Que vous êtes décevant, M. Castonguay!

Tous les biens et services ont un «prix», qu’ils soient livrés par le privé ou par l’État, rappelle le Dr Gaétan Barrette. Les services médicaux ont aussi un prix, et les médecins spécialistes offrent précisément des services médicaux à la population.
Photo: Virginia Mayo Associated Press Tous les biens et services ont un «prix», qu’ils soient livrés par le privé ou par l’État, rappelle le Dr Gaétan Barrette. Les services médicaux ont aussi un prix, et les médecins spécialistes offrent précisément des services médicaux à la population.

l est temps de mettre les points sur les « i » de tous ceux qui se sont exprimés récemment avec amertume quant à la rémunération des médecins et qui ont utilisé leur tribune ou leur notoriété pour tenter de remettre en cause les ententes signées de bonne foi par les fédérations médicales avec l’État québécois (en sous-entendu : une rémunération d’une hauteur injustifiée). C’est votre cas, M. [Claude] Castonguay [ex-ministre de la Santé].


Dans votre lettre publiée dans certains quotidiens cette semaine (Une réforme de la rémunération des médecins s'impose, Le Devoir, 27 novembre), reflet de votre dernier livre, vous tentez de m’imputer la responsabilité de tous les maux du système de santé et du budget de l’État.


Convenons d’une chose : tous les biens et services ont un « prix », qu’ils soient livrés par le privé ou par l’État. Parfois, au public, ce prix est fixé à un niveau plus bas que son coût réel, et ce, pour des raisons politiques - c’est le cas des garderies à 7 $. Les services médicaux ont aussi un prix.


Nous, médecins spécialistes, offrons précisément des services médicaux à la population. Nous sommes encore des professionnels autonomes, ne vous en déplaise ; nous avons choisi, il y a longtemps, la voie de la productivité - nous le reprochez-vous ? - et nous en sommes fiers. Nos heures de travail sont nombreuses et elles incluent des heures de garde. Interpréter une mammographie : 17,50 $! Un pontage aorto-coronarien : 874,80 $! Cela inclut la consultation et l’évaluation préopératoires, la chirurgie elle-même, les visites postopératoires à l’étage les trois jours suivant l’opération. Vous avez 55 ans, êtes hypertendu et diabétique, pour un bilan chez l’interniste, soit une consultation d’une heure : 96,50 $. Une césarienne d’urgence la nuit, la vie vs la mort, tant de la mère que de l’enfant : 675 $! Là aussi, cela inclut bilan et visites préopératoires, ainsi que toutes les visites postopératoires les huit jours suivants ! Voilà ! Notre rémunération, c’est la somme de services médicaux payés individuellement, sans exagération quand on se compare. Vous osez dire que notre rémunération est « excessive ». Aujourd’hui, de 180 $/h pour nos consultations, elle sera de 250 $/h à terme. Où est le scandale ? Au fait, M. Castonguay, quel est votre tarif de consultation ? Votre tarif pour présider un groupe de travail gouvernemental ? Votre tarif pour une conférence d’une heure ?


En préparation de votre récent livre, vous m’avez consulté : trois heures à mon bureau. Vous reprenez à votre compte le concept de 1500 patients par médecin et vous vous posez ainsi en grand théoricien de la santé alors qu’aucun ministre de la Santé avant d’être élu, ni même vous, n’a jamais prononcé ce concept. Le premier à l’avoir fait, c’est moi. Comment osez-vous suggérer que l’État doive s’arrêter à « l’importante question de la répartition de la masse financière à l’intérieur de chaque fédération », alors que je vous ai fait la démonstration que nous avions mis en place des mesures historiques et extraordinaires que même l’État n’aurait jamais cru possibles quant à l’harmonisation des revenus entre spécialités ?


À propos de la rémunération, vous prônez le virage vers la rémunération mixte et la capitation. Pourtant, je vous l’ai dit, la littérature et l’expérience de dix ans de rémunération mixte au Québec démontrent que cela induit une baisse de productivité ! Vous faites un constat d’échec quant aux problèmes d’accès et invoquez notre responsabilité. Qui a été le premier à proposer d’inclure des mesures d’amélioration de l’accès, de réduction des listes d’attente, d’arrimage avec la première ligne et bien d’autres pour redresser ce système ? La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) en 2007. Encore la FMSQ en 2011. En clair, j’ai accepté d’imposer à mes membres, les médecins spécialistes, des obligations pour améliorer le système.


