Débat en France - Le mariage pour tous, ou vivre avec son temps

Les opposants au projet de loi français sur le mariage entre personnes de même sexe, l’Église et les partis de droite en tête, multiplient les manifestations comme lors d’une « Manif pour tous » tenue le dimanche 13 janvier.
Photo: Agence France-Presse (photo) Thomas Samson Les opposants au projet de loi français sur le mariage entre personnes de même sexe, l’Église et les partis de droite en tête, multiplient les manifestations comme lors d’une « Manif pour tous » tenue le dimanche 13 janvier.

S'il y avait peut-être un changement promis par François Hollande qui paraissait plus facile à réaliser que les autres, c’était celui du mariage homosexuel, accompagné du droit à l’adoption. Cet accomplissement détournerait un tant soit peu l’attention, jusque-là monopolisée par la crise, vers un sujet plus social, plus positif, et d’une certaine façon à la portée de tous. Le président de la République pensait certainement que la société française serait prête à accepter une telle mesure.

À l’image des Pays-Bas, de l’Espagne, de la Belgique, du Danemark et de la Suède, la France prendrait elle aussi les devants en la matière, et deviendrait le sixième pays de l’Union européenne à autoriser deux personnes du même sexe à s’unir ET à adopter au même titre qu’un couple hétérosexuel. Il suffirait de modifier la loi de quelques coups de crayon et le tour serait joué. Cependant, comme tant d’autres par les temps qui courent, l’affaire traîne, et après neuf mois, les Français pour cette réforme sociale patientent encore…


En attendant, les passions se déchaînent et le débat s’intensifie. Les opposants, l’Église et les partis de droite en tête, multiplient les manifestations. Des figures politiques telles que François Copé, UMP, et Marion Maréchal-Lepen, FN, par exemple, ont pris part à la « Manif pour tous » du dimanche 13 janvier. La question, initialement d’ordre social, est devenue éminemment politique. La crédibilité du gouvernement est en jeu. Pour l’instant, il maintient fermement sa décision.


Pourtant, à l’heure où presque un mariage sur deux se termine en divorce (Ined 2010), où les couples non mariés sont de plus en plus nombreux, et enfin avec le Pacs, la symbolique du mariage semble perdre en importance. Il paraît, par conséquent, paradoxal qu’avec une telle volonté on se batte pour acquérir ce droit d’union.


En fait, la question du mariage homosexuel n’a qu’une valeur pratique, c’est ce qu’elle implique qui suscite tant de controverse.


Les homosexuels n’ont ni plus ni moins envie de se marier que les autres : le mouvement pour le mariage sert seulement de combat pour l’indifférence par rapport à l’orientation sexuelle. L’autorisation du mariage gai en ferait quelque chose de personnel, qui légalement n’aurait aucun impact sur la personne. Elle mettrait simplement tout le monde au même niveau devant la loi.


Justement, en France, selon la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, nous sommes tous égaux en droit. Pour l’instant, nous sommes tous égaux dans le sens où tous les hommes ont le même droit : épouser une femme ; toutes les femmes ont le même droit : épouser un homme. Ce qui manque, c’est le droit universel d’officialiser son union avec la personne qu’on aime, sans qu’il soit réservé à ceux qui aiment comme la majorité. Tout le monde devrait pouvoir profiter des droits qui sont ceux d’un couple marié, puisqu’en plus d’être une institution symbolique, le mariage apporte un statut administratif, fiscal et social, et un modèle de gestion du couple, et ce, bien plus que le Pacs auquel les homosexuels ont droit.

 

L’égalité homme-femme


De plus, en étant marié, il est plus facile d’adopter.


La question de l’adoption est peut-être plus polémique du fait qu’elle touche directement à la vie de famille et qui plus est, implique une troisième personne qui ne peut donner son avis. Ce n’est plus seulement un couple déjà existant qui peut s’officialiser, mais carrément une mutation de la structure sociétale la plus intime qu’est la famille. Cependant, la cause homosexuelle n’est pas ici la seule en jeu.


En effet, l’évolution de la société vers un tel changement découle directement de la progression de l’égalité homme-femme. Les rôles du père et de la mère dans la famille ne sont plus aussi rigoureusement définis que jadis, et les défenseurs de l’égalité des sexes poussent dans ce sens.


