Il faut s’intéresser à notre voisin, l’Ontario

Jean-Louis Roy
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Jean-Louis Roy

La question est légitime. Elle m’est posée sans cesse depuis l’annonce de la parution de mon dernier livre Chers voisins, ce qu’on ne connaît pas de l’Ontario.

Pour ne pas se tromper d’époque et prendre la mesure des mutations qui ont transformé la société ontarienne ces dernières décennies, dont notamment la mutation démographique et culturelle. La première, démographique, a porté sa population à 13 millions, entre 16 et 18 millions en 2035 selon les projections médianes disponibles. L’Ontario pourrait alors compter pour plus de 40 % de la population canadienne et peser politiquement d’un poids équivalent. La seconde, culturelle, a modifié substantiellement la composition ethnique de la société ontarienne. Elle en a fait l’une des plus diversifiées du monde et changé radicalement son rapport à la culture, d’une posture postcoloniale sans relief à une affirmation dont certains éléments ont acquis une notoriété mondiale.


Pour prendre la mesure des liens humains, familiaux, amicaux et professionnels qui lient les deux sociétés depuis longtemps et qui ont été enrichis, ces dernières décennies, par la migration de 1,2 million de Québécois vers la province voisine, et les 750 000 Ontariens qui ont fait le chemin inverse.


Pour prendre la mesure des liens économiques qui lient le Québec à sa voisine - un volume d’exportation de près de 40 milliards annuellement comparativement à 42 milliards pour nos exportations aux États-Unis ; une présence massive du Québec inc. en Ontario avec, dans plusieurs cas, des installations d’importance et, en conséquence, un va-et-vient considérable entre Montréal et Toronto illustré par 131 vols aériens commerciaux quotidiens.


Pour prendre la mesure des effets du régionalisme au pays, qui voit émerger des blocs à l’Ouest et à l’Est, effets qui interpellent fortement le Québec et l’Ontario. Les deux provinces centrales ont-elles, elles aussi, intérêt à se constituer en « un espace économique commun », pour peser dans les choix du pays et mener la bataille de la compétition dans l’espace mondial tel qu’il se reconstitue ?


Pour connaître et apprécier les travaux conduits en Ontario, et notamment par le Mowat Center, pour actualiser les institutions et les politiques publiques communes, travaux dont l’impact à terme pourrait être majeur. En effet, les choix de politique publique en matière sociale, environnementale et fiscale arrêtés dans la province voisine influenceront les nôtres.


J’estime que les stratégies politique, économique et culturelle du Québec, toute option politique confondue, ne peuvent ignorer ce voisin. Il est un partenaire économique majeur et constitue un espace privilégié pour la croissance d’un grand nombre de nos entreprises. Il est enfin son partenaire politique depuis 175 ans et le demeurera, sous une forme ou une autre, aussi loin que l’on puisse voir dans l’avenir.


Pourquoi l’Ontario ? Pour tous ces motifs et quelques autres, dont l’intérêt tout simplement pour une communauté humaine qui, comme la nôtre, cherche à se repositionner dans le monde nouveau qui émerge sous nos yeux, une communauté humaine qui est notre voisine et le restera.

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11 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 6 février 2013 07 h 32

    Y avez-vous bien pensé, M. Roy...

    ...il y a en Ontario une majorité des citoyens qui ne parlent que l'anglais. Comment communiqueront-ils avec des Québécois qui ne parlent que le français, et qui de plus en plus ne parleront que le français.

    • Jacques Beaudry - Inscrit 6 février 2013 10 h 33

      vous divaguez ?

    • Normand Richard - Inscrit 6 février 2013 16 h 38



      Priceless

    • Jacques Mercier - Inscrit 6 février 2013 17 h 15

      Fiou! Elle est vraiment au raz des pâquerettes, celle-là!

  • François Dugal - Inscrit 6 février 2013 07 h 55

    English/Anglais

    Do you speak english?/parlez-vous anglais?
    Are you a real canadian?/Êtes-vous un vrai canadien?

    • Loraine King - Abonnée 6 février 2013 10 h 02

      C'est évident qu'en tant qu'état indépendant le Québec n'entretiendra des liens qu'avec les pays dont la langue officielle est la français.

    • François Dugal - Inscrit 6 février 2013 12 h 15

      @Lorraine King
      Tous les québécois bilingues remercient les «canadians» unilingues.
      Le Québec indépendant sera tourné sur le monde multilingue.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 6 février 2013 09 h 32

    Il ne faut surtout pas les connaître!

    Nous pourrions apprendre des choses gênantes, comme le fait que des milliers d'enfants vont à l'école d'immersion française et que leur nombre croît sans cesse (350000 au Canada cette année). Que les accommodements raisonnables ne font pas problème.
    Que les communautés françaises disposent de bibliothèques municipales, parfois mieux qu'au Québec.
    Que la philantropie profite au moins du double, à l'enseignement, à la culture, aux organismes de toutes sortes.
    Que la littératie financière, technique, scientifique y est bien supérieure dans toutes les classes de la population.
    Que malgré des frais de scolarité élevés, la persévérance aux études, la diplomation y sont grandement supérieures.
    Bien sûr, l'Ontario éprouve aussi nombre de problèmes sociaux, économiques, culturels, mais le Québec aurait avantage à partager ses pistes de solution avec celles de cette province voisine.

  • Jean-Pierre Gascon - Inscrit 6 février 2013 13 h 54

    En 2035 il y aura 350 millions d'arméricains, 20 fois la population de l'Ontario, au sud de nos frontières.

    Sans négliger nos relations commerciales avec l'Ontario bénéficiant tout autant, sinon davantage que les Québécois, de ses relations avec le pays du Québec, ne serait-il pas sage de développer encore plus nos relations commerciales avec nos voisins du sud ?

    PS: Les colonisés n'en rate jamais une pour brandir leur fanion de l'asservissement au Rocanada. PATHÉTIQUE !!!

  • Guy Berniquez - Inscrit 6 février 2013 16 h 15

    L'envers de la médaille est tout aussi vrai

    Il faudrait que les Ontariens s'intéressent au Québec en terme positif. À chaque fois que l'on entend parler du Québec par l'Ontario c'est pour descendre les Québécois.