Votre lettre est d’abord un réquisitoire s’adressant aux problèmes de première ligne. Or, je sais qui vous a aiguillé sur les concepts solutions que vous avancez, de même que sur leur exacte nature. Et je sais donc que, même là, vous ne les rapportez pas correctement. Quant à votre leçon de morale, avec laquelle vous terminez votre article, votre manoeuvre de culpabilisation est méprisante. Sachez que les médecins spécialistes du Québec sont reconnaissants envers la population québécoise, mais sachez aussi, M. Castonguay, que nous ne sommes pas différents des autres : le Québec n’est pas la province la plus pauvre du Canada, mais toutes les provinces plus pauvres que nous paient aujourd’hui leurs médecins plus que ne le fait le Québec. Et aucune province n’a diminué la rémunération de leurs médecins malgré la « crise mondiale » que vous évoquez.


Qui plus est, la société québécoise, c’est aussi la commission Charbonneau, la Caisse de dépôt et placements et ses PCAA, dont le budget de l’État subit encore les contrecoups, les 3 milliards de dollars non perçus du travail au noir, et j’en passe.


Enfin, nous avons été étonnés de retrouver, dans votre livre, des passages de notre magazine Le spécialiste, édition hors série de janvier 2012, sans compter que vous avez repris à votre compte des concepts entendus nulle part ailleurs que dans mon bureau. Ainsi, vous auriez pu avoir la décence d’inclure la Fédération des médecins spécialistes du Québec dans vos références.


Je m’attendais à plus de rigueur de votre part, M. Castonguay. Vous êtes décevant.


 
13 commentaires
  • Claudette Ménard - Abonnée 30 novembre 2012 01 h 18

    que vous êtes décevant.....M. Castonguay.

    A titre de (plateau technique) comme vous vous qualifier....M. Barrette....et malgré tout l'espace que vous avez occuppé, pendant la campagne électorale......les gens ne vous ont pas cru....et vous ont discarté...! J'ai plus confiance à M.Castonguay...dont la compétence ne s'est pas démentie depuis l'instauration du système de santé dans les années 70.

  • Michel Rochette - Abonné 30 novembre 2012 07 h 59

    La condemnation est facile

    Il est facile de condamner que cela vienne de part et d'autres...Devant ces nombreuses interventions, on ne progresse pas.

    Au moins, M. Castonguay soulève un débat qui doit être fait sur la question de la santé et non pas seulement sur le régime d'assurance-maladie, qui ne fonctionne pas...un régime ou un million de Québécois n'ont pas de suivi continu de leur santé. La population vieillit et les coûts explosent et vont continuer d'exposer..on approche de près de 50% du budget de l'État québécois. Et la population est-elle plus en santé avec tous ces milliards dépensés? Permettez-moi d'en douter!

    En tant que citoyen, j'ai l'impression que que le système fait l'affaire de bien des intervenants - médecins, syndicats, infirmières, fournisseurs de services, compagnies pharmaceutiques., politiciens, fonctionnaires....etc.. - Et le citoyen et "client du système", qui s'en préoccupe?

    Comment, en tant que citoyen et client, pourrais-je influencer le système? Actuellement, d'aucune façon à part sortir des pancartes et manifester. Pas très efficace comme approche.

    Plutôt je préconise une refonte complète ou, en tant que citoyen, je contrôlerai le système en décidant ou je ferai mes dépenses médicales. Que l'État me transfère les sommes versées sur ma carte de débit Soleil et, par mes décisions médicales, j'aurai le plein contrôle sur le système. Cela constituerait une nouvelle approche ou, en tant que citoyen, je serai au centre du système et des préoccupations de tous.

    Globalement, la population sera en meilleure santé que maintenant et la prévention fera son apparition. Et si j'"investis" dans ma santé, l'excédent annuel de ma carte débit Soleil sera alloué à un compte individuel d'épargne santé et retraite moins le coût d'une assurance événements extrêmes.

    Inévitablement, je serai au centre des préoccupations de tous puisque j'influencerai, par mes décisions médicales, le "fric" dépensé dans le système. Comme disent les Américains, "Money talks!"

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 30 novembre 2012 08 h 51

    Les sangsues...

