La Réplique › Religion - «Catholiques à la porte»

Le collègue Louis O’Neill, professeur émérite de l’Université Laval, vient de rendre compte récemment du message pastoral de l’Assemblée des évêques du Québec. Il y a vu un « texte de haute portée, animé d’un grand souffle ». Soucieux de le vérifier, Internet me donne la possibilité de le faire en accédant instantanément à son intégralité. J’y décèle plutôt le grand souffle d’un message dramatisé pour les fidèles catholiques sur deux plans : la suppression de la paroisse concrète au profit de la communauté abstraite et le chantage à la perdition éternelle. Autrement dit : « Hors l’Église, point de salut ! »

Nos seigneurs les archevêques et évêques du Québec identifient divers types de citoyens plus ou moins éloignés de la religion catholique : les catholiques de recensement (83,2 % des Québécois en 2001), les athées et les agnostiques qui font partie de ceux qui se disent « sans religion » (5,6 % en 2001). Quant aux « catholiques à la porte », ceux et celles qui attendent une Église catholique réformée et renouvelée, nos Excellences les ignorent complètement. On ne peut les recenser.


Militants antireligieux


Ce sont davantage les militants antireligieux qui les préoccupent, ceux qui s’opposent « fortement à la religion et à sa présence sur la place publique ». Et pour cause, les circonstances les desservent : il va falloir « fermer boutique » dans plusieurs cas. Alors leur parole propose « […] d’aménager un espace public ouvert et accueillant où puissent s’exprimer, dans le respect mutuel, les valeurs et les croyances des uns et des autres », parole qui annonce le recours aux fonds publics en guise de compensation pour l’incurie financière des fidèles.


Car l’Église locale a changé : « Dans le Québec traditionnel, [la paroisse] était en partie une réalité sociologique. […] Mais dans le nouveau Québec pluraliste, c’est de plus en plus une communauté à laquelle on choisit d’appartenir. » Tout est dit : la modernité a passé, la communauté avec les autres est née. On ne sera jamais assez nombreux pour payer les déficits. Que les « catholiques à la porte » se réjouissent : y’a plus de porte. À défaut de l’ouvrir, ILS l’ont supprimée !


Réjouissance prématurée. Le message pastoral fait allusion à l’année de l’Expo 67 : « Ceux d’entre nous qui ont plus de cinquante ans [s’en] souviennent avec émotion. » Rajoutons vingt ans pour prolonger l’émotion. Dans tous les collèges classiques du Québec sévit un chantage en raison de la résistance à l’appel de Dieu de la part de ceux qui refusent d’aller au séminaire. Pareillement aujourd’hui, ce message explique : « Cette situation ne ressemble-t-elle pas un peu à ce que nous vivons, aujourd’hui, au Québec ? Il n’y a pas si longtemps, chez nous, nous étions nombreux à suivre le Christ et à participer à la vie de la communauté des disciples : l’Église. Puis, en quelques années, “beaucoup de ses disciples s’en allèrent”. » Les « catholiques à la porte » ont évidemment tort, particulièrement du point de vue de leur salut : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Le chantage à la perdition éternelle revient à la manière cléricale du lavage de cerveau des collégiens du classique d’autrefois.

 

Serviteur de Dieu


En guise de signature, l’estimé collègue O’Neill, remarquable serviteur de Dieu et de César durant sa carrière qui se prolonge, s’est présenté comme « ancien prêtre ». Comme dans le cas de nombreux autres, et tout spécialement de certains de mes confrères de collège, ils ne sont pas d’« anciens prêtres ». Mais toujours prêtres, « des prêtres à la porte ». À telle enseigne qu’un jour, un pape plus éclairé les rappellera avec tout leur monde au service du ministère pastoral. A-t-on idée de la compétence, du dévouement et de la charité dont l’Église catholique du Québec a été privée au cours des dernières décennies en raison de cette sécularisation insensée basée sur la méfiance ecclésiale des femmes ?


Devant une Église catholique du Québec fermée au mariage des prêtres, à l’ordination des femmes, à l’alliance homosexuelle et j’en passe, il va couler beaucoup d’eau sous les ponts avant que nombre de citoyens et de citoyennes perdent leur statut de « catholiques à la porte ».

10 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 27 décembre 2012 05 h 22

    À contre-courant!

