Pour mieux comprendre Richard Henry Bain

Depuis l’élection d’un parti indépendantiste à la tête du gouvernement, force est de constater que nous avons la défense du projet de souveraineté bien timide. En effet, rappelons que depuis l’attentat du Métropolis, le Québec au complet s’est pudiquement vautré dans une political correctness à toute épreuve : personne n’a osé accuser qui que ce soit dans cette sombre affaire qui aurait pu, par ailleurs, très mal tourner. Mentionnons qu’à la suite de cet évènement tragique, on a d’abord préféré croire que son auteur, Richard Henry Bain, était un déséquilibré mental sortant de nulle part et qui n’avait été influencé par personne pour commettre son geste, un geste qui aurait été alors commis par pure démence.


Mais à la suite des témoignages de ses voisins, mal nous en pris de constater que Bain n’était pas si fou que cela. Car malgré un équilibre mental fragile, ce Richard Henry Bain, qui sera de retour en cour [ce vendredi], s’avérait être quelqu’un d’assez cohérent, fortement politisé et partisan du Parti libéral du Québec. Il avait, paraît-il, et sur toutes sortes de sujets, de longues discussions avec ses amis et avec son pasteur. Loin d’être déconnecté de la réalité, il s’intéressait de près à tout ce qui se passait au Québec.


Mentionnons d’ailleurs pour ceux qui ne le savent pas qu’à peine deux semaines après son attentat, alors qu’il était détenu à l’infirmerie du pénitencier de Rivière-des-Prairies, Bain s’est permis de téléphoner à un poste de radio anglophone de Montréal, CJAD, pour y élaborer librement sur une ligne ouverte ses opinions politiques, et cela, pendant 38 minutes ! Alors que Jacques Fabi de 98,5 FM s’est vu démettre de ses fonctions pour avoir librement laissé une auditrice émettre des opinions antisémites, on peut se surprendre que cette station anglophone ait pu laisser impunément le tueur du Métropolis exprimer librement ses positions francophobes pendant 38 minutes.

 

La réalité politique canadienne


Quoi qu’il en soit, ce Richard Henry Bain nous aura donc finalement peut-être révélé plus de choses que nous le pensions sur la réalité politique canadienne. Jetons un coup d’oeil, par exemple, sur ce qu’en tant qu’anglophone il avait l’occasion de lire dans ses journaux et nous jugerons ensuite si nous avons tellement à nous surprendre qu’un être aussi fragile mentalement que lui ait voulu s’attaquer à la chef nouvellement élue d’un parti souverainiste.


La chroniqueuse du Calgary Herald écrivait peu avant l’élection que le programme de Pauline Marois est le plus raciste de toute l’histoire canadienne. Le National Post dira le jour de l’élection que Mme Marois n’a pas sa raison d’être à la tête du Québec, car malgré son élection, les Québécois eux-mêmes ne veulent pas d’elle… Et quant à The Gazette et au Globe and Mail, depuis des années, disons-le, ils traitent les militants du projet souverainiste de terroristes et de radicaux qui veulent retirer tous ses droits à la minorité anglophone.


Évidemment, à la suite de l’élection du Parti québécois et au retour du projet souverainiste dans le décor, on ne pouvait s’attendre à ce que les choses s’arrangent pour Pauline Marois. Pour le Canada anglais, en effet, toute nouvelle tentative de séparation d’avec le reste du Canada ne peut que relever d’une usurpation de pouvoir : après deux référendums perdus, les anglophones ne peuvent plus aujourd’hui supporter l’idée qu’un gouvernement d’ordre provincial revienne encore sur cette question. […]


Même avec un vote fortement majoritaire pour un Oui lors d’un éventuel référendum, il est clair que plus jamais les anglophones d’ici n’accepteront pareille décision. Ils ont appris leur leçon et s’en remettront toujours au fédéral à l’avenir quant à leur droit, selon eux inaliénable, de faire partie du Canada et quant à la préséance de celui-ci sur toute velléité provinciale en matière de souveraineté. C’est d’ailleurs exactement ce qu’expliquait Richard Henry Bain dans ses propos sur les ondes de CJAD.

