La vraie valeur de l’université

Dans The Gazette récemment, le chroniqueur Henry Aubin a proposé de créer deux catégories d’universités au Québec pour régler le problème du financement des universités. Certaines ne demanderaient aucuns frais de scolarité et ne feraient qu’un peu de recherche, alors que d’autres seraient accessibles moyennant des frais de scolarité très élevés à la hauteur de leurs ambitions. N’y seraient admis que les meilleurs afin de pouvoir concurrencer sur la scène internationale. Ce modèle, selon lui, ne serait pas difficile à implanter, puisque l’Université Concordia et l’Université du Québec à Montréal, classées moyennement par Maclean’s, pourraient justement jouer ce rôle de collèges universitaires abordables dans la région montréalaise, libérant ainsi des ressources pour les universités mieux classées. Nous déplorons un tel mépris pour les réalisations du corps professoral, des étudiantes et des étudiants, de même que des diplômées et des diplômés de l’UQAM, lesquels obtiennent année après année de nombreuses marques de distinction professionnelles, scientifiques et artistiques au Québec, au Canada et dans le monde. Il est impossible d’accorder la moindre légitimité à une telle vision du développement des universités.


Cela dit, il faut remercier monsieur Aubin de l’occasion qu’il offre de débattre de ce qui donne sa valeur à une université. […] L’entichement de certains pour les palmarès ou pour toute autre proposition mal informée nous invite à réitérer les critères permettant de juger de la qualité d’un établissement universitaire et du niveau de financement requis. L’excellence en recherche en est un, mais pas le seul. La qualité de l’enseignement et de l’encadrement quotidien offert aux étudiants, qui exige que la recherche soit bien développée dans toutes les universités, en est certainement un autre. La qualité du service rendu à la société est également incontournable, que ce soit en permettant l’accès du plus grand nombre aux études universitaires, le développement des régions, l’appui à la société dans la mobilisation des connaissances ou encore l’engagement auprès des groupes et des collectivités jouant un rôle dans le développement culturel et social. Le Québec a-t-il assez de cela pour diminuer la qualité de son réseau universitaire public ? Poser la question, c’est non seulement y répondre, mais aussi inviter à poursuivre la réflexion sur les modalités de financement d’un établissement comme l’UQAM. Notre université a fait le choix, tout en poursuivant l’excellence pédagogique, de ne rien sacrifier à la responsabilité sociale, ce qui est aussi une manière de poursuivre l’excellence, tout en affirmant son engagement dans le développement de la société québécoise. L’UQAM, nous sommes fiers de le rappeler, c’est aussi cela.

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Robert Proulx - Recteur de l’UQAM et Jean-Marie Lafortune - Président du syndicat des professeures et des professeurs de l’UQAM

6 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 31 janvier 2013 08 h 39

    Enseignement et recherche

    J'ai fait mon bacc en physique à l'UdeM en 1957-60 à l'époque où elle comptait bien peu en recherche à l'échelle internationale, et pourtant moi et deux autres confrères de promotion nous sommes retrouvės ensuite dans des universités amėricaines prestigieuses et avons constaté avec surprise que nous étions mieux formés que la majorité des Américains! Et de même dans cette université américaine, j'ai eu un prof Prix Nobel qui ėtait nul comme enseignant, mais deux autres, bons chercheurs mais pas de classe Nobel, qui ėtaient des enseignants extraordinaires d'une limpidité ėtonnante. J'ai eu deux profs à l'UdeM, un en math et l'autre en physique, qui étaient aussi remarquables.

  • Yvon Bureau - Abonné 31 janvier 2013 09 h 21

    Valeur à ajouter

    Le retour à l'Université, après 60 ans, de milliers de retraités diplômés avec d'imposantes expériences et expertises sera de plus en plus grandissant, même impressionnant.

    C’est déjà et ce sera vite une ressource abondante et renouvelable à utiliser. Présentement, selon moi, elle est sous-utilisée.

    Ces diplômés retraités y retournent pour plusieurs années, 10 ou 20 ans. Après 60 ans, plusieurs retraités pleins de diplômes, d’expériences et d’expertises y retournent pour apprendre, mieux comprendre ce qu’ils ont appris et s’impliquer, si goût et énergie il y a, dans l'enseignement, la recherche et la communauté, souvent bénévolement. Très nombreux, via les Université du 3e âge, ils veulent faire partie de l’amélioration et du développement de l’enseignement supérieur du Québec et du supérieur dans l’éducation.

    Chaque université devrait se donner une direction ou un programme spécifique pour les 60 ans et plus. Programme Études 60 et plus. Ou Programme Études 60 et mieux ! Qui nomme mieux?

    Déjà, quelques Universités du 3e âge -UTA sont riches en actions et en expertises. Elles n’aspirent qu’à une plus grande reconnaissance, qu’à un développement significatif et qu’à un épanouissement bonifié.

    Ce serait d'valeur de ne pas en faire une valeur ajoutée !

    Aller à notre université, c'est pour toute la vie !

    Une humble suggestion : que le Sommet sur l'enseignement supérieur à la fin de ce mois porte le nom de Premier sommet sur l'enseignement supérieur. Notre système d'éducation, première valeur au Québec, en exigera d'autres. Pour le mieux.

    Yvon Bureau, travailleur social
    Étudiant UTAQ-UL depuis 2004, 4 diplômes universitaires, 30 années d’expériences et d’d’expertises…
    Participant observateur au Spécial Sommet organisé par l’INM à UL, les 25-27/1/2013

  • Jean Brunet - Inscrit 31 janvier 2013 09 h 37

    Opinion

    Idem à vous m. Therrault, je suis passé de Poly au USA... je ne suis pas pour deux classes d'universivités mais le nœud de la guerre est la tâche d'enseignement, idem que l'on soit chercheur ou non. La réponse est dans la question...

    • Bernard Terreault - Abonné 31 janvier 2013 10 h 52

      Puisque vous mentionnez Poly, je me rappelle ma rencontre avec le père d'un des mes confrères américains, propriėtaire d'une compagnie de construction, qui m'avait ėtonné en me disant qu'il connaissait des ingénieurs diplômés de Poly et qu'ils ėtaient beaucoup plus compétents que les diplômes US! Or, tout le monde s'entend pour dire que la recherche à Poly, dans les annėes 50 ou même 60 était pour ainsi dire inexistante.

  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné 31 janvier 2013 10 h 49

    Enseignement et recherche sont indissociables

    À l'université, enseignement et recherche sont indissociables, chacun-e appuyant et enrichissant l'autre réciproquement, et c'est pourquoi j'applaudis et félicite (sans aucune réserve, ce qui est rare) mon recteur (universitaire) et mon président (syndical) pour la très grande intelligence et pertinence de leur présente réflexion.

    Daniel Clapin-Pépin
    Professeur
    UQAM

    • Bernard Terreault - Abonné 31 janvier 2013 13 h 20

      Enseignement au niveau du doctorat et recherche sont indissociablement liés, mais pas au niveau du baccalaurėat ni même, souvent, de la maîtrise. Mon expėrience et celles de combiens d'autres le confirment, j'en ai fait part ailleurs sur ce site.
      B. Terreault, prof-chercheur universitaire retraité.