    Certains voudraient que l'Église-institution s'ouvre à tout vent, devienne un genre de centre commercial(centre d'achats),qui suit toutes les modes. Mais l'Église sera souvent à contre-courant! Et heureusement! Et en particulier lorsque la raison déraille et les idéologies de toutes sortes paraissent dominer l'Occident.

    Bien des catholiques et autres restent à la porte. Ils n'ont qu'à entrer! L'entrée comme la sortie demeurent libres! Et chacun garde sa conscience! Et l'Esprit continue de faire son travail, comme il veut et où il veut. De fait, tout est affaire de confiance... À Noel, le Christ a fait confiance à Marie et à Joseph!

    • Jean-François Trottier - Abonné 27 décembre 2012 12 h 54

      L'Église du Québec a rarement été à contre-courant de quoi que ce soit. Historiquement on peut prétendre qu'elle l'a été il y a près de 175 ans quand elle a refusé de se joindre aux Patriotes mais de fait elle ramait très fort dans le sens du pouvoir. Lors de la conscription il y a 70 ans elle n'allait que dans le sens de Rome qui a conservé un silence bien lourd devant les Nazis et Fascistes. Dans quel sens allait le courant alors? La question est posée.
      Les tentatives d'assimilation des Premières Nations auxquelle elle a participé ne plaident pas pour votre discours non plus.
      Les pénibles tentatives de "messes à gogo" des années soixante ne vont pas vraiment dans votre sens non plus puisque le vide relatif qu'avait laissé Vatican II dans la pratique rituelle a ouvert une toute petite porte à quelques guitares et deux accords sans pour autant modifier ses positions, ni face au pouvoir, ni devant l'injustice sociale: elle est restée bien en deça du "cher patron", Jean le Baptiste.
      Depuis elle est en mode survie. Dispartion du clergé, ventes immobilières pour pallier au manque de revenus, elle semble attendre avec patience un retour inévitable du balancier vers des valeurs qu'elle dira fondamentales et que je qualifie de fondamentalistes dans ce qu'elles ont de plus primaire. Pour le moment elle présente des opinions tout ce qu'il y a de mièvres, juste asses loin de la réalité palpable pour éviter une réelle critique. Nous sommes à mille lieues de l'engagement sociétaire qu'elle a tant prôné quand elle n'avait qu'à se laisser pousser... par le courant.
      On ne peut absolument pas juger d'une institution aussi enracinée dans notre passé sur la base de trois paroles et deux discours depuis quelques années. Pour croire le moindrement à son implication dans notre milieu il me faudra la voir se positionner radicalement en contradiction de ses errements sciemment assumés tout au cours de son histoire. Nous en sommes loin.

  • François Dugal - Inscrit 27 décembre 2012 08 h 15

    Le clergé et les laïcs

    Les membres du clergé vit dans leur bulle (papale...), les laïcs croyants vivent dans la société pluraliste où ils mettent en pratique le message de l'évangile: «aimez-vous les uns les autres». Pas question de ciel ou d'enfer, mais juste la vie de tous les jours, les enfants qui grandissent et qu'on élève.
    Gageons que Jésus est content.

  • Yvon Bureau - Abonné 27 décembre 2012 09 h 25

    Un Collet Humain

    Jacques, merci pour votre article. Il me plait.

    Fermée, l'Église s'asphyxie, lentement mais sûrement, sur respirateur artificiel.

    Elle devrait s'unir aux nombreux humains qui veulent construire une vie meilleure sur cette terre et pas ailleurs, une vie plus juste et plus solidaire; même, pour un certain temps, construire une vie de survie. Comment ensemble, dans un devoir de survie pour les vivants sur cette planète, choisir des valeurs collectives rassembleuses, écologiques, ouvertes à la communication, courageuses, signifiantes, significatives, «impactives» positivement, capables d'unir le plus grand nombre d'humains construisant un monde meilleur. Et cela sans aucune menace d'une vie éternellement agréable ou horrible sans borne et sans fin (une croyance, pas plus). Et tout cela pour l'unique et profond plaisir de la continuité de la vie.

    En attendant, ayons une surprise énorme : le prochain pape sera élu par et parmi les cardinaux ET les 5 000 évêques; là l'Esprit pourrait sortir de cette énorme prison «cardinaliste» et pouvoir enfin travailler! Il y aurait après, une émergence d'une vie nouvelle, sur notre terre, pleine d’inattendus.

    Un printemps ecclésial pour hommes et femmes, des humains croyants égaux et libres !

    Ce printemps invitera de sauter Vatican III et d’aller directement à Vatican IV !

