Contre les baignades non mixtes pour des raisons religieuses


	Entraînement à la natation dans un YMCA de New York avec la médaillée olympique Dara Torres. 
Photo: Amanda Schwab - Associated Press
Entraînement à la natation dans un YMCA de New York avec la médaillée olympique Dara Torres. 

La vaste consultation publique menée au Québec en 2007, dans le cadre de la commission Bouchard-Taylor, n’a pas dissipé le malaise profond soulevé par certaines demandes d’accommodements, justifiées par des valeurs culturelles ou religieuses. On aura remarqué que plusieurs demandes controversées touchent justement à la non-mixité, tels le refus de recevoir un service public par une personne de sexe opposé (examen de permis de conduire, policier, examen médical à l’urgence, etc.), le refus de travailler sous l’autorité d’une femme, le refus de participer à des activités sportives ou des sorties scolaires mixtes, etc.


Bien que les accommodements offerts jusqu’ici, s’appuyant sur les droits reconnus par la Charte canadienne, soient considérés comme un droit individuel et non un droit collectif, cette approche juridique a un effet collectif indéniable. En effet, cela établit de nouvelles normes sociales à respecter, étant bien entendu qu’aucun administrateur n’oserait par la suite refuser de tels « accommodements » à quiconque en ferait la demande.


Le refus de la mixité dans divers milieux (tels l’éducation, l’emploi, les services publics et les loisirs), au nom de valeurs culturelles ou religieuses, peut sembler anodin de prime abord. Mais l’enjeu sous-jacent au principe de non-mixité est néanmoins considérable. Il est intimement lié au contrôle social des femmes par les hommes de leur famille, souvent justifié par le concept d’honneur. Ce concept, lié à la sexualité des femmes, justifie de nombreuses restrictions imposées aux femmes, sous peine de sanctions, visant à prévenir leurs contacts avec des hommes extérieurs à leur famille, afin de préserver leur virginité et leur chasteté.


Or le réaménagement de l’espace public, même à faible échelle, pour répondre au principe de non-mixité, contribue à créer les conditions favorables au contrôle social accru des femmes, avec toutes les conséquences que cela entraîne. En effet, lorsque le principe de non-mixité est accepté et qu’il oriente l’organisation sociale de l’espace public, il devient plus facile d’imposer aux femmes issues de certaines minorités les nombreuses restrictions, justifiées au nom de valeurs culturelles ou religieuses patriarcales. L’histoire nous montre que, plus la liste des interdits sociaux imposés aux femmes s’allonge, plus les risques de transgression augmentent, et plus les violences justifiées par l’honneur augmentent également, pouvant aller jusqu’au crime dit « d’honneur ».


Contacts sociaux


L’affaire Shafia, largement médiatisée, n’a révélé que la pointe de l’iceberg. Sans aller jusqu’au meurtre, de plus en plus de femmes vivant au Canada, issues de certaines minorités, sont soumises à des violences justifiées par un code d’honneur très strict. Le refus de la mixité dans l’espace public commun émane de cette logique interne, qui ouvre la porte à une chaîne de conséquences négatives pour les femmes, particulièrement les plus jeunes. Ainsi, par exemple, les jeunes filles élevées à l’abri de contacts sociaux avec des garçons de leur âge sont plus vulnérables aux mariages arrangés ou aux mariages forcés, y compris les mariages précoces.


Or le droit de choisir son conjoint, reconnu dans diverses conventions internationales, a des répercussions sur les choix de vie ultérieurs. La négation de ce droit prive les femmes de la possibilité d’orienter leur propre destinée. Plus largement, le refus de la mixité dans l’espace public contribue à isoler davantage les femmes les plus vulnérables aux violences justifiées par l’honneur, ce qui favorise la négation de leurs droits fondamentaux.


Accéder aux demandes même minoritaires en faveur du principe de non-mixité, justifié par l’honneur ou autrement, peut répondre à court terme aux besoins de certains individus, y compris des femmes, mais il est contre-productif à long terme. Loin de favoriser l’intégration, comme l’affirment certains, cela favorise plutôt la ghettoïsation ou l’apartheid, basé sur le genre et sur l’identité ethnique ou religieuse.


Finalement, la tolérance et l’ouverture à la diversité culturelle et religieuse, nécessaires pour favoriser le vivre-ensemble, n’impliquent pas de conforter des traditions patriarcales, qui considèrent toujours les femmes comme des êtres impurs, sources de malédiction et de chaos social dont il faut protéger les hommes.

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