L’affaire Boisclair ou le syndrome d’Henri VIII

Photo: Illustration: Christian Tiffet

La capacité qu’ont les premiers ministres de nommer des hauts fonctionnaires à des postes-clés qu’ils jugent importants pour eux, est un pouvoir hérité leur venant directement du pouvoir divin qu’avait le monarque, empereur, roi ou reine, de nommer ces acteurs politiques essentiels à leur pérennité. Aujourd’hui, ce pouvoir semble s’éroder de plus en plus sous les assauts des défenseurs de la démocratie. Et, cette démocratie pour sa part, se présente de plus en plus vêtue de ses habits moraux.

Vers les années 1530, incapable de ramener le pape Clément VII à la réalisation de ses intérêts, Henri VIII se sépare de son épouse légitime Catherine d’Aragon, épouse alors Anne Boleyn, se fait reconnaître comme le protecteur particulier et le chef suprême de l’Église et du clergé d’Angleterre par l’archevêque de Canterbury, William Warham. Puis, il fonde l’anglicanisme et consacre le schisme d’avec le Saint-Siège de Rome. Avec le recul du temps, ce schisme a sorti l’Angleterre de la grande noirceur religieuse, a donné la démocratie américaine et certaines pratiques politiques dans les parlements des colonies britanniques encore présentes de nos jours dans les pays du Commonwealth. Dont celle de nommer des « alliés » fiables dans des postes politiques clés. C’est ce que l’on pourrait appeler le syndrome d’Henri VIII.

 

Contagion


Durant ses neuf années de pouvoir et aussi lors de son départ récent, M. Charest fut une victime des plus actives de ce syndrome. Mme Marois hérita du virus tout naturellement et nomma, par ministres interposés, Nicolas Girard à la tête de l’Agence métropolitaine de transport et, plus récemment, André Boisclair sous-ministre adjoint et délégué du Québec à New York. Craignant à son tour d’être victime du syndrome d’Henri VIII de la part du prochain monarque que fait craindre un gouvernement minoritaire, M. Boisclair a demandé une certaine protection avant d’accepter ce poste. On lui donna alors le statut de sous-ministre lui assurant ainsi une permanence dans la haute fonction publique québécoise, afin qu’il ne se retrouvât le bec à l’eau trop rapidement, lui qui abandonnait tout pour satisfaire à cette demande de service à la nation nécessiteuse de la première ministre. Le scandale éclate ! Le PLQ ignorant son propre passé trouble à cet égard, fait flèche de tout bois. La CAQ lave alors plus blanc que blanc. Québec solidaire étale sa jalousie structurante. Les médias, détectant ici une proie des plus facile, rivalisent de mesquinerie avec toute opposition possible et s’emparent du bébé naissant. On parle de despotisme (Henri VIII n’est pas loin ici), de privilèges indus, de favoritisme ancienne mode, de non-respect de la promesse de faire autrement, et j’en passe. Plusieurs, mal renseignés et mal renseignant, dont Marie-France Bazzo à Télé-Québec entre autres, parlent du scandale de la double rémunération, laquelle pourtant, n’a jamais été proposée. Bref, Mme Marois, incapable d’expliquer son geste soudainement devenu illégitime plus à fond devant cette hystérie collective, et fort bien orchestrée, à la tête d’un gouvernement minoritaire sans pouvoir réel, et surtout prisonnière de promesses diverses et d’un horizon temporel « démoclèsien », recula ! Encore une fois. Évoquant cette fois-ci son écoute efficace du bon public. C’est la démocratie en marche vêtue de sa robe judéo-chrétienne, gardienne de la bonne morale, qui vient de gagner. N’est-ce pas là la plus dangereuse des démocraties ?

 

Victime dogmatique


Car ce public, souvent mal renseigné et croyant le contraire, facilement manipulé, auquel les médias n’apportent plus les faits objectifs, mais à qui plutôt ils enseignent quoi et comment penser, représente-t-il une démocratie réellement éclairée ? À l’heure des médias sociaux marqués par l’absence de tout filtre valable, n’est-il pas plutôt transformé ce public vulnérable, en victime dogmatique d’une démocratie instantanée devenue « people-o-cratie » tuant toute réflexion créative réelle, changeant d’idée à chaque coup de « twitte » qu’apporte le vent ?


