fait pas illusion ; pauvre UQAM...