C’est justement une des lignes directrices du combat de Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits de la femme et porte-parole du gouvernement français, qui est, ce n’est pas une coïncidence, chargée de la lutte contre l’homophobie. Elle affirme en effet qu’il y a une « proximité » entre la discrimination des femmes et l’homophobie, dans le sens où ces deux causes sont dues à « certaines représentations, certains stéréotypes qui, encore en 2012, enferment les sexes et les individus dans des rôles préétablis ». Or, c’est exactement en l’éloignement de ces stéréotypes que consiste ce nouveau projet de loi.


De moins en moins de caractères sont exclusifs aux pères ou aux mères, ces derniers sont polyvalents. Bref, si tous les couples incarnent une certaine complémentarité entre les deux individus, la manifestation de cette complémentarité est de nos jours variable d’un couple à l’autre.


C’est pourquoi, dans une certaine mesure, deux mères peuvent élever des enfants aussi bien que deux pères, ou qu’un père et une mère.


L’autorisation du mariage entre deux personnes de même sexe ainsi que l’adoption réaffirmerait l’égalité des sexes et l’indistinction des genres par la loi.


Ce projet de loi semble donc venir de l’évolution logique de la société, il fait partie d’un enchaînement cohérent de mesures menant à l’égalité au sens du XXIe siècle.


La société québécoise, par exemple, a évolué plus rapidement dans ce domaine grâce à sa structure et son histoire, depuis la Révolution tranquille. L’affirmation de la ministre des Droits de la femme y est confirmée : l’acceptation de l’homosexualité va de pair avec une égalité homme-femme plus ancrée.


Reste, au menu, la question des PMA et GPA (procréation médicalement assistée et gestation pour autrui), qui amènent leurs dilemmes bioéthiques et autres débats autour de l’origine de l’enfant.

9 commentaires
  • Gilles Bousquet - Abonné 16 janvier 2013 01 h 41

    Ne pas oublier...

    De permettre, en même temps, le divorce entre gens du même sexe, afin qu'ils ou qu'elles ne soient pas "poigné(e)s" dans le mariage...éternellement ou encore plus longtemps.

    • Sylvain Auclair - Abonné 16 janvier 2013 09 h 12

      Est-ce une blague? Seul le mariage catholique est indissoluble (quoique, avec les annulations...) et aucun curé de mariera des couples de même sexe.

  • Nestor Turcotte - Inscrit 16 janvier 2013 07 h 58

    Union civile et non mariage

    Le mariage, tel qu'il l'a été jusqu'ici, (un homme et une femme) était un engagement pris par l'un des conjoints envers l'autre conjoint de sexe opposé.

    On peut écrire sans se tromper: au commencement était le mariage. Avant les tribus, avant les États, avant les Églises. Le mariage reste la source permanente des tribus, des États et des Églises. Sans la famille, aucune société ne ferait un pas de plus dans l'histoire. Le mariage ne doit rien à personne. Il est premier.

    Le mariage tel qu'il est sorti des mains du Créateur, ce n'est ni le mariage civil ni le mariage religieux. Le mariage est cette institution élémentaire qu'on appelle LE MARIAGE COUTUMIER: union basée sur le sentiment conjugal et familial plus que sur les formalités, affaire de moeurs plus que de droit.

    Notre monde occidental est en train d'en faire une affaire juridique alos que le mariage est une affaire naturelle.

    Personellement, je n'ai rien contre les personnes de même sexe qui veulent faire de leur union une affaire de droit mais que ce geste ne s'appelle pas mariage. On pourrait parler alors d'union civile entre personne de même sexe mais non pas de mariage.

    Le mariage, dans la grande tradition humanitaire, est l'union libre de deux personnes de sexe opposé. Pourquoi? Il vise entre autre chose, la procréation d'enfants, fruit de leur union.

    Comme le couple de même sexe souhaite parfois avoir des enfants, il en réclame en demandant au couple de sexe opposé de leur donner le fruit de leur union. Il demeura, en ce sens, toujours une inégalité de fait: le couple hétérosexuel pourra toujours, s'il le souhaite, se donner des enfants. Le couple de même sexe devra demander à un autre couple (celui de sexe opposé) de lui en fournir. C'est le problème de l'adoption. Un tout autre problème...

    • Sylvain Auclair - Abonné 16 janvier 2013 10 h 59

      Est en train d'en faire un acte juridique? Cela fait des siècles que le mariage est régi par des lois. Quant au mariage... il permet aussi d'agir au nom de son conjoint, entre autres à l'hôpital, d'hériter de ses biens, de recevoir une pension de réversion, toutes choses qu'on refuse bien facilement aux couples homosexuels.