Tous ont reconnu la valeur de M. Boisclair, mais on lui nie le droit à la permanence et personne ne parle plus des 33 dernières nominations de même nature de M. Charest ! Ainsi, dans ce nouveau drame bien québécois, l’opposition se réserve en catimini le privilège du despote éclairé aussitôt revenu au pouvoir. N’est-il pas temps de définir clairement les postes qui seront réservés à des nominations partisanes ? Sans doute quelques postes de confiance où la ou le nommé défend la politique du parti majoritaire au pouvoir, ne peuvent échapper à cet état de fait. Il faut bien convenir alors que cette pratique demeure nécessaire et essentielle dans certains cas. Ceci est aussi une composante fondamentale de la démocratie et une façon nouvelle de la pratiquer. À l’Assemblée nationale alors d’en disposer clairement, selon des critères publics reconnus, et préciser si le poste en cause sera permanent ou pas, et que finisse ce syndrome d’Henri VIII qui a de moins en moins sa place dans une démocratie en marche comme la nôtre. Et si on profitait du temps des Fêtes pour en discuter en famille…

29 commentaires
  • Jean-Pierre Papineau - Inscrit 11 décembre 2012 05 h 05

    Deux poids, deux mesures

    Monsieur Gaumond,
    Vous qui connaissez bien la fonction publique pour en avoir été membre, affirmez que Jean
    Charest a positionné 33 fidèles du Parti Libéral au sein de la fonction publique.
    En leur accordant ainsi le statut d'innamoblibles estafettes pour informer régulièrement les bonzes du PLQ de ce qui se passe intra muros, c'est amusant de constater comment l'opposition officielle peut en déchirer des chemises pour se scandaliser de la venue de Monsieur Boisclair.

    • Denis Gaumond - Abonné 12 décembre 2012 06 h 41

      Vous avez bien raison. C'est pour cela que j'écris: "Ainsi, dans ce nouveau drame bien québécois, l’opposition se réserve en catimini le privilège du despote éclairé aussitôt revenu au pouvoir".

  • Pierre Schneider - Inscrit 11 décembre 2012 06 h 47

    Parachutes dorés

    Vous avez raison: Les gouvernants doivent nommer à des postes stratégiques des gens qui partagent leur philosophie. Mais leur accorder en plus des parachutes dorés à perpétuité relève d'une façon de faire de la politique que le peuple ne veut plus tolérer. Exit les patroneux de la pire espèce et vie la démocratie citoyenne dont vous vous moquez en la qualifiant de "peuple-o-cratie" avec un cynisme qui n'honore pas votre intervention.

    • Denis Gaumond - Abonné 12 décembre 2012 06 h 40

      Je comprends très difficilement la réaction que certains ont face à l'obtention d'un poste permanent à la fonction publique si l'Assemblée nationale décide que ce poste et ce candidat le mérite comme je le propose. S'il ne s'agit pas ici de jalousie malsaine, j'aimerais bien savoir de quoi on parle. D'autre part, un incompétent, même permanent, sera congédier si avéré.

  • Jean Lapointe - Abonné 11 décembre 2012 08 h 34

    Monsieur Gaumond a-t-il raison ou pas

    Monsieur Gaumond a écrit ceci: «Car ce public, souvent mal renseigné et croyant le contraire, facilement manipulé, auquel les médias n’apportent plus les faits objectifs, mais à qui plutôt ils enseignent quoi et comment penser, représente-t-il une démocratie réellement éclairée ?»

    A-t-il raison ou pas d'affirmer que les médias enseignent plutôt au public quoi et comment penser?

    Il exagère sûrement un peu. Les médias ne font pas qu' enseigner aux gens quoi et comment penser, ils informent aussi.

    Il reste que je trouve que ce n'est pas complètement faux.

    Et si on peut reprocher bien des choses aux ministres des différents gouvernements, on peut en reprocher aussi pas mal aux journalistes et aux médias.

    Mais comme tout le monde, les journalistes n'aiment pas dutout se faire faire des reproches. Ils vont alors essayer parfois de s' organiser pour que ça ne se sache pas.

    Il reste qu'il me semble qu' ils devraient eux aussi se remettre en question parfois.

    Ce que je lis à l'occasion de la part de certains journalistes me fait lever les cheveux sur la tête.

    C'est moi qui peut avoir tort évidemment.

    Ce n'est pas facile la démocratie.

    • Denis Gaumond - Abonné 12 décembre 2012 06 h 47

      Il suffit de voir le rôle et le comportement des journalistes participant aux diverses émissions à la radio et à la télé. Ils doivent participer à la création de "l'événement" médiatique, sinon ils ne seront plus invité. Alors, on n'informe plus, on oriente afin de servir la fonction "spectacle" du médium où ils se trouvent. Le "show" en premier. Alors l'information est "arrangée" en conséquence. Dans les journaux sérieux et revues valables, c'est un peu différent. Mais, ne sont-ils pas menacés par les médias à écran?

  • Martin Richard - Inscrit 11 décembre 2012 08 h 48

    Renouvellement

    N’oubliez pas de renouvelez votre carte de membre du PQ, vous risquez de manquer les partys des Fêtes.

    Martin Richard
    Montréal

    • Denis Gaumond - Abonné 12 décembre 2012 06 h 50

      Désolé de vous avoir bléssé... Ma proposition devrait mériter quand même une meilleure analyse de votre part. Je respecte également votre choix de parti politique et vous présente mes meilleurs voeux.

  • Jean Brunet - Inscrit 11 décembre 2012 09 h 08

    PARACHUTES DORÉS

    Bravo

    • Denis Gaumond - Abonné 12 décembre 2012 06 h 50

      Merci beaucoup.