 

Un processus politique


L’attentat contre Pauline Marois s’inscrirait donc dans un processus politique enclenché dès le référendum de novembre 1995. On se souviendra qu’alors, les anglophones du Québec avaient été fortement ébranlés. Mais depuis, les choses ont changé. Le Canada anglais a alors compris les dangers réels que représentait pour lui le Parti québécois. Il a alors radicalisé son discours envers le peu qui reste au Québec d’aspirations à l’indépendance.


Les Anglo-Canadiens sont sortis de leur torpeur et sont maintenant bien réveillés. Malheureusement, c’est par la voix d’un détraqué et un soir d’élections que ce nouveau message de la communauté anglophone à notre endroit nous est violemment parvenu. « Les Anglais se réveillent ! », hurlera avec aplomb Richard Henry Bain lors de son arrestation.


Si le Parti québécois se veut cohérent avec lui-même, il serait peut-être temps qu’il cesse de tergiverser en souriant béatement à tout le monde et qu’il affirme plutôt résolument, fermement et clairement ses positions indépendantistes. Car maintenant qu’il a été élu, il se doit de les assumer en adulte plutôt que de se défiler lâchement en ne dénonçant pas, par exemple, les abus des médias anglophones à son endroit et qui ont tristement conduit Richard Henry Bain à commettre son attentat.

***

Rectificatif après la mise en ligne:

Contrairement à ce qui est écrit, M. Bain n'a pas participé à une tribune téléphonique à la station CJAD, le lendemain des événements. M. Bain a de son propre chef téléphoné à la salle des nouvelles de la station. Astral a diffusé non pas 38 minutes, mais 6 secondes à CJAD et deux extraits de 7 sec. à NRJ et Rouge fm. Toutes nos excuses pour les inconvénients que cette erreur a pu causer.

27 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 7 décembre 2012 05 h 27

    Étrange!

    "Drôle" d'article. Enfin, la liberté d'expression existe pour tous! Passons!

    • André Martineau - Abonné 7 décembre 2012 08 h 40

      Vous trouvez ça drôle que des médias anglophones tolèrent 38 minutes de racisme ? Et que depuis 1995, ils ne voient pas la poutre dans leur oeil ?
      André Martineau

    • Gilles Théberge - Abonné 7 décembre 2012 11 h 57

      Drôle de commentaire monsieur Lebel. Vous lisez les journeaux avec de curieuses lunettes...

      Ça ne prends pas un doctorat pour comprendre que le monsieur Bain en question était très clair. C'est bien un attentat politique auquel nous avons assisté en direct. C'est bien de francophobie qu'il s'agit. C'est bien d'une poussée d'urticaire majeure qu'il a été atteint. Et il en a remis pendant 38 minutes en direct à la radio.

      Et la hargne se monsieur Bain est alimentée à jet continu par des journeaux que vous ne semblez pas lire. Sinon avec les curieuses lunettes avec lesquelles il semble que vous les consultez.

    • Gaetane Derome - Abonnée 7 décembre 2012 19 h 29

      Liberte d'expression et verite,si on veut bien voir celle-ci!

  • Gilles Bousquet - Abonné 7 décembre 2012 06 h 47

    De tels fous

    Il y en a un peu partout.

    Que la justice et les psy s'en occupent, ils en ont besoin.

    • Louka Paradis - Inscrit 7 décembre 2012 21 h 40

      Il fallait s'y attendre : M. Bain a bien joué sa comédie aujourd'hui au palais de justice pour faire croire qu'il était malade mental : il a eu 3 mois pour pratiquer le rôle et le scénario... Parions qu'il sera jugé inapte à subir son procès ? Ce serait aussi intéressant de savoir par qui a été nommé le juge qui présidera ce procès. Enfin, on verra, comme dirait un politichien bien connu.
      Louka Paradis, Gatineau

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 7 décembre 2012 23 h 20

      Irresponsable vraiment?
      Au rythme où vont les verdicts, il suffit d’être fou, ou de faire croire qu’on est fou en tenant des propos délibérément confus, pour s’exonérer de toute responsabilité.

    • Marc Provencher - Inscrit 12 décembre 2012 10 h 24

      L. Paradis: «Bain a bien joué sa comédie aujourd'hui au palais de justice pour faire croire qu'il était malade mental.»

      Citoyen Paradis, en quoi idéologie et maladie mentale sont-ils incompatibles ?