    Faire fortune sur la misère humaine a quelque chose d'odieux. C'est pourtant le quotidien de ces dits spécialistes qui se promènent en BMW avec des revenus au dessus de 350,000$ par année. Rien ne justifie de tels émoluments. La longueur de la formation? Non, je connais de nombreux docteurs dans d'autres disciplines toutes aussi difficiles qui ont un pécule plus raisonnable. La responsabilité? Tous les matins mon chauffeur d'autobus a entre ses mains les vies de dizaines de personnes. Il n'y a que les parasites qui se nourissent du sang des autres, entre autres les sangsues. Parfait partenaires des disciples d'Hippocrate pendant des siècles, elles leurs servent, semble-t-il, de source d'inspiration au Québec!

    • Francis Laurin - Abonné 30 novembre 2012 09 h 54

      Quelle belle comparaison boîteuse! Le salaire de certain médecins spécialiste est élevé oui mais avec raison. Les tarifs n'ont pas étés décidés par les médecins mais suite à des négociations avec le gouvernement.

      Qui à les capacités de conduire un autobus? : 95% de la population possédant un permis de conduire avec une petite formation sur les véhicule lourd. Qui a la capacité d'étudier, d'acquérir les connaissances et de les appliquer en médecine ? Voilà la raison d'un salaire plus élevé.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 30 novembre 2012 13 h 24

      @M. Laurin

      "Le salaire de certain médecins spécialiste est élevé" vous vouliez sans doute écrire "Le salaire de certains médecins spécialistes est élevé"...

      Avec raison, prétendez-vous!?! Ce n'est pas parce que le Collège des médecins aura négocié avec le revolver sur la tempe des différents ministres de la santé que ce sera pour autant justifié! Car, dans ce cas, la pizzo de la mafia le serait tout autant. Pour ma part, je ne connais pas d'humain méritant un tel traitement, alors que plus de la moitié de l'humanité vit avec moins de 2$/jour. Et ce n'est pas parce que Céline Dion, Desmarais ou Rizzuto vivent dans des palaces que cela justifie la cupidité et l'avidité.

      Concernant mon exemple du chauffeur d'autobus, vous argumentez sur "les capacités", alors que je parlais de "responsabilité". Parce que si c'est des "capacités" dont vous voulez nous entretenir, je vous dirai que je connais bien des gens, mieux formés dans moult disciplines, qui n'exigent pas de tels traitements royaux... sauf, bien entendu, M. Barrette et çie dont l'appétit semble inépuisable.

      Alors ce discours d'une droite indivudualiste, opportuniste et égoïste, je le récuse au nom de la solidarité.

  • Dominique Goubau - Abonnée 30 novembre 2012 09 h 00

    Que vous êtes logique, Dr. Barette!

    Quel contraste entre votre discours et celui de votre collègue, la docteure Laberge, paru dans Le Devoir d'hier et qui nous parlait de solidarité sociale, de passion du métier, du privilège d'être médecin, même aux conditions matérielles de 2012. Vous nous parlez des dollars que vous méritez, de la stérile comparaison avec vos collègues hors Québec. On connaît la chanson. Mais je vous reconnais le mérite de la logique, celle de l'argent. Chacun son combat...
     
     Dominique Goubau

  • Claude Smith - Abonné 30 novembre 2012 09 h 05

    Les comparaisons et le chantage

    Tout d'abord, parlons des comparaisons. Dr. Barrette, vous comparez les salaires de vos spécialistes avec ceux des spécialistes des autres provinces et nous pourrions ajouter ceux oeuvrant aux États-Unis. Ne serait-il pas de mise que vous les compariez aussi avec ceux des spécialistes ailleurs dans le monde ? Est-ce que j'ai rêvé quand j'ai entendu le gouvernement ontarion dire que ses médecins étaient trop payés ?

    En second lieu, parlons de chantage. Si vous touchez à notre rémunération, nous allons déménager dans une autre province ou aux US. Si vous touchez à notre rémunération, il y aura baisse de productivité.

    M. Barrette, un gouvernement qui négocie avec un couteau sur la gorge, ne peut le faire dans un contexte de bonne foi.

    Claude Smith

    • Dominic Ruel - Inscrit 5 décembre 2012 21 h 01

      C'est drôle comme les médecins ne parlent pas trop de déménager quand vient le temps d'étudir et de payer des frais de scolarité...