Baignades non mixtes à Côte-des-Neiges - À la défense des prudes

Depuis que le Journal de Montréal a rapporté la semaine dernière qu’une piscine du quartier Côte-des-Neiges permet, depuis 1997, quelques heures de baignade non mixte chaque semaine, les agitateurs habituels sont remontés aux barricades.

Une piscine publique permet à des femmes, surtout juives ou musulmanes, de se baigner entre elles deux heures chaque semaine ! Même chose pour les hommes ! Scandale.


Drapé dans la laïcité à deux vitesses de son parti, le ministre Bernard Drainville s’est immédiatement posé en défenseur des femmes pour attaquer la politique comme « déraisonnable et choquante ». Julie Miville-Deschênes, au nom du Conseil du statut de la femme, a exprimé son précieux outrage à un Mario Dumont satisfait. Les médias en mal de contenu - de LCN à Radio-Canada - se sont vautrés sans retenue dans ce nouveau chapitre de notre névrose collective.


Selon l’opinion apparemment dominante, les valeurs communes du Québec interdiraient la baignade non mixte. Avec comme conséquence que le gouvernement devrait empêcher toute piscine publique d’accommoder, même pour deux heures par semaine, les nageurs et nageuses qui préfèrent, pour des raisons religieuses, culturelles ou personnelles, se baigner entre personnes du même sexe. L’identité québécoise proscrirait désormais la pruderie.


Un horaire de piscine qui alloue deux heures de baignade non mixte par semaine, à chaque sexe, n’est d’aucune façon discriminatoire. La baignade demeure très majoritairement mixte, la politique ne prive personne de ses droits et elle ne subordonne pas un sexe à l’autre. Bien sûr, on « sait » que cet accommodement est d’origine culturelle ou religieuse. Mais, en soi, la pudeur et la pruderie n’ont rien de musulman ou juif. On trouve certainement plusieurs Québécoises et Québécois athées ou d’héritage chrétien qui sont plus à l’aise de se quasi-dénuder à l’abri du regard de l’autre sexe.

 

Un paravent à l’intolérance


La vérité, c’est que ce faux scandale n’est qu’un autre prétexte pour dénoncer, sous le couvert de la vertu, des cultures incompatibles avec l’uniformité hermétique que certains voudraient imposer au Québec. Le principe fondamental et essentiel de l’égalité entre hommes et femmes n’est pas en jeu. Il sert ici de paravent à l’intolérance.


Les critiques les plus lucides savent qu’il s’agit d’une crise symbolique. Ils sont même prêts à concéder que quatre heures par semaine, dans l’horaire d’une piscine municipale du quartier Côte-des-Neiges, constituent un enjeu sans importance pour le Québec. Ils prétendent néanmoins qu’il faut proscrire cet accommodement, même bénin, parce qu’il ouvre théoriquement la porte à de la discrimination. C’est une illustration parfaite du sophisme de la pente glissante. Tous ceux qui y ont eu recours devraient avoir honte.


Personne ne souhaite l’instauration de la sharia au Québec. (Bonne nouvelle : il n’y a aucune chance que ça arrive.) Mais espérons aussi que personne ne souhaite un Québec rigide au point de ne tolérer aucune déviation de la norme sociale de la majorité.


Le Québec contemporain, particulièrement à Montréal, compte plusieurs représentants de la diversité culturelle, à qui l’on doit donner un degré raisonnable de liberté et d’oxygène, dans le respect de nos principes fondamentaux.


Certains de ces Québécois sont issus de cultures pour qui la modestie ou la pudeur implique de ne pas se montrer en maillot devant des inconnus de l’autre sexe. Ces valeurs détonnent par rapport aux pratiques d’une majorité de Québécois, mais elles ne sont pas scandaleuses ou discriminatoires en soi. La pruderie ne viole aucun principe fondamental de notre société.


L’accommodement de cette diversité par le truchement d’un horaire de baignade qui traite également les sexes, dans une piscine d’un quartier de Montréal, à raison de quatre heures par semaine, semble éminemment raisonnable. Surtout quand on sait que, sans cette mesure, plusieurs hommes et femmes éviteraient sans doute de fréquenter la piscine pour demeurer chez eux. Voilà peut-être, au fond, ce que souhaitent les critiques.

92 commentaires
  • Gilles Bousquet - Abonné 16 janvier 2013 01 h 38

    Sans compter que...

    Pour les douches de ces piscines.100 % du temps séparent les douches des hommes des femmes, ce que déplorent certains...hommes.

    • Yves Claudé - Inscrit 16 janvier 2013 11 h 41

      Une question de douches … ou de choix de société ?

