Préférons l’«adhésion historique» à la «majorité historique»

Lorsque les Patriotes se sont donné un drapeau, celui-ci intégrait trois couleurs : le blanc, pour les Français, le vert, pour les Irlandais et le rouge, pour les Anglais…
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Lorsque les Patriotes se sont donné un drapeau, celui-ci intégrait trois couleurs : le blanc, pour les Français, le vert, pour les Irlandais et le rouge, pour les Anglais…

e samedi 19 janvier a été lancé un groupe de défense identitaire dit « québécois », Génération nationale. Ce groupe réaffirme, en premier lieu, « la légitimité même de la majorité historique de se définir comme référence culturelle ». Pour eux, « notre statut de “petite nation” - dont l’existence même n’est aucunement garantie à long terme - exige précisément une fermeté accrue en matière d’affirmation identitaire ».


Paraphrasant Gilles Vigneault, je peux dire que mon père a choisi de bâtir sa maison en cette terre francophone d’Amérique. Il a répondu à une invitation du peuple du Québec qui trouve écho dans la chanson du grand poète :


De ce grand pays solitaire je crie avant que de me taire

À tous les hommes de la Terre ma maison c’est votre maison

Entre mes quatre murs de glace je mets mon temps et mon espace

À préparer le feu, la place pour les humains de l’horizon

Et les humains sont de ma race


Cette vision du Québec et de l’identité québécoise est mienne. Elle n’est ni défensive ni frileuse. Elle n’est pas peureuse. Mon Québec est autant celui de Bernard Landry ou de René Lévesque que celui de Leonard Cohen et des soeurs McGarrigle…


Aux indépendantistes québécois, mes frères et soeurs d’aujourd’hui, je dis : faites attention et ne tenez rien pour acquis. Ne définissons pas l’identité de notre nation sur des prémisses historiques réductrices et défensives ou en réaction à la pudicité religieuse de gens qui pensent différemment.


Drapeau tricolore


Lorsque nous parlons de nation, ne parlons pas de majorité historique, mais d’adhésion historique. Les nations se bâtissent autour d’ambitions et de rêves personnels et collectifs ; d’un désir profond et légitime d’avoir un monde meilleur pour soi-même et ses enfants, sur une terre qu’on choisit d’habiter ! Au XIXe siècle, lorsque les Patriotes se sont donné un drapeau, celui-ci intégrait trois couleurs : le blanc, pour les Français, le vert, pour les Irlandais et le rouge, pour les Anglais… Le rêve patriote n’était pas de recréer la Nouvelle-France, mais bien de faire un pays affranchi.


Le peuple fondateur du Québec de demain n’est pas celui d’une majorité historique, pensée réconfortante, mais inéluctablement éphémère. Les fondateurs du Québec moderne s’appellent aussi Nguyen, Nelson, Goldbloom et Mustapha. Ils ont les mêmes droits de cité. N’éludons pas cette réalité !

20 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 25 janvier 2013 01 h 53

    Merci!

    Je n'aurais pu dire mieux!

    Merci Mme Mourani. Et je suis fier que Québec solidaire vous a appuyé lors de la dernière élection fédérale!

  • Marc Ouimet - Inscrit 25 janvier 2013 02 h 37

    Naviguer une fine ligne

    Je trouve cette intervention de Mme Mourani intelligente et fine. Il y a, dans l'affirmation de la "majorité historique", quelque chose d'effectivement fondamental à l'identité québécoise, mais qui peut aussi facilement, très facilement, glisser dans une zone grise où le repli et l'exclusion ne sont pas loin. La question est complexe car, ce Québec français et indépendant que nous souhaitons de nos voeux, l'idée même en serait impossible sans l'expérience historique du groupe francophone qui forme effectivement (c'est une réalité démograpĥique) une majorité au Québec.

    Mme Mourani nous rappelle cependant fort à propos que le projet de pays (le rappel du projet patriote est des plus pertinents) doit inclure tous les membres de la société québécoise et doit être, en quelque sorte, une utopie inclusive orientée vers l'avenir. Par contre, il faut aussi faire attention à la tentation, qui a vidé le projet péquiste de son sens identitaire depuis l'épisode de 1995, de couper cette utopie de ses racines historiques, du rêve et de la quête identitaire de ceux qui l'ont fondé.

    En ce sens, je crois que nous devons garder du républicanisme patriote son ouverture aux différents affluents sociaux et culturels qui se regroupent sous la bannière du pays, tout en considérant que le projet québécois moderne, né dans les années 1960 (et dont on retrace les racines bien avant), a un enracinement indéniable chez les francophones. Oublier complètement cela (et je ne dis pas que Mme Mourani le fait), c'est courrir le risque de désubstantialiser le projet au point de faire décrocher les Tremblay, Lapointe et autres pour tenter d'y faire entrer les Nguyen, Nelson et autres, qui n'y trouveront peut-être pas plus leur compte parce que le projet ne voudra alors plus dire grand chose.

    Il faut naviguer une fine ligne. Faire un pays pour tous, Tremblay, Nelson, Nguyen et Mustapha, mais sans oublier les racine de son substrat identitaire. Ni les Autochtones.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 25 janvier 2013 11 h 31

      Attention à la démographie.

      Alors que la moitié des immigrants s'angliucisent, l'avenir est de plus en plus incertain pour la majorité fracophone. Majorité pour combien de temps?

  • Gilles Bousquet - Abonné 25 janvier 2013 03 h 03

    Excellent !

    D'accord.

    Bien écrit et juste réflexion, rien à ajouter.

    Félicitations.

    Ici, au commencement, les diverses Premières Nations, puis les Français, puis les Anglais, puis les immigrants des autres pays, puis Duplessis, puis Harper et compagnie. La terre tourne et tournera avec ou sans NOUS, en français ou en anglais, de préférence dans la paix et l'entraide.

    • France Marcotte - Inscrite 25 janvier 2013 08 h 23

      Pas certaine que madame Mourani serait d'accord avec l'extrapolation de la fin de votre commentaire...

      Ce curieux dérapage doit certainement porter un nom.

      Récupération du message?

  • Marie-M Vallée - Inscrite 25 janvier 2013 07 h 28

    Les adhérents

    Lorsque les adhérents historiques préconiseront le bilinguisme, ce qui est déjà le cas, nous dit-on, pour la plupart des enfants de la loi 101, que restera-t-il à la majorité historique ?

    Enfin le chat sort du sac !

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 25 janvier 2013 07 h 56

    Premièrement merci Mme Mourani pour votre contribution au débat ; je souscris à votre vision interculturelle plutôt qu'à la conception nationaliste de génération nationale. Tandis que certains tentent de convaincre avec l'épitète "national", je crois que l'aspect réforme démocratique est beaucoup plus positif et constructif.

    Notons que, comme l'a dit Parizeau en 1995, la souveraineté, le "changement de régime", ne se fera pas sans la participation et l'appui des néo-québécois et vous démontrez, mme Mourani, que c'est possible d'avoir des Nguyen, Nelson, Goldbloom et Mustapha comme partenaires de ce changement : il faut le dire plus souvent.

    Guillaume Blouin-Beaudoin