Val-Jalbert : Mme Marois, M. Breton, inspirez-vous de M. Landry

Le comédien et militant Roy Dupuis
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le comédien et militant Roy Dupuis

Il y a 10 ans, le 26 novembre 2002, le gouvernement dirigé par Bernard Landry annonçait la Politique nationale de l’eau pour assurer la pérennité de cette précieuse ressource au bénéfice de tous. Du coup, il décrétait l’arrêt de toute construction de petites centrales hydroélectriques sur nos rivières, sur des sites souvent majestueux que notre ami Paul Piché désigna comme nos « cathédrales d’eau », faisant allusion aux nombreux sites patrimoniaux que les touristes visitent partout dans le monde.

Monsieur Landry a écouté la voix des citoyens et pris une décision politique saluée par tous pour son courage. La population entière s’est réjouie. Dix ans plus tard, nous constatons que c’était beaucoup et bien peu. Il y a encore du chemin à parcourir pour protéger et valoriser cette précieuse richesse dont nos enfants hériteront.


Malheureusement, le gouvernement libéral de Jean Charest a préparé dans le cadre de sa stratégie énergétique un nouveau programme d’achat d’électricité par Hydro-Québec : un bloc de 150 MW provenant de 13 petites centrales. Une goutte d’eau dans un océan de surplus énergétiques considérables ! Or, Hydro-Québec perd déjà des centaines de millions de dollars pour acheter de l’électricité dont elle n’a pas besoin et qu’elle ne peut revendre à profit. Les conditions du marché ont grandement changé depuis 2009 et il vous appartient de mettre un terme à ce gouffre financier. Ce programme s’est révélé être un véritable gâchis tant sur les plans environnemental qu’économique et patrimonial. Et il est maintenant sous la loupe de plusieurs enquêtes.


Ce programme sème la discorde dans les petites communautés (Val-Jalbert, Shannon, Saint-Joachim, Sainte-Ursule) où subsistent les derniers joyaux accessibles à la population. L’absence de transparence dans la gestion des contrats aux firmes, pour ne mentionner que ce problème particulier, a mené à des affrontements avec les élus régionaux. Aujourd’hui, nous croyons fermement que la majorité des Québécois rejette ce type de développement destructeur dont les coûts nous sont refilés dans nos factures d’électricité.


Le conseil des ministres devra décider s’il autorise une centrale hydroélectrique au Village historique de Val-Jalbert, au Lac-Saint-Jean. Val-Jalbert est classé site patrimonial d’intérêt national en vertu de la Loi sur les biens culturels. Sa chute naturelle de 72 mètres, similaire à celle de Niagara, et son village reconstitué attirent près de 100 000 touristes par an. Il vient de bénéficier d’investissements de 19 millions des gouvernements.


Or le projet détruira l’essentiel de ce cachet unique. Toutes ces conséquences ont été mises en lumière lors des récentes audiences publiques sur l’environnement. La plupart des mémoires déposés se sont prononcés contre. Le BAPE a produit un rapport complaisant en faveur du promoteur sans même se prononcer sur plusieurs enjeux soulevés en audiences. Les citoyens se sont sentis profondément trahis. Ces gens fiers de leur emblème régional ne veulent pas d’une chute fantôme durant tout l’hiver, alors que la chute sera asséchée, et d’une chute artificielle « à piton » au débit fixe pour leurrer les touristes l’été. Qui continuerait de payer 24 $ pour voir ce spectacle désolant ?


Pas une fois le BAPE n’a traité des conséquences d’une telle artificialisation du site, ni montré l’impact de l’assèchement d’un kilomètre de rivière, ni rectifié les faits concernant les calculs erronés sur le rendement économique du projet, ni éclairci les circonstances entourant l’attribution de contrats sans appel d’offres, etc.


Une mobilisation citoyenne régionale, intergénérationnelle et interculturelle (appui des Innus de Mashteuiatsh) sans précédent bat maintenant son plein, refusant ce saccage. Le Conseil du patrimoine a été rencontré pour que la chute Ouiatchouan soit désignée « paysage culturel patrimonial ». Une pétition de 1500 noms a été présentée à vos ministres et une autre est en ligne sur le site de l’Assemblée nationale. Des plaintes ont été acheminées au ministère des Affaires municipales, au Commissaire au développement durable, à la commission Charbonneau et à l’Ordre des ingénieurs. Deux marches populaires ont été organisées devant les barrières cadenassées du site. Une solution de rechange, soit un projet de développement écologique et touristique, a été présentée. Un recueil de témoignages de la population assemblé.


Madame la Première Ministre, voici donc une occasion unique de poser un geste qui distinguerait votre gouvernement du gouvernement précédent : assurer la protection, pour toujours, du site historique de Val-Jalbert. Ce site est un symbole d’appartenance et de fierté de la région.


Nous faisons appel à une vision moderne du développement durable et au respect de la volonté populaire qui s’est manifestée concrètement. Naguère, le premier ministre Landry n’a pas hésité à annuler le projet de Trois-Pistoles, qui, lui, était pourtant déjà autorisé. Trois-Pistoles accueille maintenant de nombreuses familles qui peuvent jouir d’une rivière libre.

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Roy Dupuis - Président, Fondation Rivières et Michel Bélanger - Président, Nature Québec

6 commentaires
  • Ginette Bertrand - Inscrite 28 novembre 2012 02 h 06

    Un texte exemplaire!

    Vos arguments sont béton et je souhaite vivement que votre message soit entendu. Bravo à toute l'équipe de la Fondation Rivières et de Nature Québec. Vous faites un travail magnifique de conscientisation.

  • Line Légaré - Abonnée 28 novembre 2012 06 h 59

    Absolument d'accord!!!

    Continuez vos démarches M. Dupuis!
    Nous sommes à vos côtés!
    Nous avons besoin de gens comme vous qui faites un excellent travail sur des projets méconnus du grand public.
    Merci!

  • Pierre Vaillancourt - Abonné 28 novembre 2012 08 h 16

    La confiance et l'action politique

    Je veux croire que la demande de la Fondation Rivières et de Nature Québec sera entendue.

    Ce serait un autre geste pour redonner aux gens cette confiance dans l'action politique dont nous avons bien besoin pour faire avancer les choses, considérant l'océan d'immobilisme, de magouilles et de cynisme désengagé dans lequel nous pataugeons depuis trop longtemps.

    Je veux croire, aussi, que les nouvelles nomimations au BAPE, dont celle de M. Louis-Gilles Francoeur, sauront sortir cet organisme de la complaisance dont il faisait preuve depuis un certain temps.

    Bravo pour vos représentations !

  • France Marcotte - Abonnée 28 novembre 2012 09 h 39

    La beauté fatigue

    Quoi, des petites rivières qui coulent et cascadent juste pour le bonheur de l'âme et le plaisir des yeux?
    Ne pas les toucher?

    Gaspillage et infamie!

    Vite un projet pour qu'on te les organise!

    Rien ne vaut qui n'est pas manié, tripoté, changé par la main de l'Homme en personne!

    C'est le Bonhomme sept heures dans sa grande pépine!

  • Francine La Grenade - Inscrite 28 novembre 2012 11 h 09

    Mme Marois....

    .... Quels arguments vous font encore hésiter? C'est criminel de saccager des rivières millénaires pour un barrage dont nous n'avons pas besoin, et qui n'est pas rentable en plus!