      Affectée par de très sérieux dérapages dans la corruption et la collusion, la Ville de Montréal en rajoute avec d’inquiétantes dérives qui ne concernent pas spécifiquement les piscines … et encore moins leurs douches, mais qui mettent à mal la nature moderne de nos institutions publiques.

      Avec tout un arsenal d’accommodements déraisonnables, c’est une offensive contre la modernité québécoise qui est à l’œuvre, sans aucun débat public digne de ce nom.

      Aussi, c’est en pure perte de temps et d’énergie que les promoteurs de la régression sociale et éthique s’emploient à décrier et stigmatiser les partisans de la modernité et de la laïcité en les affublant de qualificatifs tels qu’«agitateurs», «névrosés», «hermétiques», «intolérants», comme le fait l’auteur de l’article, ce qui n’est qu’une variation sur le thème du pseudo «racisme» ou d’une soi-disant «xénophobie».

      Monsieur Mathieu Sévigny, pour ce qui est de la démission nationale et sociale que vous proposez : non merci ! Pas question d’«avancer par en arrière» !

      Yves Claudé - citoyen à la défense de la modernité et de la laïcité

  • André Chevalier - Abonné 16 janvier 2013 04 h 54

    C'est le pied dans la porte

    Si on accepte de réserver du temps de piscine publique pour des baignades non mixtes, en vertu de quel principe refuserait-on des vagons de métro réservés aux femmes ou aux hommes? De quel droit empêcherait-on certains hommes de réclamer un retour aux tavernes interdites aux femmes?

    Il faut résister aux tentatives de certains groupes de séparer socialement les hommes des femmes dans l'espace public. Aux Québec, les citoyens des deux sexes se sont battus durant des dizaines d'années pour ça. On n'a pas le goût de recommencer.

    L'argument selon lequel plusieurs hommes et femmes éviteraient de fréquenter la piscine ne tient pas la route. La fréquentation de la piscine publique ne fait pas partie des besoins essentiels.

    • Michel Richard - Inscrit 16 janvier 2013 07 h 32

      C'est votre exemple ne tient pas la route (ou les rails). On refuserait des wagons réservés aux hommes ou aux femmes parce que ce serait réellement incommodant pour un grand nombre d'usagers du métro.
      Il faut éviter les excès de rectitude. Les règles absolues doivent rester rares.
      Vous dites que les citoyens des deux sexes au Québec se sont battus pendant des années pour éviter la séparation des deux sexes dans l'espace public. Mais je n'ai pas de souvenir de ça. Pouvez-vous suggérer un exemple de situation où les hommes et les femmes étaient séparés dans l'espace public traditionnel du Québec ?
      Oui, nous nous somme battus pour que les femmes et les hommes aient également accès à l'éducation supérieure, pour un salaire égal à travail égal (et elle est pas finie cette lutte là) mais ce n'est pas la même chose.
      Ici, aucune règle publique n'oblige les femmes à se baigner aux heures non-mixtes, ou aux heures mixtes. On enlève rien à personne. Pourquoi chercher un problème où il n'y en a pas ?

    • Normand Charest - Inscrit 16 janvier 2013 07 h 51

      Grosse différence : il s'agit ici de quasi-nudité pour les baignades. On sépare déjà les hommes et les femmes pour les douches et les toilettes, alors je ne vois pas pourquoi on ne permettrait pas aussi la pudeur lors des baignades, pour celles et ceux qui le souhaitent. L'absence de pudeur n'est certainement pas une valeur fondamentale obligatoire de notre société, ou la pudeur une valeur dépassée. Et la liberté de choisir doit être préservée.

    • Pierre Brassard - Inscrit 16 janvier 2013 09 h 43

      Il existe des collèges non-mixtes. Horreur et damnation pour la bien-pensance !

    • Michel Gagnon - Inscrit 16 janvier 2013 10 h 40

      Je ne sais pas quel âge a M. Richard, mais comme il demande un exemple où les hommes et les femmes étaient séparés dans l'espace public traditionnel du Québec, je pourrais lui suggérer les écoles publiques primaires et secondaires.

    • Sylvain Auclair - Abonné 16 janvier 2013 12 h 28

      Dans les premiers bains publics montréalais (qui servaient à l'hygiène et non au sport ou au loisir), les hommes et les femmes avaient aussi des horaires différents, malgré l'obligation d'une tenue décente. D'ailleurs, jusque vers 1930, les femmes se voyaient offrir moins d'heures que les hommes (ça étonne quelqu'un?)

    • Georges Washington - Inscrit 19 janvier 2013 01 h 58

      Pas trop compliqué de répondre à votre question. Sur le principe que après accommodements il y a raisonnable. Certains l'oublient rapidement.

