Adieu, les patinoires extérieures?

Les hivers de plus en plus doux ne facilitent pas l’aménagement et l’entretien de patinoires extérieures, comme ici au parc Lafontaine, à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les hivers de plus en plus doux ne facilitent pas l’aménagement et l’entretien de patinoires extérieures, comme ici au parc Lafontaine, à Montréal.

Les joueurs de la LNH ont enfilé de nouveau leurs patins. Nombreux sont ceux qui ont développé leurs aptitudes et leur passion pour le sport sur des patinoires privées de cour arrière ou d’étangs. Ils savent que presque rien n’est aussi exaltant - ni aussi foncièrement « canadien » - que de passer une journée d’hiver froide et ensoleillée sur une patinoire extérieure.


Mais après une autre journée pluvieuse à Montréal et en observant des températures exceptionnellement printanières et les conditions changeantes que connaît la plus grande partie du pays, j’en reviens à une bien triste réflexion. De toute évidence, rien n’est sacré devant le réchauffement climatique, pas même le hockey.


En effet, les hivers de plus en plus doux ne facilitent pas l’aménagement et l’entretien de patinoires extérieures. Une étude que j’ai réalisée en collaboration avec des collègues de l’Université McGill au printemps dernier a révélé que la saison de patinage extérieur s’était déjà écourtée. Si la tendance se maintient, les patinoires de cour arrière pourraient bien disparaître dans presque tout le sud du Canada d’ici quelques décennies.


Cette pilule difficile à avaler n’est pas pour autant surprenante. Les émissions de gaz à effet de serre causées par les humains ont fait grimper les températures mondiales de près d’un degré. Le changement est encore plus marqué au Canada, où les températures hivernales ont augmenté de presque trois degrés depuis 1950. Les journées et les nuits très froides sont ainsi devenues plus rares - une différence qui atteint 30 % dans certaines régions du pays. Or, ce sont ces conditions rigoureuses qui permettent d’aménager et d’entretenir des patinoires.


Notre part de responsabilité


Malheureusement, nous ne pouvons pas nier notre part de responsabilité. Le Canada a le triste honneur de compter parmi les derniers bastions du déni et de l’inaction politiques en ce qui concerne la question climatique. Nous avons notamment fait obstacle aux négociations internationales visant à établir des objectifs en matière d’émissions et continuons de produire plus de gaz à effet de serre par habitant que la plupart des autres pays.


Nous ne pouvons pourtant pas avoir le beurre et l’argent du beurre, nous empresser d’extraire le pétrole des sables bitumineux et nous attendre à conserver notre culture hivernale si typiquement canadienne. Nous devons donc à tout prix changer nos habitudes de consommation et cesser de dépendre des énergies fossiles, deux causes fondamentales des émissions de gaz à effet de serre qui mènent au réchauffement du climat. Si nous n’amorçons pas bientôt la transition vers une économie non basée sur le carbone, le patinage et le hockey extérieurs au Canada figureront parmi les premières victimes.


Sommes-nous prêts à payer aussi cher notre inertie ? Nous devons dégager la glace en ce qui concerne la politique climatique du gouvernement, trouver des solutions novatrices au problème et adopter des mesures pour réduire notre empreinte carbonique, tant collectivement qu’à titre individuel. La LNH s’est remise du lockout de l’automne, mais pour le hockey extérieur, il sera trop tard si nous ne commençons pas à prendre maintenant au sérieux les changements climatiques.

10 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 1 février 2013 08 h 07

    Une tragédie nationale

    Ne soyez pas si tiède, ce ne sont pas que les patinoires du hockey qui foutent le camp, c'est toute la place que tient l'hiver dans notre imagerie, dans nos souvenirs, dans notre culture.

    C'est la part peut-être la plus importante de notre identité qui fond sous nos yeux ahuris.

    Que serait la France sans sa gastronomie, la Russie sans Dostoïevski, l'Angleterre sans la Tamise?

    Qui mesurera l'effet épouvantable sur notre moral de cet amputation à froid de l'hiver dans notre culture?

    Moi je suis inconsolable, souvent je préfère ne pas regarder dehors.

    • France Marcotte - Abonnée 1 février 2013 09 h 25

      ...une amputation.

      Mon pays c'est l'hiver, disait le poète adulé.
      Maintenant on ne l'entend plus le chanter.

      On voudrait nous faire croire que cela n'est pas effroyable?

    • Mario Campanozzi - Inscrit 1 février 2013 11 h 59

      Infiniment triste ce monde en effet..Je vous l'accorde..Mais SVP, vivez votre vie car elle passe vite et elle en vaut la peine malgré tout..

      Il faut espérer, voilà tout.

    • France Marcotte - Abonnée 1 février 2013 14 h 06

      Je regrette mais dans ce cas précis il ne faut pas espérer, il faut se fâcher noir.

    • Mario Campanozzi - Inscrit 1 février 2013 16 h 47

      Mais je suis fâché, très même..Mais quand bien même on se roulerait par terre en plein milieu de la rue, ça ne donnerait pas grand chose car tant et aussi longtemps que nous aurons ces genres de dirigeants que le peuple met en place, c'est just to bad, ça se termine là..Écoutez, le peuple a mis au pouvoir un homme qui croit que le RC est un complot socialiste..Que les écolos sont des radicaux..et ainsi de suite.....Qu'est-ce que vous voulez que l'on fasse..???..Je suis désolé, je regrette à mon tour..;-)..

      Alors, faisons confiance au temps et à la sagesse des hommes et....espérons..!!!...;-)..

  • Claude Jourdain - Inscrit 1 février 2013 09 h 24

    Et si on les réfrigérait?

    Il y a plus de 40 ans dans mon quartier d'enfance Hochelaga Maisonneuve, la patinoire était réfrigérée et il ne s'agissait pas d'un quartier riche. On voyait déjà que le climat ne permettait pas de garantir la glace tout l'hiver. Pourquoi ne pourrait-on pas le faire aujourd'hui en utilisant, par exemple, la technique de la géothermie?

    • Jean Richard - Abonné 1 février 2013 10 h 13

      L'idée est loin d'être mauvaise - et on n'a même pas besoin de la géothermie.

      La réfrigération, c'est un échange de chaleur. On prend la chaleur à un endroit pour la transporter ailleurs. Or, même lors des redoux comme celui que nous venons de connaître, on a encore besoin de chaleur pour chauffer nos résidences et nos immeubles. La chaleur récupérée de la climatisation des patinoires pourrait très bien servir à chauffer des édifices ou des logements.

      Un système bien conçu pourrait atteindre un taux d'efficacité acceptable - et probablement que ça coûterait beaucoup moins cher en énergie qu'une patinoire intérieure.

    • Sylvain Auclair - Abonné 1 février 2013 10 h 46

      Comme la température souterraine est supérieure à zéro, la géothermie ne pourrait pas réfrigérer une patinoire. Tout au plus peut-on s'en servir pour la climatisation l'été.

    • Mario Campanozzi - Inscrit 1 février 2013 11 h 54

      ET SI......Et si tout à coup les lumières s'allumaient et le monde s'attaquait aux vrais problèmes...Réchauffement climatique et l'annexe qui va avec, ça vous dis quelque chose..?

    • Sylvain Auclair - Abonné 1 février 2013 16 h 14

      Monsieur Richard,
      Pour transporter de la chaleur d'un milieu froid (une patinoire) vers un milieu chaud (une maison), il faut une pompe thermique, comme celle d'un frigo.