Autochtones - Ce n’est pas aux francophones qu’il faut faire des reproches

Monsieur Bernard Roy,


Je viens de lire votre appel dans Le Devoir du 5 janvier. Je suis bien d’accord avec vous : il faut briser le silence et l’indifférence qui se sont installés depuis la Conquête entre les Amérindiens et nous. La raison en est bien simple : devenus maîtres de l’Amérique, les Anglo-Américains ont continué à pratiquer vis-à-vis de ces nations le mépris et l’autoritarisme qui avaient caractérisé leurs rapports avec elles depuis le début du XVIIe siècle.


Vous avez lu l’ouvrage magistral de David Hackett Fischer, Le rêve de Champlain (Boréal) ? Vous savez que durant tout le régime français, nos ancêtres fraternisaient avec les « Indiens », gardaient leurs forts ouverts pour eux et épousaient même leurs filles, surtout dans les Pays d’en Haut. J’ai publié un ouvrage là-dessus l’an passé, Partout en Amérique.


Une autre preuve des bons rapports entre Français et Indiens jusqu’en 1763, c’est la révolte de Pontiac, qui savait très bien ce qui allait arriver : ses frères furent graduellement repoussés vers l’ouest ; on acheta leurs terres par des traités qui étaient en fait des marchés de dupes ; ceux qui restaient furent parqués dans des « réserves » souvent minuscules…


Par la Loi des Indiens vers 1870, on les a réduits à une dépendance totale : pas le droit de posséder une maison, d’ouvrir un compte de banque, etc. Ils sont devenus des peuples « entretenus », juste assez pour ne pas mourir de faim… et encore.


Par ce régime, la Couronne britannique a fait des Indiens ses « pupilles » et a coupé les liens d’amitié qui pouvaient encore exister entre nos ancêtres et les Indiens. Ce n’est donc pas à nous, Québécois francophones, qu’il faut faire des reproches, parler de « réconciliation »… Vous dites que nous pénalisons nos enfants par notre aveuglement ? Erreur !


C’est Ottawa qu’il faut montrer du doigt : c’est lui qui refuse d’appliquer le rapport Dussault-Erasmus ; c’est lui qui a refusé de signer la Déclaration de l’ONU sur les droits des autochtones et c’est la majorité anglo-saxonne qui refuse de changer la maudite Loi des Indiens qui infantilise ces gens. Au Québec, René Lévesque dès 1962, Bourassa en 1975, le gouvernement du Québec en 1984, Bernard Landry par la Paix des Braves ont « reconnu » comme égales ces nations. Ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour améliorer les rapports avec les autochtones du Québec. Comparez le sort des Cris des deux côtés de la baie James… C’est le jour et la nuit, comme l’a dit le magazine L’actualité il y a quelques années. Attawapiskat n’est pas situé au Québec. Une fois souverain, je crois que le Québec réglera les autres problèmes rapidement. Nous sommes peut-être indifférents, par la force des choses, mais nous ne sommes pas méprisants.

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Onil Perrier - Saint-Denis-sur-Richelieu

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