      Des assassins comme celui de Sadate, de Rabin, ceux d'Aldo Moro, ou les tueurs M. Lépine ou A. Breivik - tous avaient des motivations politiques dans leur mélasse. Et alors? Ça exclut d'office que certains d'entre eux étaient fous à lier?

      Parce qu'un attentat est politique, son auteur n'est automatiquement pas fou? Ne croyez-vous pas plutôt qu'une folie homicide peut trouver dans le "turf" idéologique de son époque un excellent carburant ?

      Moro devait confesser à ses ravisseurs des Brigades rouges, au cours d'un prétendu "procès du peuple", son appartenance au SIM, le Système international des multinationales (sic). Le malheureux devait admettre son appartenance à une organisation secrète... qui n'existait que dans la tête des Brigades rouges !! "À la folie homicide par le versant idéologique!" aurait pu être leur devise.

      Autre exemple, l'idéologie nazie - un fascisme naturel-biologique (*) - produisait entre les deux oreilles un résultat équivalent à la plus virulente des maladies mentales. Y compris une manie de la persécution suraiguë doublé d'un délire "spéculaire" (de speculum, miroir) qui attribuait systématiquement aux Juifs (des Juifs totalement imaginaires) SES PROPRES intentions génocidaires, sur le pattern suivant : "Si les Juifs cherchent à déclencher une guerre mondiale pour exterminer les Aryens (sic), alors ce sont les Aryens qui..." (Il y a maintes tirades d'Hitler sur ce même schéma cinglé).

      Bain est un fou idéologique, nourri entre autres par les innombrables accusations de "fascisme" lancées contre nos séparatistes par des irresponsables se faisant des fascismes une conception aussi incompétente que slack.


      (*) (Principale différence avec le fascisme italien, certes délirant et liberticide mais réticent au naturalisme, donc à la pensée raciale.)

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 7 décembre 2012 08 h 13

    Presque complètement d'accord !

    Deux commentaires :

    Au début, vous parlez de Richard Henry Bain, comme de quelqu'un qui savait ce qu'il faisait et qu'il est probablement influencé par le discours raciste et négatif des médias anglophones.
    Puis, vers la fin de votre lettre, vous le traitez de «détraqué».
    Les vrais felquistes étaient-ils des détraqués ?

    D'autre part, c'est curieux comme la situation semble différente en Grande-Bretagne avec l'Écosse. Si j'osais émettre des hypothèses, je me ferais sans doute censurer.

    Merci de nous inviter à nous tenir debout et d'affirmer clairement notre volonté d'indépendance.
    Peu importe, la réaction des anglos. On ne fait pas d'omelettes...

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 7 décembre 2012 08 h 28

    Curieuse démarche

    La philosophie, c'est probablement comme le journalisme, cela mène à tout à condition d'en sortir.
    Lamentable.

    • Louka Paradis - Inscrit 7 décembre 2012 21 h 42

      Il n'y a rien de lamentable à s'interroger et à réfléchir. «Le doute est le début de la sagessse», et ce n'est jamais dépassé...
      Louka Paradis, Gatineau

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 7 décembre 2012 23 h 14

      J'approuve entièrement!

  • Catherine Paquet - Abonnée 7 décembre 2012 08 h 51

    Un drôle de philosophe.

    M. Desjardins n'a rien vu et rien entendu, et se fondant sur des paraît-il, il échafaude ses théories, et il en vient à exhorter le gouvernmenent minoritaire à faire comme s'il détenait une majorité.

    • Julie Blaquière - Inscrite 10 décembre 2012 15 h 08

      J'ai entendu Bain "en direct" clâmer "Les Anglais se réveillent, les Anglais se réveillent...." peut-être avez-vous une "théorie" plus psychologique, plus politique ou plus "scientifique" sur la question mais j'aime bien l'approche "sociologique" dans l'opinion de monsieur Desjardins. Et je vous dirais que la plupart de mes amis qui ne suivent pas tellement la politique et qui voulaient du "changement" ont voté pour la CAQ. Comme vous pouvez constater les "slogans" ça marchent! En passant même minoritaire un gouvernement est un gouvernement et a tous les pouvoirs qui sont conférés à un gouvernement majoritaire, seulement celui-ci, je vous l'accorde, manque un peu de leadership et se laisse mahleureusement trop impressionné par ses adversaires.