L’avenir est aux partis municipaux

Denis Coderre a déjà dit que les partis politiques municipaux n’étaient pas indispensables. L’auteur croit plutôt qu’ils sont un outil nécessaire pour diriger des villes à l’importance grandissante.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Denis Coderre a déjà dit que les partis politiques municipaux n’étaient pas indispensables. L’auteur croit plutôt qu’ils sont un outil nécessaire pour diriger des villes à l’importance grandissante.

L'année 2012 aura probablement constitué le pire moment de l’histoire du Québec pour fonder un parti politique municipal. Pour plusieurs, notamment l’aspirant maire de Montréal Denis Coderre, ils ne sont « pas nécessaires » à ce palier de gouvernement.


Pourtant, des citoyens d’une douzaine de villes du Québec l’ont fait l’an dernier, dont des citoyens de Gatineau. Nous sommes convaincus que les partis politiques sont plus nécessaires que jamais, dans le monde municipal comme ailleurs. Nous sommes inquiets du retour d’un certain discours sur l’apolitisme municipal, discours qui était peut-être pertinent au XXe siècle, mais qui n’a plus sa place au XXIe.


Les villes ont changé. Au Québec, elles sont les principaux diffuseurs de culture. Elles sont le lieu du développement économique et celui de la pauvreté. Elles accueillent la presque totalité des immigrants. Elles gèrent 60 % des infrastructures publiques. Elles sont présentes dans presque tous les secteurs de l’activité humaine. Alors qu’elles étaient jadis des administrations responsables des ordures et de la voirie, elles sont aujourd’hui un autre ordre du gouvernement où il y a de vrais choix idéologiques à faire, c’est notamment ce qui explique une montée des partis locaux partout dans le monde.


Comme les chercheuses Laurence Bhérer et Sandra Breux l’ont bien démontré dans Les élections municipales au Québec, enjeux et perspectives, deux camps s’affrontent déjà partout au Québec. Celui des « minimalistes », pour qui les villes doivent rester des outils pour offrir des services à la propriété, et les « progressistes », selon qui il est dans l’intérêt de tout le monde que la juridiction la plus près du terrain intervienne puissamment auprès des personnes. Nombre de partis sont nés de cette fracture, et ce débat à lui seul justifie la présence de partis politiques.


Par ailleurs, l’opposition aux partis municipaux a quelque chose d’un peu hypocrite, car, sous une forme ou sous une autre, il y a presque toujours un « clan du pouvoir », un parti politique non officiel regroupé autour du maire. En fait, l’absence de parti favorise l’élite politique locale, encourage l’émergence de maires populistes, diminue la transparence sur les idéologies des élus, favorise la domination de la scène politique par les groupes d’intérêts locaux, réduit la « lisibilité » de la scène politique pour les électeurs et réduit la participation au vote.


Comme le disait récemment Claude Béland, il n’y a rien de plus naturel et de plus sain pour la démocratique que de voir des citoyens se réunir pour défendre un idéal. Les partis constituent un forum de plus pour que les citoyens puissent se faire entendre et permettent à la population de se prononcer sur des programmes politiques plus complets. Ils sont un outil de plus de reddition de comptes quant à la performance municipale. Les partis politiques sont aussi des outils incontournables pour permettre la prise des décisions les plus difficiles, comme la lutte contre l’étalement urbain, la révision des programmes municipaux ou encore la lutte contre la corruption, bref, toutes les décisions qui exigent une vision d’ensemble plus qu’une approche microlocale de quartier.


Il y a évidemment des changements importants à apporter quant au financement des partis politiques… mais aussi à celui des candidats indépendants. Il faut mieux encadrer l’influence des entreprises sur les partis… et sur les candidats indépendants. Il faut renforcer les oppositions municipales, notamment en facilitant le recours à un colistier.


Il faut faire tout cela, mais en tenant compte du fait que les villes ont changé et que, plus que jamais, il est nécessaire que les équipes au pouvoir portent une vision d’avenir. Rejeter les partis politiques municipaux, c’est rejeter le meilleur outil à la disposition des villes pour leur permettre d’évoluer au XXIe siècle, un siècle qui, partout dans le monde, est déjà celui des pouvoirs locaux.

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Maxime Pedneaud-Jobin - Chef d’Action Gatineau

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5 commentaires
  • Félicien Normandin - Inscrit 14 janvier 2013 10 h 41

    Très pertinent.

    je fais moi-même partie d'une formation politique à Saguenay, Équipe du Renouveau Démocratique, formée depuis plus de deux ans maintenant, parce que je partage entièrement votre position sur le sujet. Le problème du minimalisme, du populisme qui déborde même sur le religieux, de l'obscurantisme et j'en passe, c'est exactement ce qui se passe ici. En passant, les budjets de recherche et formation devant être mis au service des conseillers qui veulent entre approfondir des dossiers ont servi à engager du monde pour renforcer davantage la main-mise de la clique au pouvoir sur tout ce qui respire ou non à Saguenay. Ici, il y le maire puis
    19 échevins serviles qui lui mangent dans la main.

  • Marc Blanchard - Inscrit 14 janvier 2013 10 h 48

    C'est aussi ce qu'a dit Mme Louise Harel.

  • France Marcotte - Inscrite 14 janvier 2013 17 h 23

    Les médias régionaux

    Je me souviens avoir lu dans le Devoir que les médias sont très peu présents à l'échelle municipale et que cela dessert évidemment la démocratie municipale.

    Les hebdos régionaux font tous partie du même conglomérat et les partis au pouvoir à la mairie en font leur organe exclusif.

    Cela s'exprime je crois de façon assez primitive. Un représentant d'un parti d'opposition dans une municipalité tout près de Montréal en aurait long à dire sur le sujet, mais à qui?

  • Pierre Legault - Inscrit 14 janvier 2013 19 h 42

    Groupuscules parasitaires

    Nos gouvernement municipaux surtout dans les arrondissement de Montréall sont envahie de groupuscules qui "quètent" leur subventions pour aider les petits amis qui en retours votent pour le maire en place. quand ce n'est pas ce dernier qui les mets en place pour appuyer ses décisions
    C'est selon moi une autre forme de corruptions plus sournoise...
    Mon avis, un citoyen qui offre ses services dans son quartier n,as pas besoins d'un parti pour se fair élire, si dans chaque arrondissement une personne de ce genre se présente, il n'aura aucun problème pour se faire élire, Une fois élu, tous ces "indépendants" forment un seul et unique conseil de ville et TOUT ce beau monde travaille ensemble et non un contre l'autre pour donner un minimum de services aux citoyens,
    Contrairement a ce qui est mentionné dans l'article je crois que la priorité est le service de base, l'aide vient nécessairement ensuite, et non le contraire

    • Michel Bédard - Inscrit 14 janvier 2013 22 h 38

      D'accord.

      Une précision concernant votre expression "gouvernement municipal". En fait, ça n'existe pas... Un gouvernement adopte des lois, alors qu'une administration locale adopte des "règlements".

      Ajoutons que le terme Ville désigne l'administration, alors que ville désigne la municipalité.

      Ainsi. Je demeure dans la ville de Montréal.
      Et. Au sujet de ce problème d'ordre municipal, il faudra en saisir la Ville (administration) au plus vite.