    • David Boudreau - Inscrit 16 janvier 2013 11 h 42

      M. Turcotte, que faites-vous des couples hétéros infertiles qui selon vos mots doivent demander «au couple de sexe opposé de leur donner le fruit de leur union»? Un couple hétéro est-il inégale vis-à vis l'autre dans ces circonstances? Il est périllieux d'invoquer la nature et la tradition sans tomber dans l'essentialisme.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 16 janvier 2013 13 h 56

      D'abord, Monsieur Turcotte parle comme si donner aux couples homosexuels le droit d'adopter des enfants voulait dire qu'on va enlever leurs enfants à des couples hétérosexuels pour les donner à des couples homosexuels. Les enfants qui sont donnés en adoption ne sont pas abandonnés par leurs parents pour satisfaire des parents adoptifs ! Ce sont des enfants dont les parents sont morts, ou dont les parents ont perdu la garde, ou encore dont les parents ont choisi de les confier à d'autres pour x raison, mais jamais pour faire un cadeau aux parents adoptifs. Si on laisse les couples homosexuels adopter des enfants, ils adopteront, comme n'importe quels parents adoptifs, des enfants qui ont de toute façon besoin que quelqu'un les prenne en charge.

      Deuxièmement, si le mariage était fait par essense pour avoir des enfants, il serait un engagement à en faire, justement, ce qu'il n'est pas. Le mariage est un concept, on peut changer la conception du mariage comme on veut.

      S'il est vrai que l'humain est un animal social et que la famille a une base naturelle, il n'en demeure pas moins que le mariage est un concept dont la définition évolue avec les cultures. Le mariage monogame hétérosexuel n'est pas LA façon, et encore moins la façon naturelle, de concevoir le mariage. L'être humain, depuis qu'il a développé le langage, conceptualise une réalité qui n'est pas en soi faite de concepts.

    • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 16 janvier 2013 18 h 04

      Les travaux anthropologiques ne valident aucunement les propos de M Turcotte sur ce qu’il considère le caractère transcendant du mariage.

      La variabilité des modèles d'organisation de la famille et de la parenté dans le temps et l'espace a été très étudiée. Comme par exemple dans « La famille et l'amour sous le Haut-Empire romain » ( http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/art ), et aussi dans le Cour d’histoire du droit de la famille (http://www.cours-de-droit.net/cours-d-histoire-du-,a769668.html#.UPctSxxCc6M ).

      Je cite Mme Danièle Hervieu-Léger : « Dans le modèle chrétien du mariage - stabilisé au tournant des XIIe-XIIIe siècles -, le vouloir divin est supposé s'exprimer dans un ordre de la nature assignant l'union à la procréation et préservant le principe de la soumission de la femme à l'homme. … Mais la torsion opérée en en faisant la référence indépassable de toute conjugalité humaine n'en est rendue que plus palpable. … Car cette anthropologie produite par l'Eglise entre en conflit avec tout ce que les anthropologues décrivent au contraire de la variabilité des modèles d'organisation de la famille et de la parenté dans le temps et l'espace. »
      (http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/12/le- )

  • Audrey Simard - Abonnée 16 janvier 2013 08 h 20

    Brillante analyse

    Merci pour cette brillante analyse des enjeux liés à ce débat.
    Vous avez mis le doigt sur des aspects très juste (et très sensibles).
    L'hétérocentrisme crasse qui perdure, ici comme ailleurs, ne peut que nuire à l'égalité des sexes et à une société réellement égalitaire pour toutes et tous.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 16 janvier 2013 10 h 41

    Égalité pour tous

    Tous sont égaux devant la loi. Du point de vue utilitariste, il n'a pas été démontré que l'enfant de deux parents du même sexe subirait des conséquences dommageables, en tous cas certainement pas plus que d'une famille monoparentale, d'un tuteur légal, d'une famille dysfonctionnelle ou d'une famille d'accueil Du point de vue de la rationalité ordinaire, l'enfant a aussi droit à deux parents que ses parents ont le droit d'élever un enfant.
    La résistance d'une frange de la population répond à des valeurs qui sont en voie de s'estomper: la hiérarchie des rôles dans la société avec l'empreinte de la religion sur les mentalités sous la férule surtout du prêtre dogmatique, sans femme ni enfants, qui ne sait pas de quoi il parle mais balbutie les enseignements d'une Église d'un autre temps.