    Premier impact : un message essentiel, libéré des croyances hors sens et peu crédible pour la très grande partie de la jeunesse et même de la vieillesse. Humanistes incroyants et croyants plus intensément humains s’uniraient pour opter pour des valeurs communes créatrices de vie meilleure, et pour agir ensemble en conformité avec les valeurs choisies.


    Un petit impact-signe : bien des costumes iraient au musée; pour ceux et celles de la hiérarchie qui le veulent, ils porteraient un signe distinctif : un Collet Humain.

  • Pierre Brassard - Inscrit 27 décembre 2012 10 h 22

    Règlements de compte

    Il y a encore des règlements de compte envers l'Église catholique. Surtout parmi une certaine cohorte générationnelle. Quand ceux-ci partiront, une nouvelle page de l'histoire de l'Église catholique se fera au Québec. Attendons nous à une nouvelle réalité religieuse qui en étonnera plusieurs.

    Il suffit de regarder une donnée sociologique:

    5,6% de "sans-religion" au Québec.

    24% de "non-affilié religieusement" aux États-Unis. En forte hausse.

    Le Centre de recherche américain The Pew Forum est une source fiable.

    http://www.pewforum.org/Unaffiliated/nones-on-the-

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    Je me risque d'un point de vue. Le taux d'athée au Québec restera infime et n'ira pas jusqu'à 10% de la population au Québec. Alors que celui des États-Unis sera plus élevé que le Québec...

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 décembre 2012 21 h 26

      Encore faut-il savoir ce que ces chiffres veulent dire. Stat Can nous demande de quelle religion on est, _même si on ne la pratique pas_. Si je ne connais même pas le nom de ma paroisse, comment pourrais-je être «affilié religieusement» même si je suis baptisé?

    • Jeannot Duchesne - Inscrit 28 décembre 2012 11 h 13

      "Quand ceux-ci partiront, une nouvelle page de l'histoire de l'Église catholique se fera au Québec."

      J'imagine que c'est le nouveau message évangélique qui remplace celui qui a suivi Vatican II: "si vous n'êtes pas d'accord quittez l'Église".

      J'ai une bonne espérance de vie, j'anticipe cette nouvelle réalité évangélique statistique.
      ;-)

  • Jeannot Duchesne - Inscrit 27 décembre 2012 15 h 36

    "Nayez pas peur" avec un trémolo

    Rien de nouveau dans le texte "Catholiques dans un Québec pluraliste" sauf une peur pour "l'église institution" suite aux revendications d’une minorité de pseudo-athées antireligieux pour une laïcité totalitaire alimentée par une haine viscérale de toute religion.

    Les évêques semblent avoir une compréhension biaisée de l'histoire qui ressemble plus à de la déformation historique comportant surtout des silences.

    L'évènement du drapeau n'a pas été dans une période de grande clarté; ce fut plus des années de prospérité pour "l'église institution et la hiérarchie ecclésiale".

    Peut-on mettre un bémol sur ce que les évêques ont qualifié de société plutôt unifiée sur le plan culturel et religieux? Était-ce une foi vivante ou une pratique obligée? C'était avant la révolution tranquille, le "Maître chez-nous" de Jean Lesage et avant Vatican II, les paroles de Jean XXIII: "«Je veux ouvrir la fenêtre de l'Église, afin que nous puissions voir ce qui se passe dehors, et que le monde puisse voir ce qui se passe chez nous».

    Les évêques ne mentionnent que le cinquantième anniversaire de Vatican II mais préfèrent interpeller par l'Expo 67. C’est compréhensible car déjà cette fenêtre du Vatican s’était refermée.

    La fenêtre est devenue encore plus étanche avec le pape de l'opus dei, Karol Wojtyla et son exécuteur à la sainte inquisition. Beaucoup de théologiens on été écartés et mis sous silence et l'épiscopat a été restreint à quelques modérés au début pour aller de plus en plus vers les conservateurs et maintenant uniquement aux intégristes. On a préféré la loi et le dogme à l'évangile et les évêques ont tronqué leur collégialité pour un serment d'allégeance à Joseph Ratzinger.

    Nous ne pouvons que conclure qu'avec les moyens de communication modernes nous savons ce qui se passe chez-eux mais ils ne savent toujours pas ce qui se passe au dehors.

    L'Église n'est-elle pas assurée de la vérité dans le temps?
    Craint-on ou veut-on faire peur?