      Comme le dit bien l'auteur de la lettre, toute cette histoire sert de paravent à l'intolérance déguisée en vertu.

  • Audet Josiane - Inscrit 16 janvier 2013 06 h 43

    Discernement

    je suis en accord avec cette opinion. Je ne suis ni juive ni musulmane et j'aime bien l'idée de me retrouver, si je le désire, seulement en présence de femmes et ce, principalement pour une baignade. Je pense qu'il ne faut pas confondre les choses.

    • Joey Hardy - Inscrit 16 janvier 2013 14 h 26

      Je peux m'imaginer entre hommes, prendre un sauna une fois par semaine... N'y en a-t-il pas de tels dans le coin de Québec? "Pensez-y" - RBO

  • François Ricard - Inscrit 16 janvier 2013 06 h 57

    L'égalité pour tous

    Ces deux blocs de deux heures ne tiennent pas compte des besoins de ceux qui affichent une autre altérité.
    Il faudrait quatre blocs.
    Un bloc pour les femmes héréosexuelles. Un bloc pour les lesbiennes.
    Un bloc pour les hétérosexuels. Un bloc pour les homosexuels.
    À bien y penser, il faudrait aussi ajouter d'autres blocs pour les mixtes.
    Un bloc pour les mixtes orhtodoxes. Un bloc pour les échangistes.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 16 janvier 2013 08 h 05

      Un autre bloc pour les blondes, un autre pour les brunettes et ainsi de suite. Achetez-vous dont une piscine privé, mettez-la dans votre cours et passons à autre chose et vous pourrez chanter :« Seul au monde, je suis seul au monde !» Et vous exigez que les autochtones s'entendent entre eux afin de régler le litige ? Aveuglement volontaire quand tu nous tiens !

    • François Dugal - Inscrit 16 janvier 2013 08 h 25

      N'oublions pas des blocs différents pour les catholiques pratiquants et non-pratiquants.

    • Marc-Antoine Daneau - Inscrit 16 janvier 2013 08 h 31

      Et un bloc pour échangistes orthodoxes, et un bloc pour femmes hétérosexuelles échangistes, un bloc pour homme homosexuelles gauchers, un bloc pour les transsexuels numismates végétariens, etc...

    • Loraine King - Abonnée 16 janvier 2013 10 h 24

      Ben non, vous n'avez rien compris :

      Il y a des hétérosexuels femmes, et des hétérosexuels hommes.
      Il y a des catholiques femmes, et des catholiques hommes.
      Il y a des gauchers femmes, et des gauchers hommes.
      Il y a des des végétariens femmes et des végétariens hommes.
      Il y a des femmes blondes, et des hommes blonds....

      Mais il y a un différence entre un homme et une femme.

      Parlez-en à vos parents.

    • François Beaulé - Abonné 16 janvier 2013 15 h 50

      M.Ricard, il y a, dans certaines piscines, des bains réservés au plus de 50 ans. Il faut donc 8 blocs en tenant compte des «discriminations» que vous invoquez.

      À la piscine St-Roch de Parc-Extension, 2 heures sont réservées aux femmes mais il n'y a pas de période réservée aux hommes. Le samedi, le bain pour hommes n'est possible qu'avec les enfants et, aux périodes d'affluence, les longueurs de piscine sont impossibles. La gérante de la piscine a retiré la période «adulte» du samedi pour la réserver aux femmes, sous prétexte de budget insuffisant pour offrir les 2 types de bain le samedi.

  • Josée Malette - Inscrit 16 janvier 2013 08 h 00

    Où est le problème?

    Je ne comprends pas la pertinence de ce débat. Plusieurs piscines municipales réservent du temps pour les adultes seulement, les enfants seulement etc. Pourquoi pas pour les femmes seulement?

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 19 janvier 2013 11 h 42

      Quand c'est pour adultes seulement, on ne va pas jusqu'à interdire strictement l'accès aux enfants (on n'empêcherait pas un enfant qui a quelque chose d'important à dire à sa maman d'aller la voir).

      Quand c'est pour enfant seulement, on n'interdit pas non plus strictement l'accès aux adultes.

      J'imagine que si c'est une question de pudeur, réserver l'endroit à l'un des deux sexes implique que des membres de l'autre sexe ne peuvent même pas s'approcher assez près de la pièce où il y a la piscine pour risquer de voir les baigneurs ou les baigneuses. C'est la différence entre de la ségrégation et le fait de façonner un horaire en fonction des différentes activités qui peuvent intéresser les gens selon leur âge et en fonction des différents niveaux atteints dans le sport et des différentes vitesses auxquelles on est capable de nager selon l'âge.